Plutarque, De mulierum virtulibus, p
2. Dans Plutarque (Moralia, p. 241 b), il s'agit d'une Lacédémonienne, qui, voyant son fils revenir du combat, lui montre son ventre et lui demande s'il veut y chercher refuge. Justin (l, 6, 3) rapporte que les femmes perses, lorsque l'armée de Cyrus lâcha pied, coururent vers les soldats et les exhortèrent de la même façon : cunctantibus, sublatâ veste, obscœna corporis ostendunt, rogantes num in uleros matrum vel uxorum velint refugere. Hac repressi castigatione, in prœlium redeunt. Plutarque et Justin ont altéré pareillement les légendes dont ils se sont faits l'écho ; ils les ont laïcisées en éliminant l'élément magique. Lacédémonienne et Perses ont voulu, par un geste de détresse suprême, exorciser les démons de la peur; les beaux discours qu'on leur attribue sont incompatibles avec un acte aussi primitif. Le même geste sert à exorciser le Diable; cf. l'bistoire du diable de Papefiguière (Contes de La Fontaine) et une note du Musée de Ravestein (Bruxelles, 1882), t. 111, p. 404.
3. Revue celtique, t. XVI, p. 244. D'Arbois reprochait a Zimmer d'avoir adopté une version tardive du Tain Bo' Cuailnge, où il est question de femmes qui se retroussent, au lieu que, dans la version plus ancienne, elles se contentent de montrer leur poitrine, comme les Gauloises de Gergovie implo-
Comme nous ne croyons plus aux exorcismes. ni à la possibilité d'expulser les démons par des gestes, fussent-ils inconvenants, nous devons nous demander pourquoi le même geste, dans des histoires d'une très haute antiquité, provoque tantôt le rire et tantôt la fuite. J'explique cela par la conception même du tahou intentionnellement violé. Cette violation produit un choc — nous disons encore qu'un pareil acte est choquant — et, sans vouloir trop presser la métaphore, j'admets que ce choc peut déterminer soit un vif mouvement de répulsion, né d'une crainte religieuse1, soit une protestation instantanée, un rétablissement de l'équilibre rompu, un redressement mental de la faute commise, qui sont parmi les causes psychologiques les mieux avérées du rire. On rit au théâtre quand un homme cherche son chapeau qu'il a sur la tête, quand un personnage fait une erreur énorme de géographie ou d'histoire, ou encore lorsqu'il compte de travers : 6 et 3 font 8, 8 et 5 font 16, etc. Il n'y a pas une explication unique du rire, mais il est certain que le rire implique souvent et résume une censure, qu'il est le rappel brusque au bon sens, à la vérité, à la coutume reçue". Aujourd'hui même, alors que le scrupule religieux n'intervient plus pour appuyer la règle, il y a des plaisanteries grivoises qui font éclater de rire les uns et donnent aux autres l'envie de prendre la porte. Or, ce que
rant la pitié des Romains (César, Bell. Gall., VII, 47, 5). Mais Zimmer avait raison ; la version récente (celle du livre de Leinster) doit mettre en œuvre une rédaction plus ancienne et plus authentique. L'auteur chrétien d'un remaniement n'aurait jamais imaginé ce détail.
1. Il est dangereux, magiquement dangereux, pour un homme, de voir la nudité d'une femme, à moins que le péril n'ait été écarté par une cérémonie préliminaire; on se rappelle les mythes d'Actéon et de Tiresias (cf. S. Reiuacti Cultes, t. III, p. 28).
2. Accessoirement, on peut remarquer que les tabous sexuels ont pour objet de réfréner la vitalité sous sa forme la plus puissante; cela explique que la violation d'un de ces tabous déchaîne, si l'on peut dire, la vitalité, dont le rire est une manifestation. Sarcey me demandait un jour — il s'occupait volontiers des causes du rire — pourquoi une femme faisait rire, à la fin d'un dîner, quand elle se dévoilait d'uue certaine manière (il s'exprimait en termes bien plus réalistes); confus d'un pareil propos, je ne sus pas lui répondre alors, mais je crois que je répondrais aujourd'hui.
nous appelons des plaisanteries ou des goujateries étaient autrefois des sacrilèges, des blasphèmes, des occasions de péril mortel. On comprend aussi bien, à la réflexion, Déméter qui rit que Bellérophon qui fuit.
Aux Thesmophories, aux Haloa et dans d'autres fêtes, les femmes grecques se lançaient les pires injures et les accompagnaient de gestes non moins outrageants1. C'était, pensaient quelques auteurs, en mémoire de l'aventure de Déméter2. Évidemmment non ; cette aventure reflète un état de choses beaucoup plus ancien, qui a laissé sa marque non seulement dans certaines fêtes, mais dans le rituel de certains mystères. Hérodote mentionne des usages analogues aux fêtes de Bubastis en Egypte3; chaque fois que les femmes, qui célébraient la fête sur le Nil, abordaient dans un village, elles injuriaient les femmes de l'endroit et retroussaient leurs robes. Deux textes, à la vérité de basse époque, donnent à croire que l'exhibition, attribuée par la légende à Baubo, faisait partie du scénario des mystères*. Cet oubli de la pudeur féminine, tant dans les paroles que dans les gestes, se retrouve même aujourd'hui chez un grand nombre de peuples, dans les réjouissances qui accompagnent la moisson ou la vendange; c'est l'équivalent des opprobria rustica dont parle Horace s, des probra obscenaque dicta dont parle Ovide6. De notre temps, sans doute, où tout s'est laïcisé ou se laïcise, même l'obscénité, de pareils usages ne sont que des indécences, comme les injures qui les accompagnent, ce que nous appelons les
1. Cet échange d'injures s'appelle aHr/poXoyîa; voir Farnell, Cuits, t. III, p. 104.