‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 68 sur 198 · Cf. Frazer, t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. Frazer, t. I, p

Australie, la plus ancienne. Mais une objection beaucoup plus forte se fonde sur la nature même de la vitance : par sa généralité, par son intensité, elle se révèle, au premier coup d'œil, comme religieuse, comme fondée sur les instincts les plus profonds de la nature humaine : aucune explication rationaliste ou utilitaire ne peut prétendre en rendre compte. Il faut la chercher, si l'on peut dire, au delà ou en deçà de notre mentalité d'Européens.

L'explication de M. Crawley, publiée en 1902, a le tort d'être à la fois inadéquate et imprécise. J'ai déjà eu l'occasion de la résumer ' et ne puis que répéter ce que j'ai cru pouvoir y distinguer de plus clair. Suivant M. Crawley, le gendre, ayant rompu le tabou sexuel pour avoir commerce avec sa femme, est comme ressaisi par le même tabou lorsqu'il se trouve en présence de sa belle-mère: Dans certains cas, d'ailleurs rares, le tabou de la belle-mère s'atténue et disparaît lorsqu'un enfant vient de naître. C'est, dit M. Crawley, parce que, tant que l'enfant n'est pas né, les époux violent continuellement le tabou sexuel et qu'il faut, par compensation, qu'il soit reporté sur une autre personne ; la belle-mère est là pour en recevoir le fardeau. Rappelant, ensuite la sourde hostilité entre gendre et belle-mère qui subsiste dans nos sociétés bourgeoises — Schwiegermutter , TiegermuUer, disent les Allemands — M. Crawley pense qu'il y a là une survivance laïcisée du tabou primitif. « Une même raison, écrit-il, est au fond de la forme primitive et de la forme civilisée de ce phénomène, bien que dans cette dernière, la signification religieuse se soit évaporée. Le mari moderne regimbe contre l'intrusion de sa belle-mère, dont il sent pourtant, de façon à demi-consciente, la légitimité, parce que cette personne est du même sexe que sa femme, plus âgée qu'elle et sa mère ; de son côté, dans son désir du bonheur de sa fille, la belle-mère n'a pas tout à fait confiance en son gendre. Alors comme aujourd'hui, la bellemère est évitée, précisément parce qu'elle est la belle-mère. »

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