Mikhlal Yùfhî, I, fol. 30 b
3. Dans un autre passage, après avoir rappelé les paroles de Maïmonide relatives à l'éternité future de la matière, et l'opinion de Platon et d'Aristote qui nient la création ex iiihilo et le retour au néant, Zarza ajoute ; « Mais, en vérité, l'opinion de tous ceux «jui suivent fidèlement la loi de Mo'ise et d'Abraham est la croyance fiu'il n'y a aucune chose aussi ancienne que Dieu. » {Mekùr-Haïm, fol. 84, d.)
SAMUEL ZARZA 425
Ici; Zarza abandonne le terrain de la philosophie pour ne parler qu'en théologien. C'est peur avoir été tour à tour, et avec une ég-ale sincérité, théologien et philosophe, que Zarza est tombé dans plusieurs contradictions. Toutefois, aux yeux des croyants orthodoxes, ses concessions et ses rétractations même ne devaient pas suffire à effacer l'impression des passages dans lesquels il paraît admettre l'éternité du monde. Aussi le rabbin Isaac Abravanel (1437-1508), qui ne jugeait pas à la légère, mentionne Zarza parmi ceux qui ont nié la création ex nihilo ^
Quant à la question préadamite proprement dite -^ Zarza est absolument orthodoxe à cet égard, témoin sa remarque sur le verset de la Genèse: « Et Dieu dit: Faisons un homme, etc. ». « Dans la création des autres choses. Dieu s'est borné à dire que les éléments eux-mêmes avaient produit ce qui est dans leur nature...; mais, pour l'homme, il nous montre clairement quil a besoin d'une origine divine, c'est-à-dire qu'il est le produit immédiat de l'intelligence du Créateur.»
Ajoutons, en terminant, que si Zarza n'a jamais cru devoir se prononcer nettement sur la doctrine de l'éternité du monde, un autre rabbin, Isaac Albalag, l'a soutenue sans ambages dans un commentaire sur l'ouvrage du philosophe arabe Abou-Hamed Al Gazzali, intitulé « Les tendaiices des philosophes ». Une copie manuscrite de cet ouvrage a été signalée par M. JosephDerenbourg à la Bibliothèque nationale'^.
Je serais heureux si cette notice sur Zarza, qui répond à la question autrefois posée dans les Matériaux , pouvait contribuer à diriger quelque hébraïsant vers une recherche bien intéressante et bien neuve encore, celle des premiers balbutiements de la science moderne dans la philosophie juive du moyen âge.
1. Commentaire sur le livre Je Josiié, fol. 186. Sur Abravanel, cf. Th. Rcinach, Hist. des Israélites, p. 194.
2. Cf., dans le Dictionnaire de Bayle, l'article Isaac de la Pereyre, oii l'on trouvera la bibliographie ancienne de cette question.
3. Salomon Fuchs avait formé le projet de publier les principaux passages de ce manuscrit. Il avait bien d'autres projets et serait peut-être devenu un des meilleurs hébraïsants de notre époque si, dans un accès de folie, il ne s'était noyé dans le Danube. — 1904.
Une mystique au XVIV siècle.