Léon Diacre, V
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965, à la tête d'une armée de plusieurs centaines de milliers d'hommes, il s'empara de Mopsueste et y fit une multitude de prisonniers. Au printemps de 966, il partit pour la Syrie, mais ne paraît pas y avoir remporté de grands succès. Au cours de l'été de 9H7, il conduisit une campagne contre les Bulgares. En 969, il attaqua Antioche, prit Arca et cent autres places fortes. Dans l'état actuel de nos connaissances, les victoires annoncées par Cléoboulos doivent se j)lacer en 965 ou en 969. En faveur de cette dernière date, on peut alléguer que le mécontentement populaire dont il est question dans le Pliilopatris est attesté, par les historiens, en mai 967, époque où Nicéphore fut injurié dans les rues et jjoursuivi à coups de pierres par la foule jusqu'au forum de Constantin ; on peut aussi rappeler que les incursions des Russes ne devinrent menaçantes qu'en 969. D'autre part, la prise de Mopsueste, en 965, doit avoir produit à Constantinople une vive émotion et s'il est vrai que cette ville tomba au mois de juillet', on conçoit que la nouvelle en soit arrivée dans la capitale au fort de l'été, avant ce mois d'août que les prophètes de malheur désignaient pour de prochaines catastrophes. Certaines classes de la population doivent avoir, dès cette époque, murmuré contre Nicéphore. qui n'a pu lever sa grande armée de 965 sans faire peser de lourdes charges sur les riches comme sur les pauvres. Nous savons que dès son avènement il avait indisjjosé le patriarche Polyeucte et pris des mesures sévères pour restreindre l'accroissement de la main morte, ce qui lui valut l'hostilité des moines'-. Ainsi, l'on peut hésiter, pour la date àw P/nlopntris, entre deux années, 965 et 969, dont la première me semble plus vraisemblable; mais il me jiaraît impossible que l'une ou l'autre ne réponde pas à la situation qu'implique ce dialogue, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.
Les autres allusions sont trop vagues pour autoriser des conclusions chronologiques; mais il n'en est pas de même de la langue dans laquelle cet opuscule est rédigé. Une étude
1. Pour toutes ces datés, voir la Chronograpliie byzandne de Murait. '2. Voir l'édit de Ni éphore (964) dans le Léon Diacre de Bonn, p. 311, et Gfrorer, liysanl. desch., t. JII, p. 56.
LE CHRISTIANISME A BVZANCE 37.')
complète et minutieuse de ce mauvais grec a été faite en 189 7 par un jeune savant de Cracovie, M. Stach '. Les résultats auxquels il est arrivé sont d'un grand intérêt et confirmeraient, s'il en était besoin, l'opinion de Hase. M. Stach a montré que l'auteur du Philopatris n'a connu et imité qu'une partie restreinte des œuvres de Lucien ; qu'il n'a lu et ne cite, en fait de poètes, que ceux qui figuraient au programme des études byzantines ; que ses solécismes sont ceux des Byzantins de basse époque ; qu'il abuse comme eux des mots composés ; enfin, qu'on trouve dans ces quelques pages 157 mots qui n'ont pas été employés par Lucien et dont la plupart ne se rencontrent que chez les écrivains byzantins de la décadence. De ce nombre est otpaxYj^hTjç, pour oipaTr^voç, que Stach (et Aninger, qui a fait la même observation avant lui) connaissaient seulement par les exemples du xe au xiie siècle que citent le Tlicsaïuiis d'Lstienne et le Lexicoti de Sophokles. J'ai rencontré ce mot dans une inscription de 'J'26, rappelant la restauration des murs de Cavalla, que j'ai découverte et publiée en 1882 -. Comme il ne paraît pas dans les œuvres de Constantin Porphyrogénète (mort en 959), on doit en conclure que dans la première moitié du x» siècle il commençait seulement à s'introduire dans la langue byzantine; si donc l'auteur du Philopatris l'emploie en prose (l'inscription de Cavalla est métrique), c'est que ce terme avait conquis, dans l'intervalle, une jjlace dans le vocabulaire usuel. L'argument tiré du mot •jTparïjYiTTjÇ peut servir à confirmer la date que nous attribuons au Philopatris et pourrait même en autoriser une plus basse. Cette question élucidée, il faut passer à la plus difficile, celle de l'interjjrétation du dialogue, dont le vrai sens paraît avoir été si étrangement méconnu par des générations de savants.