Cultes, t. I, p
J'ai traduit littéralement, mais la pensée de l'auteur m'échappe un peu ; en tous les cas, je n'y vois rien qui explique la réciprocité de la vitance, caractère essentiel qu'on ne peut perdre de vue et qui condame d'avance toute interprétation de l'usage fondée sur le caractère encombrant des belles-mères et sur l'esprit de zizanie dont les accuse Juvénal :
Uesperanda tibi salvâ concordiasocru*.
Avant de proposer mon explication, je tiens à formuler une thèse générale qui en rendra peut-être l'acceptation plus facile. Le sauvage, le primitif, comme l'enfant, ne distingue pas bien la réalité de l'apparence. Quand l'Australien s'habille en émou ou en kangourou, il se croit un kangourou ou un émou, exactement comme l'enfant qui joue au cheval ou au docteur se croit, pour le moment, un docteur ou un cheval. Tout le livre de M. Lévy-Bruhl sur la mentalité prélogique des primitifs est fondé sur le mot d'un indigène brésilien, rapporté par M. von den Steinen et déjà cité par M. Frazer : « Je suis tel oiseau. » M. von den Steinen objectait : « Tu veux dire que tu es le descendant de tel oiseau ?» — Non, répondaitavecconviction l'indigène, je suis un arar a rouge »s. Le sauvage, comme l'a remarqué M. Lévy-Bruhl, admet deux assertions qui, à nos yeux, se contredisent : il peut être à la fois un arara et un homme de la tribu des Bororo. De là l'importance que les mascarades, le faire-semblant (make believe des Anglais), la mimique et les gestes, les nomsetles mots du langage jouent, le plus sérieusement du monde, dans la vie des primitifs; de là aussi le respect égal, ou la crainte égale, que leur inspirent certains états, certains actes, et la simulation ou l'apparence de ces actes et états. Là où l'adulte européen sait distinguer nettement et tirer une ligne, le sauvage ne distingue rien et confond tout3,