II. JMHtf,'vi,*l et sûTTT
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tout ce qu'elle renferme; seule, Bahab la courtisane aura la vie sauve, ainsi que toute les personnes qui sont chez elles, parce qu'elle a mis à l'abri les émissaires que nous avions envoyi^s. Mais prenez bien garde à l'interdit ot n'allez pas vous approprier quoi que ce soit; ce serait attirer l'interdit sur le camp d'Israël et lui porter malheur. Quant à l'argent et à l'or, aux ustensiles de cuivre et de fer, ils seront réserves au service de l'Éternel ; c'est dans le trésor de l'Éternel qu'ils entreront ». La muraille écroulée et la vdle prise, les Hébreux, appliquant l'interdit, tuèrent hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu'aux bœufs, aux brebis et aux ânes. On brûla la ville et tout son contenu, sauf l'argent et l'or, les objets de cuivre et de fer, qu'on déposa dans le trésor de la maison de Dieu. Joaué prononça cette adjuration : « Soït maudit devant le Seigneur celui qui entreprendrait de rebâtir cette ville, de relever Jéricho! Que la pose de la première pierre lui coûte son premier-né et celle des portes le plus jeune de ses fils.' " La malédiction attribuée à Josué parait avoir porté ses fruits; nul, pendant des siècles, ne se hasarda à relever Jéricho*. MM. Sellin et Niemann y ont entrepris tout récemment des fouilles profondes, qui ont fait reparaître au jour les restée des murailles et do deux forts, avec un grand nombre d'objets brisés, eu particulier des tessons de vases, qui presque tous, afiirment les explorateurs, remontent à l'époque chananéennc et sont antérieurs à la domination des Hébreux sur le pays. Une lois Cl retranchée » par l'opération magique que l'on sait, Jéricho n'existait plus. Li> récit de la destruction sauvage de la ville et de tout ce qu'elle contenait, Otres animés et objets
1. Le 1" livre des HoU (xvi, 3t) racoate que, du temps d'Achab, Hiel de Bethet rebâtit Jeriebo, mnU au prix de la «ie de deui de ses eiirant*: •■ Ao prix d'Atiirnm, ion nlnê, il nn poeai les foudeaieats, et au prix de Sbegoub, «ou cadet, il en popn les portes, couinruii-'metit à la parole de rEtemei, qu'il avait prononcée par l'orgaoe de Josué >. 11 lemble qu'il y ait ici comme le «ouvenir d'un sacrillcB dt fondation destiué à racheter ou à effacer le ktrem ; mais le texte, tel qu'il est, ludique pintAt uu accident, qui aurait coQté la vie aux deux Bis de Hiel (Ren»8, La Bible, t. I, p. 485] Reues remarque i ce propos: • Jéricho avait été rebâtie depuis tiieu lougtecnps et est mentionnée, comma une villa existante El peuplée, dans i'hisloire de David ». Cela ne reaeort nnllement du t^ile visé (2 Samuel, \, E).
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sans vie, rappelle étrangement le passage de Tite Live sur les fureurs des Ligures h MuLinc et celui d'Orosc sur celles des Cimbres; mais la suite est plus instructive encore, en nous éclairant sur le caractère contagieux des objets frappés par le herem. Quand mOme le livre de Josué, sous la forme où il nous est parvenu, ne serait pas antérieur à l'Exil, les idées primitives qu'on y trouve en foule suffiraient à nous convaincre que le fond du récit appartient à une époque très ancienne, à une ci vilisiilion encore rudimenlaireet toute dominée par des scrupules religieux '.
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Malgré l'interdit, un Hébreu du nom d'Abhan s'appropria quelques objets provenant de Jéricho. La sanction du litbott violé se fit bientôt sentir : trois mille soldats furent mis en déroute par les habitants d'Aï. Josué se prosterna devant l'arche et supplia l'iiiterael. Alors l'Éternel dit à Josué : << Israël a péché. Il a violé ma défense ; on a pris de l'interdit, quoiqu'un l'a caché dans ses bagages. Les Israélites ne pourront plus tenir devant leurs ennemis; ils sont sous le poids de l'interdit. Je ne serai plus avec vous si vous ne faites disparaître du milieu de vous l'objet de l'interdit ». Ainsi tout le peuple est contaminé par le crime d'un seul; il faut que ce crime soit expié, car » l'interdit est dans le sein d'Israël ». Ce qui suit est obscur, le texte étant sans doute altéré; mais il «emhleque l'Kternel ait prescrit k Josué une épreuve magique, Lhd appel par la voie des sorts pour découvrir le coupable. Le ■sort désigne Akban, qui avoue sa faute : « Avisant, parmi le ntin. un beau manteau de Sennaar, deux cents sicles d'arkent, un lingot d'or de cinquante sicles, j'en ai eu envie et a'cn suis emparé; ces objets sont enfouis en terre dans ma
' I. I,e rËdacteur du lirre de Joku<? Tait ioterveoir en toute* chosci Jahreh,
D tes hUtoriem romaine partent ie dépoulllea youèei à leur» dieux;
• le tabou de* dâpuuille» •, arec toutes »ei coaaéqueac«», paraît bien
Iriear i la conatjlution du mouotbeliiue bëbrea, comme a celle du polj-
lUtnie romaio; c'eit l'époque de la laaKie et des djinn (polydémouiime).
tente, l'argent par dessous ». Josué dépâcha des envoyés k la tonte d'Akhan et ceux-ci rapportèrent les objets. Alors, agissant d'après les ordres exprès de l'Éternel, Josué lit saisir Akhan, ainsi que l'urgent, le manteau et le lingot d'or, ainsi que ses Hls et ses iillcs, ses bœufs, ses Ânes, son menu bétail, sa tente et tous ses biens et, suivi de tout Israi'l, il les conduisit dans la vallée d'Akhor. El Josué lui dit : « Le malheur dont tu nous as afilîgés, Dieu te le rend aujourd'hui ». Et tout Israël le tua à coups de pierres. « On les livra au feu, on les lapida et on éleva par dessus un grand monceau de pi^rrea qui subsiste encore, et le courroux de l'Éternel s'apaisa. C'est à cette occasion que l'endroit fut appelle la vallée d'Akhor [tiu malheur), nom qu'il a gardé jusqu'à aujourd'hui a.
On comprend maintenant, par comparaison, pourquoi César dit qu'un (jaulois, qui enlèverait quoi que ce soit des monceaux de bulin, serait mis k mort après les plus cruels supplices. En portant la main sur dos objets sacrés et interdits, il ne se souillerait pas ticulement lui-même, mais exposerait toute la cité k la contagion de la souillure, L'intérêt public exige donc qu'on elfraie par des exemples et des menaces terribles ceux qui pourraient ôlre tentés de pécher ainsi et qu'on extermine le coupîible avec des raffinements de cruauté pour empêcher qu'il ait des imitateurs. Cette idée de la contagion de la souillure reparaît dans l'histoire du vol de l'or de Toulouse par Cépion, qui est tué par les Cimhres, dont l'armée est anéantie, dont les IJllus mêmes, au rapport de 8trahon, sont réduites à la prostitution la plus vile. La mentalité de ceux qui colportaient cette histoire édifiante vers l'an 100 avant notre ère ne dilTérail guère do relie du rédacteur du livre de Josué, qui relate si tranquilkiment le supplice d'Akhan, la lapidation et la crémation de ses tils. de ses hlles, de son gros et de son menu bétail, mémo des objets sans vie qui lui appartenaient et que la contagion de sa souillure avait pu toucher. Tout ce récit a pu d'ailleurs être fabriqué pour expliquer l'e-Tistence d'un tumulus de pierres au lieu dit Akhor (le malheur), une croyance générale voulant qu'un monceau de gros cailloux recouvre le corps d'un criminel lapidé ; mais ce qui importe
l'histoire de la religion et des mœurs, ce n'est pas que ces faits se soient passés tels que les raconte la Bible : c'est qu'on ait pu croire qu'ils se sont passés ainsi,
U. l'abbt^ Paul Renard, docteur en Iliéologie, professeur d'Écriture Sainte au Grand Séminaire de Chartres, résumait ainsi, il y a quelques années, l'épisode d'Akhan ■ : n Son crime avait éti de violer l'ordre do Josué, qui avait expressément voué à l'anathÈmo la ville avec tout ce qu'elle renfermait d hommes et de butin. C'était une sorte de consécration reliuso que cet anéantissement de la première ville conquise Chanaan, exécutée en reconnaissance des droits : ^ins de Jehovah, aussi bien que pour inspirer aux autres illes une terreur salutaire. Dès lors, désobéir fi cet ordre 'enait un sacrilège di^ne de la vengeance de Dieu ». Cette façon d'atténuer et de dénaturer les faits, pour les accommoder aux exigences de l'éthique moderne, est un bien fÂchoux anachronisme; l'indignation qu'exprimaient les philosophes du xviri" siècle, à la lecture de ces récils barbares, n'est pas moins contraire aux exigences de l'esprit critique, un certain moment de leur évolution sociale, les Hébreux, Ligures, les Cimbres et sans doute tous les autres peuples nnt pensé de même, agi de même : leurs actes, qui nous remplissent d'horreur, n'ont été que les conséquences logiques de leurs idées et si nous éprouvons quelque fierté h mesurer le chemin parcouru depuis, nous devons réserv'er nos censures à ceux qui voudraient, aujourd'hui encore, nous proposer la conduite de sauvages préhistoriques comme la règle de nos consciences et do nos mœurs.
Il y a d'autres exemples de mise en interdit dans la Bible, et même de violation de l'interdit: ainsi Saill, malgré l'ordre lie l'Eternel lui enjoignant de frapper les Amalécites et de les tuer tous « tant les grands que ceux qui lettent. tant les bœuls que les brebis et tant les chameaux que les ânes », massacre bien les Amaléciles, mais garde ce qu'il y a de mieux parmi leur bétail; l'Eternel, par la voix de Samuel,
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. Vigout
, Dietionnaire de la BibU, i
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lui reproche cotte désobéissance cl l'en punit'. L'excuse que Saul allègue est intéressante : » J'ai bien détruit à la façon de l'interdit les Amalécites. mais le peuple a pris des brebis et des bœufs du butin, comme des prémices de l'interdit, pour les sacriPices à l'Éternel ton Dieu à Guilgal » , Ainsi — puisque l'excuse n'est pas admise — l'exécution de l'interdit n'a rien de commun avec le sacriiice: on ne peut sacrifier à Dieu que dos cboses pures, et l'interdit est souverainement impur; même les objets en métal que l'on conserve devront être passés au feu et à l'eau de purîiicution avant d'entrer dans le tré* sor de rÉtcrnol. Nous avons ici. sous une forme très simple et primitive, ce rite de la mise hors la loi des personnes et des choses, en conséquence de l'état de guerre, qui parait déjà atténué et comme anlhropomorphisé dans les récits des historiens classiques. Lorsque ceux ci nous disent qu'un général, avant le combat, voue à tel ou à tel dieu le butin de sa prochaine victoire, le herem biblique nous permet de comprendre la nature primitive de cet acte : il ne s'agit pas d'oblation ou de sacrifice, mais d'extermination.