Froehner, Médaillons^ p
L'autel de MaTilly et l'image de la Vesta romaine'.
On n'a encore signalé, dans les Musi5cs d'antiques, aucune image aullicnliquc de Vesta. Je parle, bien entendu, de la vieille Vesta romaine et non de l'Hestia des Grecs, qui fut de bonne heure assimilée à la déesse latine. L'Hestia grecque parait sur plusieurs vases à figures rouges, où sa silhouette, qui rappelle celle de Koré, est accompagnée de son nom". Les anciens ontaussi mentionné quelques statues d'Hestia, debout ou assise, dont nous possédons probablement des copies; de ce nombre est la célèbre statue dite Beslia Giustiniani, actuellement dans la collection Torlonia à Rome'. Les monnaies romaines, consulaires ou impériales, qui portent au revers des représentations de Vesta, nous offrent toujours, sous un nom latin, des images de l'Hestia grecque. Dans les peintures de Pompéi, Vesta, figurée avec les Lares, a le type grec d'une jeune divinité de l'abondance; parfois elle est accompagnée d'un âne, quadrupède qui était consacré àla Vesta romaine'; mais ce détail est le seul auquel on puisse reconnaître qu'il l'agit bien de la divinité latine. De même, sur l'autel de "Cabies', une lampe surmontée d'une tète d'âne, que le sculp< leur a placée aux pieds do Vesia, est le seul attribut qui permette de l'identifier; l'aspect de la déesse est celui d'une Héra ou d'une Déméter. Le déblaiement de la maison des ^Vestales à Rome, en 1883, a fait découvrir do nombreuses
1. {Rtoue archéologique, 1891, 11, p. 3U-3S6, arec beaucoup d'additiou» et
S. Voir l'&rt. Htttia dsoB le Uxtkon drr M<jthoL de Rob 3. Clarac, Mtait, p. it9, 7 R.
t:, DtnkmaUr, flg. 888.
rhuch, pi. VIII. !3.
192 L* AUTEL DE MAVILLY
statues de Vestales, mais aucune image de la déesse qu^elles servaient*.
Dès 1805, Boettiger déclarait qu'il n'existait pas de représentations plastiques de Yesta et que les diverses figures ainsi désignées dans les collections étaient celles de la déesse Rome ou de Gérés*. Cette opinion me semblerait encore Texpression de la vérité, n*était le monument qui fait Tobjet de la présente notice.
Nous savons, par Ovide, que le temple de Yesta à Rome ne contenait pas d'image. Comme l'accès en était interdit aux profanes, le poète avait cru d'abord, sans doute avec la plupart de ses contemporains, qu'il existait une ou plusieurs statues dans le sanctuaire, mais dissimulées aux regards. Plus tard, mieux informé, il s'accuse lui-même de son erreur» :
Esse diu stuUus Vestae simulacra putavi;
Mox didici cumo nulla subesse tholo.
Jgnis inextinctus templo celatur in illo;
Effigiem nullam Vesta nec ignis habent.
Remarquons qu'Ovide dit seulement qu'il n'y avait pas d'effigie de Vesta sous la toiture du temple circulaire, curvo nulla subesse tholo. Mais nous sommes certains, d'autre part, qu'il existait une statue de Vesta dans le vestibule du temple*. En effet, parlant delà mort du grand pontife Mucius Scaevola, proscrit par le parti de Marius en 82 avant J.-C, VEpilome du livre LXXXVI de Tite Live dit qu'il fut assassiné dans le vestibule du temple de Vesta, in vestibulo aedis Vestae. Or, Cicéron, mentionnant le même événement dans deux passages, dit que le grand pontife fut massacré devant l'image de Vesta, aîUe simulacrum Vestae^, et que la statue fut maculée de son sang, sanguine simulacrum Vestae respersum^, Lucain' fait
1. Jordao, Der Tempel der Vesta und das Haus der Veslalinnen, Berlin, 1886