Plut., Cono. sept, sap
mier en date des contes de Charles Perrault (1694) et le seul qu'il ait publié en vers1. Nous savons que Perrault n'a pas inventé cette histoire, déjà célèbre et même typique longtemps avant lui*, mais nous n'en connaissons pas de rédaction plus ancienne. Dans le conte en vers, l'âne divin qui transforme sa nourriture en or ressemble singulièrement à Midas, qui change en or tout ce qu'il touche ; on peut même se demander si la donnée de la fable grecque n'est pas un euphémisme. Perrault ne dit pas que la dépouille de l'âne sacrifié ait des vertus magiques, comme la dépouille de l'âne Marsyas; mais cela paraît ressortir de son récit même et pouvait être indiqué dans une rédaction antérieure. Comment admettre que la peau d'un âne qui fait de l'or ait été considérée, par la logique des conteurs, comme celle d'un âne ordinaire, bonne seulement à dissimuler la beauté d'une jeune fille qui veut conserver sa chasteté? On est donc tenté de croire que le fond de ce conte, ou du moins celui de l'épisode principal, est fort ancien ; mais je ne puis me figurer que Perrault, même connaissant les textes qui m'ont servi dans le présent mémoire, ait pu se rapprocher par quelques traits du conte phrygien sans y faire des emprunts beaucoup plus nombreux s.
1. Voir, sur ces contes et sur Peau dune eu particulier, l'excellente brochure de Th. Pletscher, Die Murchen Ch. Perraulïs (Berlin, 1906), p. 7, 20, etc. Peau d'âne est un conte composite, qui comprend au moins trois thèmes; le dernier n'est qu'une variante de Cendrillon.
2. Peau d'âne ou Peau d'ânon semble désigner, au xvue siècle, le genre même auquel ce conte appartient (Pletscher, op. laud., p. 7-8).
3. J'ai consulté, à ce sujet, deux autorités de premier ordre, MM. Andrew Lang et Emmanuel Cosquin; ni l'un ni l'autre n'admet que Perrault ait été influencé par les légendes antiques, ni que la parenté de son conte avec ces légendes soit démontrable.
Phaéthon*.
L'interprétation du mythe de Phaéthon paraît avoir peu occupé les exégètes modernes, peut-être parce qu'ils se sont contentés trop aisément d'une explication dont la facilité môme aurait dû les mettre en défiance. Pour Schwenck, Most, Wieseler, Robert et d'autres9, Phaéthon, primitivement identique à Hélios 3, se précipite tous les soirs dans les flots à l'ouest et éclaire l'horizon comme d'une lueur d'incendie. Il a suffi, nous dit-on, de considérer cet événement périodique comme une catastrophe survenue une seule fois, puis d'/if/postasier le dieu solaire Hélios-Phaéthon sous la forme du héros Phaéthon, fils d'Hélios — et le mythe était créé, du moins dans ses éléments essentiels. Sans doute; mais il reste à démontrer que le retour presque quotidien d'un phénomène puisse donner naissance à un mythe comme celui de Phaéthon. C'est ce que je nie absolument. De l'observation du cours du soleil, on a pu tirer, par exemple, cette donnée mythique que le soleil, tous les soirs, baignait ses chevaux dans l'Océan 4 ; on n'a pu en tirer la légende de Phaéthon, fils du soleil, empruntant, de gré ou par ruse, le char