‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 177 sur 198 · Répertoire, t. II, p · texte numérisé non relu

Répertoire, t. II, p

3. M. Collignoo, qui place le Poséidon au n« siècle, croit le Théodoridas de la même époque. M. Furtwaengler et M. Collignon trouvent que le Poséidon ressemble à la Vénus. Donc, il n'y a pas trop de témérité à rapprocher de la Vénus notre statue, de Théodoridas. {Note de 1898.)

contemporains. Et tout fait penser que ces deux figures étaient, à l'origine, sinon groupées, du moins placées à peu de dislance l'une de l'autre. C'est ce qui explique — et je ne vois guère comment l'expliquer autrement — qu'une inscription au nom du même Théodoridas, lié indissolublement au Poséidon de Milo, se soit rencontrée, teste Voutier, à côté de la Vénus.

« Je suppose qu'il y avait à Milo un sanctuaire de Poséidon, consacré par un riche citoyen du nom de Théodoridas et tout rempli de statues. Le nom de Théodoridas devait être gravé sur d'autres marbres que sur celui qui servit de piédestal à la statue

Fig. 3. — Statue équestre de Milo.

du donateur. Le jour des catastrophes et de la barbarie venu, quelques ex-voto de Théodoridas restèrent en place ; la Vénus, avec d'autres fragments de même provenance, fut transportée par un chaufournier en lieu sûr. L'inscription au nom de Théodoridas que l'on a exhumée avec elle semble déclarer bien hautement, à notre avis, qu'elle vient du même endroit que le Poséidon.

« La Vénus! Que de fois déjà cette désignation d'Aphrodite a été révoquée en doute ! On a songé à une Victoire, à une nymphe de l'île, à une Muse, que sais-je encore? Après tout, il faut bien avouer que la désignation traditionnelle ne repose sur rien de bien solide. La déesse, dit-on, avait les oreilles percées pour recevoir des pendants. Cela suffit-il, en archéologie, pour affirmer

qu'une déesse s'appelle Vénus? Les pendants d'oreilles sont-ils des attributs divins?

« 11 semble donc que, tout en maintenant, jusqu'à nouvel ordre, la désignation traditionnelle, on soit libre ri'en chercher et même d'en proposer une autre Or, voici, pour terminer cette causerie, une hypothèse nouvelle ; je la donne comme une hypothèse, car je ne suis pas du tout convaincu qu'elle soit justifiée ; mais j'aime autant, après l'avoir ruminée pendant plus d'un an, m'en délivrer en la soumettant à nos lecteurs.

« Philochore, historien grec qui écrivait vers l'an 300 avant J.-C, nous apprend qu'il existait, dans l'île de Ténos, deux statues de Poséidon et d'Amphitrite, hautes de neuf coudées, qui étaient lœuvre du sculpteur athénien Télésias. Par Strabon, nous savons que le temple et le bois sacré de Poséidon, à Ténos, étaient situés en dehors de la ville ; Tacite aussi parle du culte de Poséidon à Ténos. Je rappelle ces deux textes pour qu'on ne soit pas tenté de remplacer, dans le passage de Philochore, le nom de Ténos par celui de Mélos.

« Télésias est, d'ailleurs, complètement inconnu. Mais, comme Philochore écrivait vers 300, on peut supposer que Télésias a vécu au ive siècle avant J.-G. A cette époque et, a fortiori, au ve siècle, il ne peut guère être question d'une Amphitrite grovpée avec un Poséidon ; mais on peut parfaitement admettre la juxtaposition dans un temple, ou en plein air, de deux slatues de ces divinités de la mer.

« Les statues de Ténos avaient neuf coudées de haut, ce qui fait exactement 4 mètres, presque le double du Poséidon, haut de 2m, 45 (cinq coudées et demie)1. La Vénus de Milo a 2m, 038 de haut (quatre coudées et demie.) Il n'y a donc aucune relation directe à établir entre ces statues.

« Mais s'il existait à Ténos au ive siècle un sanctuaire de Poséidon avec des statues de ce dieu et d'Amphitiite, pourquoi l'île voisine de Mélos n'aurait-elle pas possédé, à la même époque, deux statues d'Amphitrite et de Poséidon ornant quelque sanctuaire du dieu marin?

« Dans l'hypothèse où la Vénus de Milo serait une Amphitrite, on s'expliquerait enfin la direction singulière de son regard.

1. M. Cavvadias donne ce chiffre de 2m,45 ; M. de Sybel donne 2m,57 ; M. Collignon, 2m,n. Il faudrait se mettre d'accord. {Noie de 1S9S.) Le moulage du Louvre, mesuré par M. Miction, a 2m,355de haut,

428 i:AMPHITHRITE ET LE POSEIDON DE MILO

Brunn a très justement fait remarquer que les divinités marines regardent au loin, comme si elles voulaient sonder l'horizon. Or, cette particularité de la Vénus de Milo est précisément de celles qui ont le plus embarrassé les auteurs de restitutions ; c'est la grande objection à la restitution de Millingen, qui la concevait comme se mirant dans un bouclier.

« Le Poséidon de Milo retient sa draperie de la main gauche et, de la main droite élevée, il tient un sceptre. Si la Vénus de Milo est une Amphitrite, et si elle a fait pendant au Poséidon, force est d'admettre qu'elle retenait sa draperie de la main droite et qu'elle tenait un sceptre de sa main gauche levée1.

« Aux artistes à voir si cette restitution est acceptable. Puisset-elle, du moins, ne pas scandaliser les archéologues! »

Peu de temps après8, je publiai dans la Chronique une note de M. Lallier, vice-consul de France à Milo, avec des indications exactes sur la localité dite Klima :

Le lieu dit Klima, m'écrit M. Lallier, est le nom donné aux jardins qui sont dans le ravin au bord de la mer; la Vénus a été trouvée sur le flanc de la montagne au-dessus de ces jardins, près du théâtre et à environ 150 mètres du bord de la mer. Le Neptune a été trouvé par M. Jean Nostrakis, notaire à Milo, auprès de la tour Maoro-T>kho, à peu de distance de l'endroit où fut découverte la Vénus.

Ainsi, Ton ne pouvait arguer que les trouvailles de 1820 et de 1877 eussent été faites dans des localités très différentes. Restait cependant à mieux connaître les découvertes de M. Nostrakis. Dans le même article, je faisais savoir que de nouvelles démarches, tentées par moi au quai d'Orsay en vue d'obtenir communication des lettres de Tissot, avaient échoué. Un peu plus tard, je m'en plaignis à un journaliste (ce qu'il ne faut faire qu'à la dernière extrémité) et un résumé, d'ailleurs peu fidèle, de mes doléances à ce sujet fut publié dans le Petit Temps. Aussitôt les difficultés parurent s'aplanir; le ministre me fit savoir que le volume de la correspon-

1. Elle pouvait porter la main vers sa draperie sans la retenir stricto se?isu. [SoU de 1898.) 2 Chronique des Arts, 1898, p. 275.

dance d'Athènes que je désirais consulter était à ma disposition au quai d'Orsay. Toutefois, dans la Chronique du 11 décembre 1900, j'étais obligé de constater que. m'étant rendu au quai d'Orsay, j'avais vainement cherché les lettres de Tissot relatives à la découverte du Poséidon, ainsi que les dessins accompagnant son rapport, dont il m'avait plusieurs fois parlé. Pour obtenir satisfaction, il m'a fallu attendre jusqu'au printemps de 1901. Le résultat de mes recherches au Ministère des Affaires Étrangères parut alors dans la Chronique du 4 mai (p. 139-141). Voici les passages de cet article qui peuvent intéresser mes lecteurs :

Je suis enfin en mesure de publier la partie essentielle du rapport de Charles Tissot. Malheureusement, les quinze dessins qui l'accompagnaient ont été égarés. Une note inscrite sur la dépêche originale porte qu'ils ont été transmis au ministère des Beaux- Arts; mais, malgré l'obligeance de M. Roujon ', qui a prescrit des recherches rue de Valois, il n'a pas encore été possible de les retrouver... J'espérais aussi trouver un croquis topographique indiquant, avec la rigueur de mise en pareille matière, l'emplacement de la découverte ; cette espérance a été déçue...

Le 19 mai 1878', Tissot télégraphia au ministre des Affaires Étrangères pour lui annoncer la découverte de « cinq statues de style grec, probablement de la fin du ive siècle ». Il ajoutait : « La principale, un Neptune, est de toute beauté et comparable à la Vénus... Je vous envoie mes dessins par courrier ». Ce télégramme est commenté par une lettre de la main même du ministre, expédiée d'Athènes le 19 mai 1878 :

« J'ai l'honneur de transmettre ci-joint à V. E. * les dessins dont mon télégramme de ce matin vous annonçait l'envoi. Ces croquis se ressentent des conditions défavorables dans lesquelles je les ai exécutés. La statue équestre et l'une des deux statues de femmes sont seules placées de façon à ce que l'on puisse en saisir l'ensemble ; les trois autres sont enfermées dans une pièce sou-

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