‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 52 sur 232 · Ibid., II, COO · texte numérisé non relu

Ibid., II, COO

disent pas qu'elles éprouvassent des scrupules, comme les Espag-noles, à laisser voir le bout de leur pied.

L'explication la plus simple de ce tabou du pied est fournie par le vers connu de Musset:

Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine^ et cette explication peut s'appuyer d'un autre passage bien curieux des Mémoires de M™« d'Aulnoy*. Marie-Anne d'Autriche, deuxième femme de Philippe IV, étant arrivée dans une ville d'Espagne, on lui offrit divers présents, entre autres des bas de soie. Le mayordomo mayor jeta les paquets Se bas au nez des députés de ville : « Apprenez, leur dit-il, que les Reines d'Espagne n'ont pas de jambes ! » (Aveis de saher que las Reynas de EspaTia no tii ncn piernas !) La jeune reine prit ces mots à la lettre et se mit à pleurer, disant qu'elle voulait retourner tout de suite à Vienne, puisqu'on avait le méchant dessein de lui couper les jambes. Il ne fut pas difficile de la rassurer et elle continua son voyage.

Ce mot du majordome, que les reines d'Espagne n'ont pas de jambes, rappelle un dicton courant en Angleterre du temps qu'on y était prude, vers le milieu du règne de Victoria: English ladies liave no legs. Taine, dans ses Notes sur l'Angleterre, s'est diverti de ces scrupules de langage. On en trouve encore la trace aux États-Unis, où le mot leg (jambe) est tabou dans la bouche des femmes distinguées et remplacé par celui de limb (membre), pruderie que blâmadt naguère un écrivain de la Saturday Reviezv, lors de l'amusante controverse engagée en Angleterre sur la définition du langage inconvenant : What is bad language ^ ?

1. Mme d'Aulnoy, op. laud., t. II, p. 5. — Il faut ajouter que l'étude des aberrations sexuelles a mis en lumière une sorte de podolii[;nie, dont Rcstif, de son propre aveu, était atteint. Le « fétichisme des pieds et des chaussures > a été décrit par Havelock EUis, Geschlechts-Einpfmdunsen, chap. II, § 2 ; mais, sur ce sujet, il faudrait écrire en latin.

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