La date 1877, donnée précédemment, est donc fausse
3. Waddington, ministre des Affaires étrangères. Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts était Bardoux.
430 L'AMPMlTRlTK ET LE POSEIDON DE MlLO
terraine de six ou sept pieds carrés qui ne reçoit la lumière que par une étroite ouverture. Il m'a été impossible dès lors de les dessiner sous un jour convenable et à une distance suffisante pour éviter les raccourcis...
« La statue équestre est déplorablement mutilée. Du cavalier, il ne reste que le buste jusqu'à la naissance des cuisses : la tête, les épaules, les jambes et les bras ont été brisés. Les jambes du cheval ont également disparu, mais la queue et la lête ont été retrouvées... Le cavalier est revêtu d'une cuirasse de forme grecque, c'est-à-dire à courte taille, ornée d'une tête de Méduse et de serpents. Deux rangées de ptéryges, frangées à l'extrémité, descendent sur la tunique. Les bandes de cuir de la rangée inférieure, beaucoup plus longues qu'elles ne sont dans le costume romain, recouvrent en partie l'encolure et la croupe du cheval. Le cavalier est ceint d'une zona et porte un pallium sur l'épaule gauche. Le cheval, de petite taille et à forte encolure, appartient évidemment à la race grecque. Le harnachement est encore reconnaissable : on distingue parfaitement la têtière avec ses bossettes, le balteus qui ceint le poitrail et la housse qui recouvre la selle.
« Le groupe est de grandeur naturelle.
« La statue de femme reproduite dans le croquis n« 5 est un peu plus grande que nature. La tête et les deux bras, formés de morceaux rapportés, ont disparu. Le buste est revêtu d'une tunique serrée par une taenia. La partie inférieure du corps est enveloppée dans un péplum.
« Le dessin n° 6 représente une autre statue de femme, de grandeur naturelle, appuyée sur une caryatide et entièrement drapée dans un manteau sous lequel se dessine le bras droit. Par son mouvement et par l'ajustement des draperies, cette statue rappelle les plus gracieuses figurines de Tanagre. La tête et l'avant-bras gauche n'existent malheureusement plus. Le marbre est couvert en partie par des concrétions sablonneuses dont il serait facile de le débarrasser.
« La statue représentée sous le n° 7 présente une certaine mollesse de modelé. Elle ne vaut ni mieux ni moins que la plupart des figures masculines mises en scène dans les bas-reliefs funéraires du Dipylon. Elle est du même style et appartient, je crois, à la même époque. Des habitants de Milo m'ont affirmé qu'une base isolée, portant l'inscription suivante :
L'AMPHITRITE ET LE POSEIDON DE MlLO 431
©EOAHPIAAI AAIITPATO nOIEIAANI
avait été retrouvée à côté de la statue et lui servait de piédestal. L'inscription est gravée en beaux caractères ; le sigma est encore d'une forme ancienne et le génitif en 0 semble indiquer une date antérieure aux premières années du ive siècle. Comme toutes ces statues, d'ailleurs, ont été retrouvées ensevelies pêle-mêle dans une sorte de fosse, je serais tenté de croire que le piédestal portant une dédicace à Neptune appartient plutôt à la cinquième statue, qui est, de beaucoup, la plus remarquable de toutes ».
Suit une description enthousiaste du Poséidon de Milo, « une des œuvres les plus remarquables de l'art hellénique ». Je terminai mon article par ces mots :
Donc, avec le Neptune, on a trouvé une statue équestre, deux statues de femmes drapées et une statue d'homme drapé (Théodoridas) : l'information de M. Carteron, qui parlait à M. Collignon de quatre statues de femmes, était, par suite, inexacte. Dans le catalogue du musée d'Athènes, les statues féminines portent les n0s 236, 238; la statue d'homme est le n° 237 ; le Neptune est le n° 235 ; je ne trouve pas trace de groupe équestre.
Je n'étais pas le seul à avoir cherché, sans le trouver, le groupe équestre de Milo. Tout récemment encore. M. Michon parlait du « groupe équestre aujourd'hui disparu », en énumérant les statues découvertes dans cette partie de l'île au siècle dernier '.
Grâce à une obligeante communication de M. Hiller von Gaertringen, j appris, en 1901, qu'un ancien membre de l'École allemande d'Athènes, M. Alfred Schifï, avait vu et étudié ce mystérieux fragment. J'écrivis aussitôt à M. Schifï qui, avec une parfaite complaisance, se hâta de recopier à mon intention les notes qu'il avait prises à ce sujet en 1895, et en accompagna l'envoi d'une épreuve photographique. En 1895, le fragment de groupe était étendu sur le sol : pour le
1. Revue des Études grecques. 1902, p. 22. Le « pugiliste » mentionné dans ce passage, avec renvoi à la Revue des Études grecques, 1891, p. 192, n'est autre que la figure d'Apollon archaïque gravée dans le Répertoire, II, 16, 1, d'après le Bull. corr. hellén., t. XVI, pi. 16.
photographier, il fallut que l'archéologue allemand se couchât à plat ventre sur le toit d'une petite maison voisine, les pieds retenus par un ami et maniant son appareil instantané au bout du bras gauche tendu, ce qui n'est pas une position confortable. Néanmoins, la photographie est assez bien venue pour qu'on ait pu en faire, au Musée de Saint-Germain, un agrandissement, d'après lequel a été gruvée notre figure 3 (p. 426).
Le jardin où gisait la statue est celui de M. Nostrakis Jagos, près du port antique qui confine au lieu dit KXî|*a. Évidemment, un bloc si colossal n'a pu être transporté bien loin; le groupe était donc dressé sur le bord de la mer.
Ce qui subsiste comprend le corps d'un cheval et la partie inférieure d'un cavalier, dont la jambe gauche est brisée. Il y a encore deux fragments plus petits, un de la tête du cheval (très endommagé), l'autre de la queue; ils étaient conservés dans la maison Nostrakis. La queue est sculptée dans un morceau de marbre séparé; peut-être en était-il de même de la tête. M. Schiff a mis la tête et la queue à leur place avant d'exécuter sa photographie.
Le cheval, vigoureux étalon aux formes ramassées, portait une housse. Le harnarchementet les ornements de la housse paraissent avoir été en bronze; à gauche de la housse, M. Schifï constata l'existence de deux trous contenant encore de petites pointes en métal.
Le ventre du cheval était soutenu par un pilier carré surmonté d'un chapiteau.
Autant qu'on pouvait le reconnaître, le côté droit, couché sur le sol, était assez bien conservé, mais déjà fort attaqué par l'humidité. Dès 1885, M Bent, dans son volume sur les Cyclades1, se plaignait de la négligence avec laquelle était traité ce grand morceau de sculpture : The Roman horseman still stands where it was, hatf embedded in the soil near the water's edge; but Greeks despise amjthing of so récent a date,