Belloyutt, Ethiioi^eiiie gauloise, t. III, p
216 TEUTATÈS, ESUS, TAKANIS
On voit, d'ailleurs, que, dans la Pliarsalc, il n'y a aucun lien entre les Druides et les trois dieux Teutatès, Esua, Taranis. S'il est vrai, comme l'ont dit les anciens *, que tous les sacrifices des Gaulois étaient offerts par des Druides, il faut croire que ces prêtres ont aussi été les ministres de Teutatès, d'Esus et de Taranis ^ ; mais ils ont sacrifié à ces dieux-là comme à beaucoup d'autres, et le passage de Lucain ne peut servir à prouver que ce fussent des divinités «druidiques».
Enfin, les noms mêmes des dieux gaulois cités par Lucain n'autorisent pas à leur attribuer un caractère «panceltique >. Teutatès paraît être le dieu du peuple (tenta), équivalant, par suite, au grec Demos; Taranis est le dieu du tonnerre (taran), grec BroiitÔH. Or, dans le monde gréco-romain, Démos n'a de culte qu'à Athènes, et Broiitôn ne se trouve qu'à Rome et à Aquilée. Quant à Esus, son nom signifierait simplement le « maître » (cf. la Despoina grecque en Arcadis); les dérivés de ce nom, comme Esuuertus, Esngenus, Esuvius, etc., ne prouvent pas que le nom du dieu fût très répandu, car, comme l'a fait observer M. Rhys, « tlie name iiiay siviply he derived from esus as a comiiiou ttoiiii, iiieaning a lord or ruler » ".
Je pense donc qu'on peut, sans pousser trop loin le scepticisme, admettre les thèses suivantes :
1° Teutatès, Esus, Taranis ne sont pas des divinités panceltiques ;
2'' Rien ne prouve qu'elles aient formé une triade ;
3° Elles n'ont rien de spécialement druidique;
4" Ce sont les divinités de certains peuples habitant entre la Seine et la Loire ;
5" Esus est peut-être un dieu des Parisii.
1. César, BHl. Call., VI, 13 et 16 ; Strabon, IV, 4. 5, p. 19S: Diodore, V, ol,
2. César n'a pas distingué les différentes classes de Druides. Les Druides proprement dits paraissent avoir été plutôt des théologiens ; les sacrificateurs formaient une classe inférieure du clergé gaulois.
H. Rhys, Cellic Heaihendum, p. 61.
Sucellus et Nantosvelta».
Une découverte ricente, faite près de Sarrebourg-, dans l'ancien département de la Meiirthe, vient de résoudre d'une façon inattendue un problème de mythologie gallo-romaine, et aussi, par les commentaires qu'elle a suggérés à son premier éditeur, de remettre en question, sur le même terrain, des résultats qui paraissaient généralement acquis.
Un inspecteur chargé de la construction d'une caserne de cavalerie, M. de Fisenne, a rencontré, l'été dernier, des restes considérables d'un sanctuaire de Mithra. Ce monument était décoré d'un grand bas-relief, brisé en plusieurs centaines de morceaux, que M. de Fisenne a travaillé à réunir et qui doivent avoir été transférés depuis au musée de Metz. A quelque distance du Mithraeum, il trouva deux autels d'une conservation remarquable, portant chacun sur une face un basrelief. En voici la description succincte.
l""" autel (à droite sur notre gravure). Haut., 1'", 265; largeur au milieu, 0"*, 34. Le bas-relief représente un personnage debout, tenant de la main gauche levée un maillet à grande hampe et de la main droite un vase. Il est vêtu de la tunique gauloise et de bottines ; ses jambes sont nues depuis la hauteur des genoux jusqu'au bord des chaussures. A sa droite est une femme de même grandeur, complètement drapée, tenant de la main gauche levée une longue hampe surmontée d'une espèce d'édicule portatif et abaissant^ la main droite, qui tient une patère, vers un autel ^.
Au-dessous de ce groupe, dont le relief est très prononcé,