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Je Cunesp. hellin., 1882, p

S76 LE CHRISTIANISME A BYZAXCK

Tous les historiens sont d'accord pour reconnaître qu'il n'y avait pas de païens à Byzance au Xe siècle. M. Crampe qui, en 1894, a soutenu que le P/«7fl/f7/;-«, loin d'être un pamphlet antichrétien, était un libelle destiné à attirer sur les païens la sévérité des pouvoirs publics, s"est vu obligé, pour rendre sonhypothèse acceptable, de reprendre la théorie deGutschmid et d'attribuer le Philopatris au viio siècle. Nous avons vu que cela est impossible et n'y reviendrons plus. Quelles que puissent être, à cet égard, les apparences, il n'y a pas de païens en scène diins le Philopatris : c'est là un point qu'il faut tenir pour établi.

S'il n'y a pas de païens, doit-on admettre, avec la presque unanimité des critiques, que les prophètes de malheur contre, lesquels est dirigée la seconde partie du dialogue soient des moines avides et fanatiques qui, dans leur haine intéressée de l'empereur, vont jusqu'à souhaiter la défaite de ses armées et la ruine de l'Empire?

Je n'hésite pas, pour ma part, à affirmer que c'e.st là une erreur complète et que l'auteur du Philopatris, quoi qu'on en ait dit depuis Gesner jusqu'à M. Krumbacher, en passant par Xiebuhr, Gfrôrer, Aninger et Neumann, n'a nullement eu l'intention d'incriminer le patriotisme du clergé grec'. S'il en avait eu l'intention, rien ne l'eût empêché de le faire clairement, de parler sans ambages de mauvais moine.s, en ajoutant qu'il y en avait aussi de bons. Or, les divers indices qu'on allègue, à défaut d'indications précises, pour soutenir que les prophètes sont des moines, en particulier des familiers du patriarche de Constantinople, ne me paraissent pas résister à l'examen.

Les ren.seignements que donne sur eux Critias, dans le

1. « Den Typtis des unfalriotischen Motuhs, den I.ukian iiocli ttiiht kaimte. ûbersrt'.ie mon ins Lukianische. . (Neumann, liyzant. Zeitschrift, 1896, p. 167l. E. Rohde tnuncède avec raison (loc. laiid., p. 9) qu'on ne voit pas si les prophètes du Philopatris sont des laïques ou des clercs.

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récit qu'il fait à Triéphon, peuvent se résumer en quelques lignes. Sorti pour faire des emplettes, il a vu une foule de gens qui se parlaient à l'oreille; parmi eux il a accise un fonctionnaire de sa connaissance, Craton, qui exerçait les fonctions de />eréçuaU'ur (èJi'jcoTTjç) — fonctions postérieures, soit dit en passant, au règne de Justinien. Critias s'approche de Craton pour le saluer. En ce moment un hideux petit vieillard, nommé Charicène, annonce que le nouvel empereur abolira les arrérages, remboursera les dettes ' et procédera à d'autres réformes dont l'une paraît d'ordre monétaire (le texte de ce passage intéressant est malheureusement altéré) ^. Un autre, nommé Chleuocharme, vêtu d'un manteau tout râpé, déchaux et la tête découverte, ajoute qu'un certain individu, mal vêtu, tonsuré iX3/i7.p[iiv'->ç ~.-q'/ y.ôiJ.Yjv) et venu des montagnes, lui a tait voir le nom du nouveau souverain gravé dans le théâtre en lettres hiéroglyphiques ; ce prince, ajoute-t-il, fera couler l'or dans les rues. — Critias fait observer à ces gens que, suivant les règles de l'interprétation des songes, il arrivera le contraire de ce qu'ils prévoient ; car, au dire d'Artémidore, rêver d'or est indice de pauvreté. Tous se mettent à rire et traitent Critias d'ignorant. Làdessus, Craton lui propose de l'initier aux pratiques de divination qu'il ignore ; ce qu'on lui débite ne sont pas des songes, mais l'annonce certaine d'un événement qui se produira au mois de mésori. Critias se fâche et veut s'en aller ; on le retient par son habit et on lui persuade d'entrer dans le sanctuaire. « Nous passons alors, dit-il, par des portes de fer et des seuils d'airain et ayant gravi de nombreux escaliers en spirales, nous entrons dans une maison au toit doré, telle que celle de Ménélas dans Homère. > Critias voit là des

1. Romain Lécapéne avait consenti des libéralités de ce genre (Zonaras, VI, p. 69; cf. Rohde, /. /., p. 6).

2. L'empereur futur zàt sipajjiaYY'/.: oi;sToc'.. jrr, s;:Ta^uiv rr,; -.i/yr^t. Rohde a supposé ihi. laiid., p. 6) que le terme s:p., cjui est un à^taî, désigne certaines pièces d'or que Nicéphore avait démonétisées. Le mot serait d'origine persane. L'interprétation de Gesner, Hase, Talbot, etc. (// acciic-i liera Us faux deiins) est trop invraisemblable pour mériter d'être discutée.

hommes pâles, la face inclinée vers la terre. Dès qu'on l'aperçoit, on se précipite à sa rencontre et on lui demande s'il n'apporte pas de fâcheuses nouvelles. « Non, dit Critias, tout va bien. — • Nenni, répondent les autres, la ville est grosse de malheurs. >• Critias leur demande s'il va y avoir quelque éclipse de soleil, si Vénus et Mercure vont entrer en conjonction, si la terre produira des Hermaphrodites, s'il y aura de grandes chutes de pluie ou de neige, de la grêle, une peste ou une famine '. Non, ce n'est pas là ce qu'ils prévoient : mais une révolution est prochaine, la ville sera envahie et l'armée mise en déroute. Là- dessus, le patriote Critias se fâche tout rouge et reproche éloquemment à ces drôles de souhaiter des malheurs à leur patrie. « Ce sont là, leur dit-il, des propos de vieilles femmes ; vous ne snvez ces choses ni par révélation, ni par l'étude patiente de l'astrologie. » Triéphon l'interrompt alors et lui demande : < Que t'ont répondu ces hommes rasés d'esprit et de jugement? » (xexzpus'v.i ty]v fV(«;r/;v xaî tY,v Sto'.v-ia'/). Critias répond; on lui a expliqué que les révélations de ces prophètes ne se produisaient pas sous la forme de rêves, mais qu'elles se présentaient à leur esprit après dix jours de jeûnes et autant de nuits passées à chanter des hymnes. Critias leur reproche à nouveau de prédire des malheurs à leur patrie et les menace de la colère de Dieu dont ils se prétendent inspirés. Sur ce, ils l'accablent de mille injures et il s'enfuit dans un étiit d'irritation tel que Triéphon, au début du dialogue, aura toutes les peines du monde à le calmer -.

Ces devins, ces visionnaires sont-ils des chrétiens? Ev'i-

1. Aniiiyer lo/. laud., p. 475) a pensé, non sans vraisemblance, qu'il y a là une allusion à lies événements centre autres une éclipse totale de soleil) ijui se sont produits vers la tin du régne de Niccphore. L'éclipsé est du 22 décembie i)()8 (Léo Diac, IV, 111.

2. Si l'on prend à la lettre les expressions du dialoj^ue, Critias a été vraiment « frappé de stupeur » et comme transformé en statue par l'effet de ijucUiue charme magique. 11 est probable, en eflel, que l'auteur a pensé à une influence de ce genre, et non à niie influence purement morale, puisque Triéphon fait jurer à Critias de ne lui faire aucun mal; \c josséiié s'engage à ne pas communiquer sa /ûSM'j.'iun (cf. (lampe. o/. li:iu/., p. 52, 53).

demnient oui, et M. Crampe ne persuadera à personne qu'ils forment, suivant son expression, un conventicule de païens à Constantinople. Mais sont-ils des clercs ou des moines ? Rien ne permet de l'affirmer ni même de le supposer. Tout au plus pourrait-on considérer comme un moine vagabond le personnage tonsuré dont il est question incidemment et qui, arrivé de la montagne ', a vu le nom du nouvel empereur gravé en hiéroglyphes sur l'obélisque du théâtre -. Mais Cleuocharme est-il un moine parce qu'il a la tête découverte, qu'il est déchanx et porte un vêtement râpé'? Est-il permis de croire que les devins soient des tonsurés parce que Triéphon, qui ne les a d'ailleurs pas vus, dit qu'ils sont luxscs d'esprit et de jugement ^'i l'"aut-il, de ce qu'ils se réunissent pour jeûner et veiller en chantant des hymnes, conclure que ce sont des prêtres ou des moines ? Non, ce sont tout bonnement des visionnaires chrétiens, qui pratiquent la divination telle qu'elle n'a cessé d'être pratiquée à l'époque chrétienne, suivant la judicieuse observation de M. Bouché-Leclercq ^ : « Ce qui distingue la divination chrétienne de celle qu'elle remplace, c'est qu'elle n'a point de méthode spéciale autre que la prière. C'est par la prière seule qu'il faut solliciter les lumières surnaturelles ''. « Cette phrase est d'autant plus intéressante à citer

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