Vos quoque felices quorum clamantia fralrem
Corlice velavit populus ora novo.
(Ovide, Pontiques, I, il, 33.) Voir d'autres textes dans Gruppe, Griech.Mythol., p. 789. Le peuplier noir, cayeipo;, est une espèce voisine du peuplier blanc, Xsûxr). On employait des couronne s de Xeuxy] dans les fêtes rbodieunes d'Hélios (Schol. Pind., Olymp., VII, 141).
celui de Penthée au sacrifice du faon, celui de Zagreus au sacrifice du taureau, celui de Marsyas au sacrifice de l'âne. Si ma méthode est bonne, elle doit fournir la clef du mythe de Phaéthon. Quels en sont les éléments? Un conducteur de char, un char, un attelage ; le char est en feu ; il tombe dans les eaux extérieures (l'Eridan mythique, le grand fleuve de l'Ouest) ' et y disparaît. Laissons le conducteur, puisque la forme anthropologique donnée par les Grecs à leurs légendes implique l'introduction d'un homme dans des mythes où les rôles sont tenus, en principe, par des animaux qu'on sacrifie. Restent un char et des che-
Fig. 1. — Char attelé d'un cheval, bronze de Seeland.
vaux, successivement embrasés et noyés. Le char peut être éliminé à son tour, car les mythes de héros souffrants remontent à une époque très lointaine où les animaux n'étaient pas encore domestiqués. Les chevaux sont blancs, parce qu'ils sont les chevaux du jour (« le jour aux blancs coursiers », dit Eschyle) 8 . Mais la pluralité des chevaux n'est pas un trait essentiel du mythe ; elle devait
1. Cf. Wilamowitz, Hermès, t. XVIII, p. 427 (den Fluss des auesserslen Westens).
2. Eschyle, Perses, 861 (XeuxôittoXo; ïjuipa). Aeuxunroç est un nom ou un surnom d'Apollon (Gruppe, Gr. Myth., p. 1244). L'armée perse en marche était précédée d'un char traîné par des chevaux blancs, que suivait un coursier d'extraordinaire grandeur, appelé le cheval du Soleil (Quinte Curce, II [, 3).
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nécessairement y être introduite avec l'idée d'un attelage divin, du quadrige d'Hélios1. Donc, alors même que nous ne posséderions aucun autre texte à ce sujet, nous pourrions conclure que le mythe de Phaéthon a pourorigine le sacrifice du cheval blanc Phaéthon, du cheval-soleil, tantôt précipité dans les eaux, tantôt dans les flammes, ou peut-être précipité dans les flammes avant que ses cendres soient jetées à l'eau. Or, il se trouve précisément que les sacrifices ainsi postulés par notre exégèse sont attestés avec précision par les textes. En Grèce, les chevaux sacrifiés sont toujours blancs ; ils sont immolés à Poséidon, aux fleuves, à Hélios, c'est -àdire aux divinités de l'eau et du feu*. Les Lacédémoniens, sur le mont Taygète, sacrifient un cheval aux Vents et le réduisent en cendres, pour que ces cendres bienfaisantes soient portées le plus loin possible par les vents 3. Festus, qui nous apprend cela (October eqmis), n'a pas compris, ni les modernes après lui, que, dans le sacrifice, l'essentiel était l'holocauste du cheval et que, si l'on comptait sur les vents pour disperser les cendres de la victime, ce n'est pas aux vents, mais avec leur concours que le sacrifice était offert1. Dans le même article de Festus, qui dérive d'excel-
1. La plus ancienne représentation connue du char solaire est un groupe en bronze de l'île de Seeland, datant des environs de l'an 800 av. J.-C. (fig. 1). On y voit un cheval unique attelé à un char qui porte un grand disque doré, tout décoré de cercles et de spirales (S. Mùller, Urgeschichte Europas, pi. à la p. 116). A mon avis, cet objet servait à des pratiques magiques destinées à accroître l'efficacité du eoleil, comme d'autres chars de bronze, celui de Jûdenburg en Styrie, par exemple, servaient à des rites pour solliciter la pluie. — Le cheval-soleil, au singulier, parait mentionué dans le yashl 6 de l'Avesta (Darmesteter, t. Il, p. 404, n. 1).
2. Sur les sacrifices grecs de chevaux blaucs, voirGruppe, Griech. Mythol., p. 839; Stengel, Phïlologus, 1880, p. 183. Mithridate sacrifie aussi deschevaux blancs (Appien, Mithrid., 70).
3. Les sacrifices de chevaux à Hélios sur le Taygcte sont aussi mentionnés par Pausanias, III, 20, 4.
4. Je ne suis pas du tout d'accord avec Gruppe (Griech. Mythol., p. 839) sur l'identification primitive des chevaux avec les génies du vent (Windgeister). Ce serait en qualité de dieu de l'orage (Sturmgott) que Poséidon aurait reçu des sacrifices de chevaux! Boeckh était bien plus près de la vérité en admettant une confusion aucienne de Poséidon avec Hélios (Kleine Schriften V, p. 201.
lentes sources grecques — peut-être par l'entremise de Varron — on lit que les Sallentins (Illyriens) ont un Jupiter nommé Menzana auquel ils sacrifient un cheval en le jetant tout vif dans les flammes. Voici donc deux exemples de chevaux brûlés. Enfin, Festus ajoute que les Rhodiens jettent annuellement à la mer des quadriges consacrés au soleil, parce que Ton croit que le soleil est porté autour du monde dans un char attelé de quatre chevaux (Rhodd qui quotannis quadrigas Soli consecratas in mare jaciunt, quod is tali curriculo fertur circumvehi mundum) .
Ce dernier renseignement est d'une importance capitale. Les Rhodiens consacrent au Soleil un ou plusieurs chars attelés de quatre chevaux et les précipitent à la mer. Voilà un rite qui a bien pu donner naissance au mythe de la chute de Phaéthon1! Ce char des Rhodiens est un char brûlant, puisque c'est celui du soleil; ils devaient donc y mettre le feu avant de le lancer dans les flots. Chez les Sallentins et les Lacédémoniens, dans un état de civilisation moins développé, on brûle les chevaux, non le char; mais, ailleurs, il semble qu'on ait brûlé et noyé un char sans y mettre de chevaux. Parmi les nombreuses variantes des rites qui ont pour objet, à différents moments de l'année, d'accroître ou de ranimer la force languissante du soleil2, on a signalé celui qui consiste à enflammer des roues et à les précipiter du sommet d'une colline vers la rivière qui coule à ses pieds3. En général, dans les rites de ce genre, les roues enflammées
1. Gruppe (Griech. Mythol., p. 265) dit que le rite de la précipitation <1'un quadrige dans la mer était motivé en plusieurs endroits (an manchen Stellen) par la légende de la chute de Phaéthon ; mais il ne justifie cette assertion par aucune référence et je la crois erronée. M. Tiimpel (Philol. Jahrb., Suppl. XVI, 1887, p. 165) a également songé à rattacher au mythe de Phaéthon le rituel rhodien.