Schurer, of. laud , t. II, p
.S. Discuter en détail le baptême pour les morts m'entraînerait trop loin. Je ferai remarquer seulement tju'Épiphane attribue cette pratique (que saint Paul ne blâme pas) aux Cérinthiens ; or, Cérinthe paraît avoir tté un Juif d'Egypte [Voir plus haut, p. 314.]
il ne sera qu'un mort privilégié, non un dieu, bien différent de cet Agamemnon d'Eschyle, auquel Electre demande, dans une prière, non seulement la réussite de ses projets, mais la vertu.
Il est remarquable que la même dualité d'opinions se constate en Egypte, en Italie et en Gaule ; dans ces trois pays, comme en Grèce, le mort est censé tantôt habiter sa tombe, où il reçoit des hommages et rend même des oracles, tantôt émigrer vers une région lointaine, au prix d'un voyage semé de fatigues et de dangers. De ces deux conceptions, en Grèce du moins, la première paraît être celle de la religion officielle — la seconde, celle de la religion populaire. Avec le temps, la religion officielle dépérit, sous les atteintes de la science et de la conscience ; en revanche, la religion populaire — qui n'est pas nécessairement la plus récente, mais celle des classes inférieures — se développe, s'habille de formules philosophiques ou morales et tend à régner exclusivement sur les âmes qui ne sont pas encore détachées de toute religion.
En Grèce et dans l'Italie méridionale, la religion populaire s'appelle l'orphisme. Au vi'' siècle, elle trouve un législateur en Pythagore ; au iVe, elle marque d'une empreinte profonde la pensée de Platon; à l'époque de Jésus, elle inspire Virgile, qui, dans sa IV" Eglogue, dans le VI"^ livre de V Enéide, se fait l'interprète du messianisme et de l'eschatologie orphiques. Un siècle plus tard, elle commence à exercer son influence sur la pensée chrétienne et cela, sans que les premiers chrétiens en fassent mystère. Le poète Orphée figure, comme un précurseur de Jésus, sur quelques sarcophages chrétiens et sur plusieurs peintures des catacombes ^. Tout le mysticisme du christianisme primitif, qu'on appelle la gnose, est pénétré d'éléments orphiques-. Le paganisme mourant ne cesse de s'en imprégner. Au iiie siècle encore, l'empereur Alexandre Sévère, dévot éclectique, réunit, dans son oratoire impérial, les images d'Orphée, d'Apollonius de Tyane et de Jésus.
Or, il y a toute apparence que l'orphisme populaire, sur
1. Cf. A. Heussner, Die altchristlichtn Orpheusdarstelhtngen, Cassel, 1893.