VI
Une fois que nous avons ainsi établi le caractère du herem et de ses équivalents chez d'autres peuples do l'antiquité, il reste à chercher l'origine de cet usage, si contraire à l'intérêt matériel et immédiat des tribus qui, malgré leur indigence, s'y soumettent et se gardent de mettre en pratique ce principe du sens commun laïc : a Ce qui est bon à prendre est bon à garder ».
11 y a, de cet easembic de faits, une explication pour ainsi dire orthodoxe : c'est celle dos commentateurs attitrés de la Bible. <• Dans certain .;aH, écrit M, l'abbé Lesêtre, pour inspirer aux Israélites 1 horreur de l'idolàirie. Dieu commandait que tout le butin pris sur les idolâtres fût détruit, à l'exception de ce qui pouvait être purihé par le feu, comme les objets.
métal... Ces précautions visaient à la fois l'hygiÈno physique et la pureté morale de Hébreux' «. L'idée que l'emploi du feu et de l'eau pour purifier (au sens religieux du mol) les iibjcls métalliques du butin, fût inspirée par une préoccupation d' u hygiène physique ", est de celles qu'on peut trouver ingénieuses, mais qui ne méritent pas une discussion. Quant à 1' » hygiène morale " des Israélites, il n'est pas évident que le massacre d'enfants k la mamelle et de femmes enceintes fût de nature à y contribuer efficacement. Du reste, en pareille raaliôre, il n'est ni scienlitique ni même honni^le de négliger les exemples analogues fournis par l'histoire des peuples païens; di^s que le herem biblique n'est plus qu'un cas particulier d'une coutume autrefois très répandue, ■înon générale, aucun historien, fût-il théologien orthodoxe, B'a le droit d'alléguer les bonnes intentions de l'Eternel et les précautions de la sagesse divine contre ta contagion de l'idolâtrie,
lin savant allemand, M. Scliwally, qui a récemment étudié la guerre sainte chez les Israélites du l'antiquité*, croit que « l'interdiction qui frappe le butin est seulement un obstacle aux convoitises individuelles ; la consécration en protège l'intégrité ». Il rappelle, à ce propos, les tabous usités en Polynésie pour proléger les fruits avant la récolte, les produits de la chasse et de ia pêche collective avant le partage'. En un mot, ce serait une superstition imaginée avec artifice pour tenir lieu de mesures de police alors impraticables. '■Voilà, au début du xx' siècle, une hypothèse que n'auraient pas désavouée les encyclopédistes du xvni°, toujours prêts à expliquer les coutumes en apparence les plus bizarres comme les inventions réiléchies des législateurs religieux, qu'ils se