UNE SOURCE BIBLIQUE DU DOCÉTISME
m'ont abreuvé de vinaigre ». Le texte de S. Jean marque une réalisation de la prophétie encore plus complète que le texte de S. Pierre, puisqu'il a tenu compte des mots du Psalmiste : « dans ma soif » On ne devrait pas être obligé de redire que tout détail précis de l'histoire de la Passion, qui est l'accomplissement d'un texte de l'Ancien Testament, ne peut prétendre à un caractère historique. Cependant M. Loisy ' semble encore tenir pour historiques la flagellation et les crachats de la foule, malgré le texte prophétique d'Isaïe (l, 6) : « J'ai exposé mon dos à ceux qui me frappaient...; je n'ai point soustrait mon visage à l'ignominie et aux crachats ». Il faut cependant choisir : ou l'ancienne théorie de l'inspiration divine est exacte, et les exégètes libéraux n'ont plus qu'à faire pénitence et à s'occuper de leur salut ; ou cette théorie est fausse, et que reste-t-il d'histoire dans la Passion ?
Je me demande si le docétisme lui-môme, opinion dont la haute antiquité est bien attestée, bien que nous soyons fort mal informés de son caractère *, n'a pas cherché un appui dans l'accomplissement des prophéties, du moins sous la forme encore peu philosophique qu'il semble revêtir dans l'Évangile de S. Pierre. Il faut, nous dit-on, distinguer deux docétismes : un docétisme naïf, qui niait la sensibilité physique de Jésus, et un docétisme mystique, qui niait la réalité du corps du Christ3. Tenons-nous en ici au premier. Je me fonde sur le passage du second Isaïe faisant suite à celui que j'ai cité à l'instant. C'est le serviteur de Jahvé qui parle : « Mais le Seigneur, l'Éternel, m'aidera ; c'est pourquoi je ne succombe pas à l'opprobre ; c'est pourquoi j'ai rendu ma