‹ Cultes, mythes, et religions (volume 3)Chapitre 3 sur 345 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce Tolume est si gros que je ne Talourdirai pas d'une préface. Aussi bien, parmi les 28 mémoires dont il se compose, faisant suite aux 70 qui no\\\ réunis dans les deux précédents volumes, les plus considérables ne font que poursuivre, dans différents domaines, la démonstration d*idées que je crois toujours justes et dont j'ai donné un exposé d'ensemble dans V Introduction du tome II. Je prépare en ce moment une petite Histoire générale des religions, très courte, ù l'usage des gens du monde, où ces idées prendront place avec quelques autres. Ce sera le moyen de les faire pénétrer plus profondément dans le public. Mais je n'ai pas à me plaindre du public, puisqu'il a déjà fallu réimprimer le premier volume du présent recueil et que j'en trouve souvent Técho dans les nouveaux livres qui paraissent. On sait la gradation de jugements où se complaît la critique : 1^ cela n'a pas le sens commun; 2^ c*est contraire à la religion ou à la morale; 3<> c'était connu depuis longtemps. Ka première étape est déjà loin; la seconde se franchit; la troisième s'annonce. C'est bon signe.

Juin 1908.

La mort du grand Pan '.

il y a prî-s de deux siècles, un iiiunibrc de i'Acadrmîc dus Inscriptions, l'ablx; Anselme, lut h colle compagnie une dissertation sur le dieu inconnu des Athéniens, que saint Paul, parlant devant l'Aréopage, avait révéla à ceux qui lui rcn- . daient hommage sans le connaître'. Traitant de l'origine do f ce culte, l'abbé Anselme rappela l'Iitsloire des ambassadeurs athéniens qui, envoyés vers Sparte, lors delà première invasion médique, pour demander du secours, furent arrêtés en chemin par le dieu l'an; celui-ci se plaignit de n'avoir pas d'autel dans Athènes et réclama, pour prix de sa protection, les honneurs publics qui lui étaient dus'. Un des confrères de f l'abhé Anselme fil remarquer qu'une aventure, comparable à I celle qu'il relatait, était arrivée au temps de la mort de Jésns, qu'elle avait été écrite par Plutarqueet rapportée parEusèbe. K La réflexion qu'on m'y a fait faire à la première lecture, ' écrivait l'abbé Anselme en 171o. m'oblige de l'insérer dans cet endroit comme une preuve de l'idée qu'on avait autrefois du dieu Pan. n II rapporte alors l'histoire bien connue, tirée du traité de Plutarque sur la cessation des oracles, où l'on ' apprend que le pilote d'un navire, passant près de l'Ilot de Paxos, fut averti par une voi.\ mystérieuse que le grand Pan était mort. « Ce n'est pas ici le lieu d'examiner, ajoute-t-îl, si le Dieu Pan était, comme on la cru, Jésus Christ même, comme si ce divin Sauveur eût eu besoin d'emprunter le nom

1. [Bu/Ulia dt Con-erpùrtdanci heiUnkiUf, 1907, t. XXXI. p. 5-lï]. S. Mimoirtt de IUliralure lirét des reginlrts dt t'Acadimit ro'jak du tnteriptiont, Lt U^ye, 1124. t. VI, p. m (I. IV, p iseo >U l'fdil'Oa origlnnlfl. 3, Hérodote, VI, 105.

d'un de ses ennemis, ou si le démon fut contraint de confesser lui-même sa défaite entière par la croix. » La première de ces explications avait déjà été proposée par Ëusèbe dans sa Préparation Évangélique^; e\le fut adoptée et amplifiée par d'autres auteurs. Au chapitre xxviir du livre IV de Pantagruel, le héros de Rabelais raconte « une pitoyable histoire touchant le trépas des héros »; c'est une traduction assez exacte du récit de Plutarque. Pantagruel ajoute en terminant, d'après Plutarque, que les savants consultés par Tibère opinèrent que le grand Pan, dont on annonçait ainsi la mort, était fils de Mercure et de Pénélope. « Toutefois, conclut-il, je l'interpréterais de celui grand Servateur des fidèles, qui fut en Judée ignominieusement occis par Tenvie et l'iniquité des pontifes, docteurs, prêtres et moines de la loi mosaïque. Et ne me semble l'interprétation abhorrente. Car à bon droit peut-il être en langage grégeois dit Pan, vu qu'il est le notre tout; tout ce que nous sommes, tout ce que vivons, lout ce que nous avons, tout ce que espérons est lui, en lui, de lui, par lui. C'est le bon Pan, le grand Pasteur, qui, comme atteste le berger passionné Corydon, non seulement a en amour et affection ses brebis, mais aussi ses bergers. A la mort duquel furent plaintes, soupirs, effrois et lamentations en toute la machine de l'Univers, cieux, terre, mer, enfers. A cette mienne interprétation compète le temps. Car cestui très bon, très grand Pan, notre unique Servateur, mourut lès Hierusalem, régnant en Rome Tibère César. »

Ce passage de Rabelais est un remarquable exemple de son érudition à la fois vaste et brouillonne, où le Bon Pasteur de l'Évangile, le berger de Virgile, le Grand Pan naturaliste de l'exégèse stoïcienne sont juxtaposés et confondus. Il est probable qu'il ne connaissait pas le texte d'Eusèbe et s'imaginait

1. Eusèbe, Praep. Evang.y V, 17 : ToaaOxa Ôà o IlXouiapxo;. 'Emryjpr.aai Se aÇiov xbv xatpbv, èv ta ÇYjdi xbv OâvaTOv yeyovévai xoO Sat(jLOvo;. Outo; 5è tjv ô xaxa Ti6épiov, xa6* bv ô Y^piéTepoc SeutYip, xà; aùv àvOpcoicoïc «ovoujuvo; 8iaxpi6àc, itàv Y^voç 6aii(iàv(ov êU^x^veiv xoO xûv âvOputnwv àvay^YP*'^'^*' P^'^^ a><rce rfiri xivàç xûv 6ai|x6vb)v YOVvTcexeîv aûxbv xat ixeteueiv (jli^ tu icepi(iivovTt avxou; TapTOcpco napaôoOvai.

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