Revue celtique, 1895, p
2. M. Michaelis fait observer que la femme est ailée (cf. Rev. des Eludes anciennes, 1905, p. 239, 246). IT n'y a pas trace d'ailes sur la figure féminine du second autel.
SUCEI.LUS ET NANÏ03VELTA
figure, en relief très faible, un oiseau marchant à gauche, qui paraît être un corbeau.
Fig. 1 et 2. — Autels de Sarrebourg.
Au-dessus du bas-relief on lit l'inscription suivante, dont la lecture ne comporte aucune incertitude :
D E O ■ S V C E L L O ■ XAXTOSYELTE ■ BELLAVSVS • MAS SE FiUVS ■ V ■ S • L ■ M
Deo Siucllo Nantosvi'lte, Jlellnicsus Masse filins votniii solvit libeiis nierito. « Au dieu Sucellus et à Xantosvelta, Bellausus, fils de Massa, en accomplissement d'un vœu. »
SUCELLUS ET XAXIOSVELTA 219
Les caractères appartiennent à la fin du I'^'' ou au début du lie siècle après notre ère '.
2^ autel (à gauche sur notre gravure). Haut. 1"',11 ; largeur au milieu, 0'",29. Le bas-relief représente une femme debout, complètement drapée, tenant de la maingaxiche abaissée une cassolette à encens et de la main droite levée une longue hampe, surmontée, comme dans le bas-relief du premier autel, d'une sorte d'édicule portatif Sur la gauche de la déesse, au niveau du sol, on aperçoit trois patères ; l'attribut qu'elle tient de la main droite paraît surmonté d'une figure d'oiseau — peut-être un corbeau, comme sur le premier autel.
Au-dessous du bas-relief on distingue à grand'peine l'inscription suivatite :
IXH • R • D • D • M • TIGNVARIVS V • S • I, • M •
La lettre R de la première ligne ne présentant aucun sens, on a supposé qu'elle résultait d'une erreur du lapicide, qui voulait graver un D ; au lieu d'effacer le caractère parasite, il le laissa subsister et écrivit les deux D (pour domus divinae) à la suite.
In honorem doinus divinae. Mardis Tignnariiis votiim soivit Hheiis merito. « En l'honneur de la maison divine [de la famille impériale], Marcus Tignuarius, en accomplissement d'un vœu. »
Dans l'automne de 1895, M. B'ranz Cumont, attiré à Sarrebourg par le bruit de la découverte du Mithraeum, reçut de M. de Fisenne des photographies de ces deux autels. Il me les communiqua à son passage à Paris et l'on en fit des reproductions au musée de Saint-Germain. M'étant adressé alors à M. de Fisenne, j'appris que ces monuments devaient être Ijubliés par M. Michaelis, professeur à l'Université de Strasbourg; ce dernier vient d'en faire l'objet d'un intéressant mé-
1. Bellausus est connu (Holder, s. i'.) ; Massa, nom d'homme, s'est rencontré .'i Antibes et à Nîmes {Corp. inscr. lai., t. Xlt, 166, 5925).
220 SUCELLUS ET NANTOSVELTA
moire, inséré dans le t. VII des Mémoires de la Sociétc <f histoire lorraine '.
Au premier coup d'œil jeté sur le bas-relief du premier autel, on y reconnaît le « dieu au maillet » avec sa parèdre, types familiers à tous ceux qui s'occupent de mythologie galloromaine. Seulement — et c'est ce qui fait l'intérêt extraordinaire de ce monument — aucun bas-relief découvert jusqu'à présent ne donnait le nom indigène du dieu ni celui de la déesse. L'inscription de l'autel de Sarrebourg nous apprend enfin que le dieu s'appelait Sucellus et que sa parèdre, représentée seule sur le second autel, s'appelait Nantos-ûelta.
Nantosvelta est un nom nouveau, mais on avait déjà rencontré Suce/hcs. M. Mommsen l'a déchiffré dè.'^lSôé sur une pierre votive d'Yverdun, avec la dédicace Succllo Ipadco v. s. 1. m. *. Depuis, il s'est trouvé sur un autel de Vienne' et, sous la forme deus Siicelus, sur une bague en argent de York *. En 1882, on a découvert à Mayence une dédicace /. 0. M. Sitcaelo et Gen(io) loci pro sainte C. Calpurnii Seppiani", où il paraît évident que Sucellus n'est pas identifié à Jupiter Optimus Maximus, mais invoqué à la suite du maître des dieux. Comme l'a fait observer M. Michaelis, l'absence de copule ne peut être invoquée ici pour faire de Sucaelus une épithète de Jupiter, car l'on trouve ailleurs, par exemple, la dédicace /. O. M. Eponae et Celeiae sancte'^, où il ne viendra à l'esprit de personne d'identifier Epona avec Jupiter.
L'analogie avec ce dernier texte prouverait, s'il en était besoin, que Sucellus ou Sucaelus est un dieu indigène. On connaît déjà un autel de Mayence, découvert en 1889, dont une face présente le dieu au maillet, debout à côte d'une déesse qui a le costume et les attributs de la Diane romaine (fig. 3) '.
1. Michaelis, Jahrbuch der Geselhchafl Jiir lothringische Geschichtciind Allertmnskunde, t. VII (1895), p. 128-163.
2 Jnscr. Coitfoid. Helv., n" 140.