Frazer, Op. cit., p. 45, 4G
2. Strabon signale, à Parium sur la Propontide, une tribu dite des Opliioginis, qui se croyaient apparentés aux serpents et descendants d'un hérosserpent ; dans .cette tribu, tous les mâles passaient pour pouvoir gutrir les morsures de vipères par rappositiou des mains sur les plaies (Strabon, XIII, p. 588). C'est par erreur que Pline met ces Ophiogènes in insulaParo (XXVIII, 30); quelques éditions donnent Cyfro, ce qui a conduit plusieurs auteurs modernes à les placer dans l'île de Chypre. Ailleurs (VI, 2, 2), citant Cratès de Pergame, Pline dit que les Ophiogènes habitent in Hellesponto circa Parium, où Varron les signalait également. Elicn parle aussi (Nat. aniiit., XII, 39) d'une tribu d'Ophiogcnes en Phrygie, qui croyaient descendre d'Halia fécondée par un serpent sacré.
2t PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DU TOTÉMISME ANIMAL
serpents, pour s'assurer de leur légitimité ; les Moxos du Pérou, qui ont pour totem le jaguar, soumettent leurs hommes-médecins à une épreuve analogue ^. Chez les Bechuanas, il existe un clan du Crocodile qui prononce l'exclusion de l'homme qui a été mordu par un de ces amphibies, ou même seulement mouillé par l'eau que le coup de queue d'un crocodile aurait projetée ^. Il convient peut-être aussi d'assimiler à une ordalie totémique l'exposition de Romulus et de Rémus, fils du loup Mars, que la louve reconnaît comme siens en les épargnant.
10° Les animaiix totems secourent et protègent les membres du clan totémique.
On racontait en Egypte qu'un ancien roi avait été sauvé par un crocodile qui lui avait fait traverser sur son dos le lac Mœris ^ Les légendes grecques sur des animaux secourables, comme le dauphin d'Arion, le renard d'Aristomène, n'ont probablement pas d'autre origine ; il faut expliquer de môme les traditions si nombreuses qui mentionnent des personnages de la Fable nourris par des animaux. Mais les anciens comme les modernes ont fait erreur en attribuant le' totémisme à un sentiment de gratitude des hommes envers des animaux utiles — d'abord parce que la plupart des totems sont des animaux malfaisants, puis parce que les animaux les plus utiles, ceux que l'homme a domestiqués, ne le sont devenus que par l'effet du totémisme. L'idée de la reconnaissance, comme celle de la parenté, n'a pas plus de valeur que celle d'une explication commode, imaginée pour rendre compte d'un état de choses dont le principe était déjà oublié.
11° Les animaux totems annoncent l'avenir a leurs fidèles et leur servent de guides.
Chez les Grecs et les Romains, on peut seulement supposer que les animaux d'augure sont d'anciens totems ; mais, en Egypte, Diodore nous dit formellement que l'épervier, totem de la race royale, est vénéré parce qu'il prédit