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avoir (lécouvLTt ce qu'il appelle h cctlo micnno înterprélation ».
Van Dale, dans sa dissertation sur les oracles, réfuLa l'opinion d'Ëusfibe; elle n'en a pas moins trouvé des adhérents jusqu'à nos jours, bien que sous une forme en apparence plus scienlilique. Le savant Welcker imagina, pour expliquer l'anecdolc de Plutarquc, l'invraiseniblablo petit roman que voici'. " Du temps de Tibère, dit-il, un païen perspicace, qui comprenait t'insuftisance du paganisme ofllciel et de lorphisme en présence du mouvement clirétîen, qui prévoyait l'etTondrement du panthéisme tiylozoïque personnifié par le dieu Pan. ie dieu universel, se servit de celle histoire comme d'une mouture finement ouvragée pour enchdsser le joyau de sa pensée et en rehausser l'éclat. Mais les philologues de Tentourage de Tibère ne comprirent pas, ou essayèrent de détourner le présage en l'appliquant au Pan arcadien. qui n'a jamais été qualilié de Grand Pan ■>. 11 y a U un singulier mélange du prétendu esprit critique du xviii* siècle avec le mysticisme de la premii^re partie du xix*. Welcker pense un élève de Voltaire quand il veut que le professeur, dont Plutarquc tient son histoire, ail été un menteur pîeux, un fourbe bienfaisant; mais il se réclame du romantisme mystique on admettant qu'un païen du temps de Tibère, avant môme la prédication de saint Paul, ait pu pressentir l'avi-nomenl d'une religion nouvelle et la mort des dieux du paganisme. A cet égard seulement, et comme témoignage sur l'esprit de son temps, l'hypothiïse de Welcker est intéressante ; considérée on elle-même, elle ne mérite pas d'être réfutée.
Mannliardl, entrant dans une voie toute dilférenle, allégua divers contes germaniques où il est question do voix mystérieuses annonçant la mort d'une sorcifcre ou d'une fée*. Dans une dos légendes qu'il rapporte d'après Panzer', il s'agît d'une voix qui appelle un boucher et lui ordonne de crier &
I. WMckcr, Grirchischc GaUirlthrt, l. II, p. 670; cf. W. II. Rotcber, Jakrbuehtr fur clai,. PhdologU. t. CXLV (I89S), p. *6U. 3. HaanharJt, Wald- uiul Fildeulte. p. 13J, (IS. 3. J«td., p. 149.
un certain endroit, dans la fente d'un rocher, que sa servante Salomé est morte. Le boucher obéit et, à son appel, répondent des lamentations et des cris. Cette histoire est très suspecte, car elle rappelle de beaucoup trop près celle de Plutarque; sous la forme où elle nous est parvenue, on peut affirmer qu^ellè est d'origine demi-savanle. Tel est d'ailleurs le danger qu'offrent souvent les éléments dits traditionnels sur lesquels opèrent les folkloristes ; si le folklore passe dans la littérature écrite, la littérature pénèlre aussi dans le folklore. Déjà Herbelot, dans sa Bibliothèque orientale, et les frères Grimm, dans leurs Màrchen, avaient cité des légendes analogues à celles qu'a produites Mannhardt' ; elles ne laissent pas d'être instructives, mais n'éclaircisscnt pas le récit qui nous occupe. On pourrait aussi bien rappeler le vers de Virgile sur la grande voix qui sortit des bois silencieux au moment de la mort de César :
Vax quoque per iucos vulgo exaudita silentes In gens.,.,*
Cette voix, bien que le poète ne le dise pas, annonçait probablement la mort de César. Le fait que les anciens et les modernes ont cru parfois entendre des voix célestes n'est pas contesté et n'a guère besoin d'être appuyé d'exemples'; mais l'anecdote que Plutarque tient de bonne source et qui fut comme authentiquée par Tenquête de Tibère, présente des détails d'une précision telle qu'on ne peut en rendre raison en invoquant des analogies générales C'est ce qu'a très bien compris, en 1892, M. Roscher, qui, abordant à son tour le problème*, songea au bouc sacré adoré en Egypte à Mendès et ailleurs, lequel fut, en effet, identifié par les Grecs au grand dieu Pan, Iliv Oeo? [Liyt^':oq^. La mort de ce bouc était
1. Voir le Commentaire des Œuvres de Babeiais par B. de? Marets et Ralhery, Paris, Didot, 2« éd. (1873), t. Il, p. 164, note 5; Frazer, Golden Bough, 2- éd., t. Il, p. 5.