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Philofaliis, IX, X

2. Ce texte est à joindre à ceux qui ont récemment été allégués par M. A. ICvans sur la longue durée des traditions locales Cretoises relatives au tora- Ijeau de Zeus (Joiinial of UelUiiu- Sliidies. t. XXI, p. 121).

quête de la Crète par Nicéphore Phocas en 961 . Tant dans ce poème que dans X Histoire, qui comprend les règnes de Nicéphore Phocas et de Jean Zimiscès, il est question avec détail de ce premier exploit de Nicéphore, alors Domestique des Écoles d'Orient, qui reprit aux Sarrasins la Crète, occupée par eux depuis l'an 825. Le massacre fut horrible et la fureur des Byzantins n'épargna ni l'âge ni le sexe. « Quel fut le gémissement de la Crète, écrit le diacre Théodose ', lorsque les petits enfants virent leurs mères, les unes enchaînées et les mains liées derrière le dos, les autres souillées de sang et de poussière, d'autres rangées en ligne pour être massacrées : xàç Se cT0t^Y,5cv àç a'ta.Xfy i:poXîi|j.dvaç. » Quelque répugnants que soient les spectacles qu'elle nous offre, l'histoire ne connaît pas beaucoup d'hécatombes comme celle-là, et il est tout à fait inadmissible qu'à deux reprises la Crète ait été le théâtre d'un lâche et cruel massacre de femmes. C'est ce que comprit immédiatement Hase, le premier éditeur de Léon Diacre, et Niebuhr admit, comme lui, que le passage du Philopatris contenait une allusion évidente à la sanguinaire orgie de 961. En 1868, Gutschmid proposa une autre explication, n'osant, comme je l'ai dit, faire descendre jusqu'à la fin du x® siècle un opuscule où il reconnaissait, comme tout le monde, un monument de la polémique païenne contre les chrétiens. Il fit valoir un texte syrien d'après lequel, en 623, la Crète aurait été ravagée par des incursions de pei;ples slaves ^. Mais, d'abord, il n'est nullement dit que ces descentes de pirates aient été marquées par des massacres de femmes ; en outre, le ton de satisfaction sur lequel Triéphon, dans le $iXôitar(,iç, rappelle ce hideux carnage, prouve à l'évidence, comme l'a vu Erwin Rohde', qu'il s'agissait d'ennemis de l'Empire et que les massacreurs étaient Byzantins. Si les femmes immolées avaient été des vierges chrétiennes, victimes de la brutalité des .Slaves, Triéphon n'aurait pu parler d'elles qu'avec sympathie, avec pitié ; d'ailleurs, on ne s'explique-

1. Thcod., Acroasis, v. 58 et suiv. (Léon Diacre, éd. de Bonn, p. 304).

2. Thomas Presbyter, dans les Anecdola syriaca de Land, I, p. 115. .3. Erwin Rohde, Byz. Ztitschrift, 1896, p. 1 et suiv.

rait pas qu'il eût résidé à ce moment en Crète, jouissant de loisirs et d'une liberté suffisante pour aller y visiter le tombeau de Zeus. L'explication suggérée par Hase doit donc être considérée comme définitive et elle eût sans doute été admise depuis longtemps sans le préjugé, dont il a déjà été question, relatif à la tendance anti-chrétienne du Philopatris. A la fin du dialogue, un troisième personnage, Cléoboulos, vient annoncer triomphalement la défaite des Persans, la ruine de Suse, la soumission prochaine de toute l'Arabie. ïriéphon exulte et s'écrie qu'il laisse a ses fils la satisfaction de voir Babylone détruite, l'Egypte asservie, les enfants des Persans réduits en esclavage, les incursions des Scythes refoulées et, s'il plaît au ciel, arrêtées à jamais. Toutes ces allusions historiques conviennent à la fin du règne de Nicéphore Phocas, et conviennent exclusivement à cette période de l'histoire byzantine, comme il nous sera facile de le montrer, d'accord avec Niebuhr et Rohde.

Nicéphore, après avoir conquis la Crète en 961, sous Romain II, s'illustra par des victoires remportées sur les Arabes et usurpa le trône le 16 août 963. Heureux dans ses campagnes contre les Sarrasins d'Asie, il crut habile d'engager les Russes à faire la guerre aux Bulgares, mais s'aperçut bientôt que ses alliés devenaient à leur tour un redoutable danger pour l'Empire. En novembre 969, Antioche tomba aux mains des Byzantins, alors que l'empereur s'occupait de préparatifs contre les Russes; le 10 décembre, Nicéphore, dont les guerres et les mesures fiscales avaient soulevé le mécontentement, fut assassiné par Jean Zimiscès avec la complicité de l'impératrice Théophano.

Les historiens byzantins, dans leur pédantisme, aimaient à désigner les peuples ennemis de l'Empire sous les noms des Barbares avec lesquels les Grecs de l'époque classique s'étaient trouvés en contact. Bien plus, ils affublaient volontiers de noms classiques, comme Babylone, Suse et Ecbatane, les villes des royaumes islamiques de leur temps. La Suse du Philopatris n'est certainement pas la Suse persane, de même que les Persans du même passage ne peuvent être que les

Arabes. La soumission prochaine de l'Arabie tout entière {îiâa« /'.wv 'Apapiaç), qui est annoncée en vers par Cléoboulos, est comme une amplification des vers précédents où il célèbre la défaite des Persans et la chute de Suse. Il n'est même pas nécessaire d'identifier cette Suse avec une des villes asiatiques que Nicéphore, au cours de ses campagnes de Syrie, enleva aux Arabes ; l'expression y.a?. Xoûsa xXsîvov ë.'zm peut n'être autre chose qu'un souvenir d'école ', une allusion aux guerres ttiédiques ou aux conquêtes d'Alexandre. Quant aux Scythes, ce sont certainement les Russes ou les Bulgares, mais plus vraisemblablement les Russes, que d'autres Byzantins appellent parfois du nom de Tauroscythes -.

L'espoir, exprimé par Triéphon, de voir arrêter les incursions des Scythes, paraît une allusion assez claire- aux ennuis qu'éprouva Nicéphore en 968 et en 969, par suite des dangers qui le menaçaient du côté de la Bulgarie. La Babylone dont Triéphon rêve la destruction est Bagdad ■'. Il veut laisser à ses fils le plaisir de voir l'Egypte asservie, AV-fjjctov Sr^uXoojiivTjV. Cette dernière expression n'est pas admissible dans l'hypothèse de Gutschmid, car l'Hgypte, conquise par les Perses Sassanides en OIG, fut évacuée par eux dix ans après et reconquise par Héraclius. Cette reprise d'une province momentanément arrachée à l'Empire devait être qualifiée de délivrance et non A' asservissement '. En revanche, sous le règne de Nicéphore Phocas, on pouvait parfaitement songer a asservir l'Egypte, qui était devenue arabe et musulmane depuis plus de trois siècles. Il est vrai qu'on ne nous dit pas que Nicéphore ait tourné son ambition de ce côté ; mais nous savons que les succès de l'empereur avaient éveillé, chez beaucoup de ses sujets, des espérances de conquêtes presque illimitées. Léon Diacre, aussi loyaliste que l'auteur du Pkilopalris, écrit que

1. "Aot'j VoyGû)V se lit plusieurs fois dans les Perses d'Eschyle.

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