Saint-Simon, A/émoirts, t. XVIII, p
,'}. Mme c'Aulnoy, o/>. latid., t. I. p. 180, loi.
les sacrements de l'Église... Sa pudeur fut si grande, jusqu'au moment où l'âme voulut sortir du corps, que lorsqu'on lui donna l'extrême onction, elle ne consentit, ni a ce qu'on lui ticconvrît les pieds, ni à ce qu'on les lui touchât. »
Il semble que la domination espagnole ait introduit le tabou des pieds en Italie. Brantôme, qui ne le mentionne pas en Espagne, le signale en Italie, dans un passage qui paraît dater des premières années du xviio siècle* : « Le temps passé, le beau pied portait une telle lasciveté en soi que plusieurs dames romaines prudes et chastes, au moins qui le voulaient contrefaire, et encore aujourd'hui plusieurs autres en Italie, à l'imitation du vieux temps, font autant de scrupule de le montrer comme leur visage et le cachent sous leurs grandes robes le plus qu'elles peuvent afin qu'on ne le voie pas, et conduisent en leur marcher si sagement, discrètement et compassément qu'il ne passe jamais devant la robe ».
Brantôme ne cite pas de textes anciens à l'appui de son assertion que les dames romaines du « vieux temps » cachaient leurs pieds. Je crois qu'il a dû songer à quelques vers latins où il est question de Vinstita, garniture oii frange cousue à la tunique et qui descendait jusqu'aux talons. Horace caractérise, par ce détail de toilette, les matrones sévères:
Quaruin sudsuta talos tegat instita veste"^.
Ovide, dans VArt daimer, en fait un des insignes de la pudeur et dit que Vinstita cache la moitié des pieds : Este prociil, vittae tenues, insigne pudoris, Quaeque tegit vicdïos, instita longa, pedes^.
Ailleurs, dans le même poème, le mot instita devient, par métonymie, synonyme de « matrone pudique » : In nostris instita nulla jocis *.
Ces passages attestent clairement que les Romaines de bonne compagnie portaient des robes longues, mais ils ne
1. Brantôme, Les dama galantes^ livre III, éil, Ph. Chasles (1834, t. î, p. 396).