Frazer, Le totémisme, trad. franc, p. 3L
5. Anthol. /"rt/aA ,IX, iJô ; Julien, hpist.. XVI; Claud,, /« liuf., \\, 110. Voir le beau mémoire de H. Ch. Lea sur les ordalies, dans son ouvrage Superstition and force, 4* éd. (Philadelphie, 1892), p. 273.
la croyance qu'elles avaient le Rhin pour ancêtre ' ; il y a donc là un exemple de totémisme celtique, donnant lieu à une espèce d'ordalie, qui doit être ajouté à ceux dont il a été question jusqu'à présent. A la lumière de ce qui vient d'être dit, les anecdotes des anciens touchant des enfants exposés aux bêtes et nourris par elles au lieu d'être dévorés, prennent une signification nouvelle et se présentent comme des ordalies totémiques. Romulus et Rémus, enfants naturels d'un dieu loup, exposés sur le bord du Tibre et nourris par une loiive, ont subi victorieusement l'épreuve qui confirme leur affiliation au clan divin. Ce clan est celui du loup, résultat auquel nous étions déjà arrivés d'autre part, mais qu'il n'est pas sans intérêt de vérifier par un ordre de considérations tout différent.
Il me reste à parler d'un oiseau sacré chez les Celtes dont l'analyse des noms propres et des légendes a déjà fait pressentir l'importance à M. d'Arbois: c'est le corbeau, en celtique brannos. Le corbeau figure sur deux monuments où sa signification religieuse est évidente. L'un est un bas-relief de Compiègne, représentant un homme vu à mi-corps, aux oreilles duquel deux corbeaux semblent parler (p. 73, fig. 20) ^ ; c'est un témoignage du rôle du corbeau comme oiseau d'augure et nous avons vu plus haut que les animaux servant à la divination, comme le lièvre de Boadicée et les oies du Capitole, étaient généralement, sinon toujours, des totems déchus. Il est à peine nécessaire de rappeler les corbeaux fatidiques d'Odin ^ et le rôle assigné au corbeau dans la légende de la fondation de Lyon^. Le second monument est le bas-relief découvert en Lorraine qui nous a fait connaître enfin les noms du dieu au marteau et de sa parèdre, Sucellus et Nantosvelta ''. Au-dessous de ce couple divin figure un corbeau, qui remplit un registre entier de la stèle, preuve irrécusable de son caractère sacré. Suivant un
1. Revue celtique, t. XIX, p. 231. M. Hirschfeld veut lire dans Properce (IV, 10, 39) : GitiDs hic Brenno jactaluit ab ipso (cf. Rev. archéol., 189S, II, p. 310 ; je crois aujourd'hui qu'il a raison).
2. S. Reinach, Calai, sommaire du Musée de Saint-Germain, p. 31.