Kevut celtique. 1894, p
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Ces lignes, de la main de M. G. de Mortillet, suffisent à prouver que l'objet dont il s'agit est entré au Musée avant 1867, époque où mon prédécesseur commença à rédiger les inventaires, avec une exactitude dont feu Beaune, le premier attaché du Musée (1863-1868), n'avait malheureusement pas donné l'exemple.
Dans son Mémoire sur la collection de vases antiques trouvée h Berthouville, publié dans le tome VI des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, Aug. Le Prévost a signalé notre buste comme découvert en 1830 dans les fouilles de la forêt de Beaumont-le-Roger, près d'Évreux '. Des ouvriers, au mois de février de cette année, avaient rencontré quatre cents médailles sous un chône ; le propriétaire de la forêt fit alors commencer des fouilles, qui mirent au jour les restes de quatre constructions gallo-romaines rustiques. M. de Stabenrath publia à ce sujet un mémoire, que je n'ai pas vu, dans le Recueil d'agriculture, sciences et belles-Uttres de l'Eure, juillet 1830 (p. 24;")); la fig. 5 de la pi. II est une gravure du buste. « C'est, dit Le Prévost, un ex-voto du travail le plus misérable ; les traits sont forts et encadrés d'un bourrelet de cheveux. » Il lut l'inscription ainsi:
ESVMOPAS- CNVSTICVS- VSLM
et tandis que Stabenrath avait admis l'existence d'une divinité Esumopas, il préféra croire que le dédicant s'appelait Esumopas Cnusticus. Les archéologues normands n'étaient pas non plus d'accord sur l'interprétation du buste ; tandis que le propriétaire y voyait un Mercure, Stabenrath croyait la tête féminine et Le Prévost y reconnaissait un portrait du donateur.
En 1860, Bonnin, conservateur du Musée d'Evreux, publia ses Antiquités gallo-rontaines des Eburoviques, ouvrage devenu très rare, où sont enfouis des documents que l'on chercherait vainement ailleurs. A la pi. III du fascicule VIII, il y donne de
1. Aug. Le Prévost, Métn. cilé, p. 59. Je dois cette iudication à l'amitié de M. Héron de Villefosse.
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médiocres gravures d'après les objets découverts dans la forêt de Beaumont, à savoir le buste avec l'inscription (n*^ 1), deux casseroles (n°' 2 et 3), deux fragments d'inscriptions (n"^ 5 et 6) et le pied de la seconde casserole (n" 4). La pi. I est un plan de la section de la forêt de Beaumont où ont été faites les découvertes ; sur la pi. TI sont réunis les tracés des édifices décrits par Aug. Le Prévost. Dans la légende (p. 24), l'inscription gravée sur le buste est donnée comme il suit :
ESVMOPASOCMVSTICVS . V . S . L . M .
Cette transcription très incorrecte est conforme à la gravure, qui ne l'est pas moins. Il faut lire :
ESVMOPAS o CNVSTICVS V S L M
Le point circulaire après ESVMOPAS a été pris parBonnin pour un O ; il a également lu et dessiné un M à la place de l'N, qui est très distinct dans le second mot.
« Ces fragments, aujourd'hui frustes, ajoute Bonnin, sont reproduits ici tels que les auteurs de la découverte les ont donnés. Les objets, 1, 2, 3 [le buste et les deux casseroles] appartiennent aujourd'hui à M. Chevalier, percepteur à Harcourt (Eurej. Un moule en plâtre du n° 1 se trouve au Musée d'Évreux. »
Les premiers dons et les premières acquisitions qui ont formé le noyau du Musée de Saint-Germain remontent à 1862. La même année, MM. Louis Passy et Léopold Delisle rééditèrent la Notice historique et archéologique sur le département de l'Eure, publiée en 1833 par Aug. Le Prévost; à la p. 44 de cette réimpression, il est question des fouilles de la forêt de Beaumont, mais sans aucune indication sur le sort des objets découverts : « Les bâtiments dont on a retrouvé les fondations sont au nombre de quatre ; trois sont des lieux d'habitation quadrangulaires, et le quatrième un sacelluni rustique circulaire. On a recueilli dans les décombres deuxpatères en bronze, remarquables par les cercles concentriques de leur surface inférieure, une inscription votive très fruste sur une pierre cal-
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Caire, un buste de Mercure, avec une autre inscription plus cflinp/ète, des fragments d'enduit peint à fresque, des tuiles antiques, quelques médailles et beaucoup d'autres objets ' ». Au mot Médailles se rapporte une note ainsi conçue : « C'étaient des Antonin, des Faustine mère, une Crispine (grand bronze), des Constantin (moyen petit bronze), une Hélène (moyen bronza), un Tetricus (petit bronze). » T^e Prévost ajoutait dans le texte : « Un grand nombre de médailles d'argent ont été trouvées en bloc sous les racines d'un chêne, à peu de distance; toutes celles qu'on a pu déchiffrer appartenaient au nie siècle. »
D'après l'inventaire du Musée, les deux casseroles gravées dans l'ouvrage de Bonnin ont été achetées au mois de mars 1870 à l'antiquaire Charvet, un des principaux collectionneurs d'antiquités gallo-romaines à cette époque. La notice manuscrite du n° 13692 (casserole provenant de la forêt de Beaumont-le Roger, 1830), indique qu'il a figuré, sous le n° 764, kX Exposition universelle de 1867. Il est possible que Charvet ait également vendu le buste, après l'avoir acheté au percepteur d'Harcourt, qui le possédait en 1860.
Cet objet a été signalé en passant dans mon Catalogue sommaire du Musée de Saint-Germain, publié en 1887 (p. 31); mais je crois qu'il est resté généralement ignoré des archéologues et philologues celtisants, car j'en ai vainement cherché une mention dans les ouvrage suivants:
1° L'index de la Géographie de la Gaule romaine, d'E. Desjardins ;
2° L'Onoviasticon, de V. de Vit;
3° La /,zr/f des noms supposés gaulois, publiée par le général Creuly, Revue celtique, t. III, p. 167;
4° Les suppléments à cette liste publiés par M. l'abbé Thédenat, ilnd., t. Vill, p. 384; t. XIII, p. 311.
Un dessin du buste de Beaumont-le-Roger a paru en 1894 dans mon catalogue illustré des bronzes gallo-romains du
1. Mémoires et notes de M, Auguste Le Prévost, pour servir à Chistoire du âéfatlemevt de tEure, recueillies et publiées par MM. Léopold Delisle et Louis Passy. Tome I^>", Évreux, janvier 1862.
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Musée de Saint-Germain. Le Catalogue sotnmairc, d'accord avec l'ancienne étiquette, le qualifie d'4 ex-voto au dieu gaulois Esumus '■ ; mais il est certain que cet Esumus est ce que M. de Longpérier appelait « un faux dieu. > Dans l'inscription, qui est très lisible, le point est parfaitement net après ESVMOPAS ; mais il n'y a aucune séparation entre ESVMO et PAS. Du reste, nous connaissons déjà deux noms gaulois analogues à Esiunopat, à savoir Uriipas et Agedomopas ou Acedontopas^. On peut toujours supposer que le nom du dieu Esus entre en composition dans ce mot.
Le buste est imberbe, c'est tout ce que l'on peut dire : rien ne permet d'affirmer qu'il soit féminin, bien que ce soit plutôt mon avis. Le travail en est mauvais, mais très intéressant à cause de l'analogie qu'il présente avec une série de têtes en bronze, toutes découvertes dans la Gaule orientale, qui sont étroitement apparentées entre elles et avec certains produits de l'art Scandinave. Le buste de Beauniont est le snil inonuluent de cette série qui 'porte une inscription et le caractère tout à fait indigène de cette épigraphe justifie les conclusions auxquelles je suis arrivé, d'autre part, par l'étude du style. Ce n'est pas, à proprement parler, de l'art gallo-romain : c'est de l'art gaulois sous la domination romaine.
1. Cagnat, Revue celtique, t. IX, p. 82; Espérandieu, Epigr. rom. du Poitou et de la Saintonge, p. 264. Ces deux auteurs citent le nom Esumopas, sans indiquer leur source d'information. Voir aussi Holder, s. v. Agedomopas.
Celtica '