ANTOINETTE BOURIGNON
Le nom d'Antoinette Bourignon n'est guère moins oublié que ses œuvres. Bien des lettrés apprendront avec surprise qu'elle eut une heure de célébrité presque européenne, qu'elle forma des disciples, faillit fonder un Etat et fut vénérée de quelques-uns comme une sainte. La gloire de M™« Guyon a éclipsé la sienne et résume à nos yeux tout le mysticisme féminin du grand siècle. Parmi les auteurs qu'on lit encore, Bayle est le seul qui ait parlé d'Antoinette autrement que par ouï-dire. Dans deux articles de son Dictionnaire-, il a raconté sa vie et insisté, avec l'ironie qui lui est propre, sur quelques points singuliers de sa doctrine. C'est par Bayle, et par lui seulement, que Voltaire l'a connue ; encore s'est-il contenté de lui lancer en passant quelques épigrammes. Sainte-Beuve, qui avait presque tout lu, la cite une fois dans Port-Royal, en relatant les démêlés qu'elle eut avec les Jansénistes. 11 avait connaissance de la lettre qu'elle écrivit à Arnauld lors de la persécution dont Christian de Cort fut l'objet, mais ne paraît pas avoir poussé plus loin son enquête. •' En 1876, un anonyme a publié une très courte Etude sur Antoinette, suivie de quelques pages d'extraits * ; ce petit livre mérita l'attention d'Adolphe Franck, qui lui consacra un article spirituel dans le