Voir Renan, Origines, t. JI1, p
2. Dans la 2e épître de Paul (?) à Timothée, où il est question des persécutions que l'apôtre a essuyées à Antioche et à Iconium (111, 11), Hermogène (1, 15) et Démas (IV, 10) sont nommés comme s'étant détournés de lui.
3. Cité deux fois dans la 2e épître à Timothée, I, 16 et IV, 19. L'apôtre le loue de sa fidélité, contrastant avec la conduite d'autres Asiatiques ; il envoie son salut à « la famille d'Onésiphore ».
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comme les autres et parfois d'un ange1. Ce dernier trait est peut-être ajouté; mais le portrait de l'apôtre est si peu flatté, si peu banal, qu'on peut le considérer comme authentique; il dérive du récit d'une personne qui a vu Paul, ce qui lui donne, à nos yeux, une très grande valeur.
Onésiphore reconnaît Paul, il l'embrasse, il l'invite avenir loger chez lui avec ses compagnons. A peine entrés, ils s'agenouillent, puis ils se relèvent et brisent du pain, c'està-dire mangent un modeste repas après la prière. Immédiatement, dans la maison d'Onésiphore qui tient lieu d'édifice du culte, Paul commence à prêcher sur la chasteté et la résurrection, deux idées connexes puisque, dans l'opinion de beaucoup de chrétiens des premiers siècles, les chastes seuls, hommes et femmes, devaient ressusciter. Ces discours attiraient dans la maison un grand concours de fidèles et de curieux.
Dans la maison voisine habitait Thékla, fille d'une veuve de bonne famille nommée Théokleia; elle avait un fiancé nommé Thamyris. Assise à la fenêtre voisine du toit2, Thékla écoutait avec ravissement les discours de Paul sur la chasteté. Mais elle ne pouvait voir l'apôtre et enviait les femmes qui entraient librement chez Onésiphore. La mère, inquiète de l'état d'esprit de sa fille, fit venir le fiancé, qui lui dit en vain de douces paroles; mais ni lui ni sa mère ne purent rien obtenir de Thékla, qui continuait à n'écouter que Paul et en avait perdu, depuis trois jours, le manger, le boire et le sommeil.
Thamyris, furieux, alla se poster devant la maison d'Onésiphore et, apercevant Démas etHermogène qui en sortaient, il leur demanda : a Qui est donc cet homme qui captive les jeunes gens et les jeunes filles et leur ordonne de ne pas se marier? » Puis il leur offrit de l'argent et un dîner somptueux pour les gagner à sa cause. Les traîtres lui conseillèrent d'aller trouver les magistrats et de leur dénoncer ce
1. 11 y a beaucoup de variautes à ce sujet dans les textes; voir Corssen, /. I, 1903, p. 37.
2. Les versions diffèrent sur ce détail; voir Corssen, /. /., 1903, p. 30.
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prédicateur « qui sépare les jeunes gens des jeunes filles et enseigne qu'on ne peut ressusciter des morts à moins de rester chaste ». Dans le manuscrit latin de Brescia, ce n'est pas des jeunes filles, mais des femmes mariées qu'il est question1. En effet, les mœurs grecques n'auraient guère permis à des jeunes filles d'entrer dans une maison pour y entendre prêcher et l'on a supposé avec vraisemblance que, dans la plus ancienne rédaction de cette histoire, Paul ne se contentait pas de prêcher la chasteté aux jeunes gens, mais détournait les jeunes mariés de tout ce qui n'était pas la vie spirituelle.
Levé avec l'aurore, Thamyris s'assura du concours des sénateurs et de leurs gardes armés, entra dans la maison d'Onésiphore et somma Paul de l'accompagner chez le magistrat. « Enlevez le sorcier! criait la foule, car il a corrompu nos femmes en leur enseignant une doctrine étrangère. »Le magistrat était un homme bienveillant; il interrogea Paul sur ses opinions et écouta sa profession de foi. « Dieu, dit Paul, m'a envoyé pour sauver les hommes delà destruction et les purger de leurs désirs qui donnent la mort. » Le magistrat ordonna de conduire Paul en prison, se réservant de l'interroger plus tard à nouveau.
Thékla, instruite de ces choses, sortit de chez elle à la tombée de la nuit, après avoir donné son bracelet au portier pour le corrompre; puis elle courut à la prison et se fit ouvrir la geôle en donnant au geôlier son miroir d'argent2. Elle s'assit aux pieds de l'apôtre et écouta ses paroles; de temps en temps elle baisait ses pieds et les chaînes qui retenaient ses pieds et ses mains.
Le lendemain matin, toute la maisonnée de Thékla se mit à sa recherche. Enfin, un homme vint dire qu'il l'avait vue sortir en donnant au portier son bracelet. Le portier, mis à la torture, avoua qu'elle était partie vers la geôle; on l'y re-
1. Voir Corsseu, /. I., 1903, p. 28. L'arménien aussi (Conybeare, p. 87) appelle Thamyris le mari de Thékla.
2. Sur ce détail archéologique, voir E. Le Blant, Annuaire des Études grecques, 1877, p. 264.
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trouva, avec d'autres qui étaient entrés déjà, aux pieds de l'apôtre.
Thamyris prévint le magistrat, qui fit comparaître Paul. Thékla se jeta parterre et pleura amèrement; bientôt on vint la chercher à son tour. Aux questions du juge, Thékla ne répondit point; elle ne pouvait détacher ses yeux de Paul. Mais la mère de Thékla hurlait : « Il faut faire périr cette fille en plein théâtre, pour servir d'exemple aux autres femmes ! » Le juge, fort ennuyé, ordonna que Paul serait passé par les verges et expulsé de la ville ; quant à Thékla, elle devait être brûlée vive sur-le-champ.
Cet épisode de Thékla condamnée au bûcher, à la demande de sa propre mère, se trouve dans tous les textes connus ; il est manifestement inadmissible, d'abord parce qu'il n'y a aucune proportion entre la faute et la peine, et puis parce que le droit romain ne permettait pas de condamner au feu des personnes de condition élevée. En principe, la peine du feu, considérée comme une application de la loi du talion, était réservée aux incendiaires; c'est comme prétendus incendiaires que Néron, en 64, fit brûler des chrétiens et des juifs dans ses jardins. Mais c'est là, en dehors des miracles, la seule impossibilité absolue de cette histoire ; il faut admettre ici une très ancienns interpolation1, la substitution d'une peine atroce à quelque légère pénitence publique, imposée à la fille rebelle par le magistrat.
Thékla, amenée presque nue dans le théâtre, cherche des yeux saint Paul. Elle croit l'apercevoir vis-à-vis d'elle; mais ce n'était pas le saint; c'était Jésus lui-même qui avait pris les traits de l'apôtre pour la consoler. Pendant qu'elle le regardait fixement, il s'éleva de terre et monta au ciel. Entre
\. Voir Conybeare, l. L, p. 57. Dans un fragment d'homélie du iv« siècle, attribué à saint Jean Chrysostome (Migne, t. II, p. 746), l'histoire de Tbékla est racontée sans cet épisode.
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temps, jeunes gens et femmes accumulaient des fagots autour de Thékla et y mettaient le feu. Mais tout à coup un grand bruit se fit entendre dans le ciel ; la pluie et la grêle commencèrent à tomber, beaucoup de spectateurs furent frappés et prirent la fuite; bref, à la faveur du désordre, Thékla fut sauvée.
Paul s'était réfugié, avec Onésiphore, sa femme et ses fils, dans une petite maison1 sur la route d'Iconium, où ils jeu naient et priaient Au bout de plusieurs jours de jeûne, comme les enfants souffraient de la faim, Paul donna sa tunique à un jeune homme et le pria d'aller la vendre pour acheter du pain. Ce jeune homme, se rendant à la ville, rencontra Thékla; sauvée du bûcher, elle avait pris la fuite et cherchait Paul. Conduite en sa présence, elle le trouva agenouillé et priant le Seigneur de sauver Thékla. « Merci, mon Père, s écria la jeune fille, puisque tu as eu pitié de moi et as permis que je fusse sauvée pour revoir Paul ! » Ce fut une joie générale; bientôt le jeune homme revint avec cinq morceaux de pain, des légumes, du sel et de l'eau. Thékla dit à Paul : « Je veux couper mes cheveux et te suivre partout.
— Non, dit Paul, tu es trop belle, tu ne serais pas en sûreté.
— Baptise-moi seulement, insista la jeune fille, et le sceau du Christ écartera de moi les tentations. — Sois patiente, répondit Paul, tu obtiendras plus tard ce que tu désires. » Sur quoi Paul renvoya Onésiphore et les siens à Iconium ; puis, prenant Thékla par la main, il la conduisit avec une escorte à Antioche2.
Comme ils entraient dans cette ville, un des principaux citoyens, nommé Alexandre, aperçut Thékla et s'éprit d'elle à première vue. Il offrit à Paul beaucoup d'or et d'argent s'il voulait lui faire connaître la jeune fille. « Je ne la con-