‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 96 sur 198 · J. Gwynn, l. L, p · texte numérisé non relu

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littérature relative à Thékla restait enfouie dans les bibliothèques. C'est en 1698 seulement qu'on publia un opuscule, intitulé tantôt les Actes de Paul et de Thékla, tantôt la Passion de Thékla ou encore autrement1. Il existe de cet écrit des rédactions fort différentes, en grec, en latin, en syriaque, en arménien, en arabe, en vieux-slave, qui ont été étudiées surtout dans la seconde moitié du xrxe siècle. En 1897, un savant allemand, M.Schmidt, découvrit, dans un lot de manuscrits coptes apportés d'Egypte à Heidelberg, une traduction copte de cet épisode, faisant partie d'un ouvrage beaucoup plus considérable qui avait disparu depuis treize siècles, les Actes de Paul*. Il fut ainsi démontré que l'histoire de Thékla n'était qu'un chapitre d'un long travail, ou, du moins, qu'elle avait été insérée dans un gros livre; ce chapitre seul, à l'exclusion du reste, avait trouvé beaucoup de traducteurs et de copistes, à cause de son intérêt romanesque et sans doute aussi des qualités littéraires qui lui assignent le premier rang parmi les écrits non canoniques de l'ancienne Église.

Avant de chercher à en préciser le caractère et la date, il faut que je vous donne un résumé de l'histoire de Thékla d'après les Actes. Je prends pour base le texte arménien, traduit en anglais par M. Conybeare 3; ce texte est lui-même la traduction d'un texte syriaque, plus ancien que les textes syriaques qui nous restent. Je laisse absolument de côté les textes grecs, profondément remaniés et interpolés1 ; j'aurai l'occasion de parler d'un texte latin de bonne qualité,

1. Voir la bibliographie des éditions dans Lipsius, Acla Apostolorum, Proleg., p. xcix.

2. Voir P. Corssen, Die Urgestalt der Paulwakten, dans Zeitschrift fur neutestamentliche Wissenschaft, 1903, p. 22 et suiv. ; du même, Der Schtuss des Paulusakten, ibid., 1905, p. 317 et suiv. La publication de G. Schmidt date de 1904 : G. Schmidt, Acta Pauli, Uebersetzung, Untersuchungen und Koptischer Text, Leipzig. Le texte est mutilé et dans un état déplorable.

3. F. C. Conybeare, The Armenian Apology, and other monuments of early christianity , Londres, 1896, p. 61 et suiv.

4 Le texte grec, publié en dernier lieu par Lipsius (Acta apocrypha, I, p. 235 et suiv.), a été traduit en anglais par Walker, Apocryphal Acts, Edimbourg, 1890, p. 279-292. Voltaire le connaissait.

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dont quelques pages ont été découvertes récemment à Brescia.

Aux chapitres 13 et 14 des Actes des Apôtres, ouvrage rédigé, sous sa forme actuelle, vers l'an 90, il est raconté que saint Paul et Barnabe, obligés de quitter Antioche de Pisidie, où ils prêchaient dans la synagogue juive et aux païens, à cause de l'hostilité des « femmes dévotes et de qualité », se rendirent à Iconium, cité importante de Lycaonie, aujourd'hui Koniah en Asie Mineure, d'où une émeute des païens et des juifs les contraignit à fuir1. Cela se passait vers 49 après l'ère chrétienne. C'est à ce moment que se place l'histoire de Thékla. Mais le narrateur de cette histoire ne connaît ni Barnabe ni les juifs, et, tandis que les Actes authentiques résument en quelques lignes le séjour de Paul à Iconium, l'auteur anonyme, comme vous allez le voir, entre dans beaucoup plus de détails.

Paul, fuyant Antioche, arrive auprès d'Iconium en compagnie de deux faux frères, Démas et Hermogène, qui s'étaient attachés à lui pour lui nuire8. Un homme pieux, nommé Onésiphore*, avait entendu dire que Paul venait à Iconium; il alla à sa rencontre sur la route et le reconnut grâce à un signalement qu'il tenait de Titus, païen converti et ami de Paul. Suivant cette description, l'apôtre était de taille moyenne, avec des cheveux bouclés, de petites jambes cagneuses, des yeux bleus, de grands sourcils qui se rejoignaient, un long nez; parfois il avait l'air d'un homme

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