Ibid., fig. 135, p
4. M. Pictte m'a opposé [L' Anthropologie, 1904, p. 174) «luelques figurations de serpents et une gravure qui, suivant lui, représenterait un loup. Mais le loup est très douteux et les serpents peuvent appartenir à des espèces comestibles. Du reste, M. Piette reconnaît lui-même que l'homme quaternaire figurait presque exclusivement des animaux bons i\ manger.
5. M. Piette écrit {loc. laud., p. 174-175): «Ils ont rarement dessiné des oiseaux. Cependant ils en mangeaient, puisqu'on en rencontre des ossements.. . On ne s'explique donc pas très bien la raison d,; la rareté de ces représentations ».
6. M. Piette a publié deux têtes de rhinocéros tich. de Gourdan, gravées sur stalagmite (ibid., p. 147) ; mais ce rhinocéros appartient à la faune froide, comme ie mammouth. *
128 L'ART Eï LA MAGIE
des rêveurs et des oisifs, gravant ou peignant n'importe quelle silhouette familière suivant leur inspiration du moment.
L'ethnograjîhie nous a depuis l()ngtem])s renseignés sur les goûts artistiques de certains peuples contemjjorains,- vivant à l'état sauvage ou barbare. La gravure et la sculpture sur os fleurissent parmi les Hyperboréens, en particulier chez les Esquimaux, qui, en revanche, ignorent la peinture sur paroi ; la gravure sur paroi est répandue en Afrique, notamment dans la région saharienne et chez les Boschimans, qui exécutent aussi des peintures sur les rochers; les Australiens peignent beaucoup sur pierre et sur bois, mais ignorent la sculpture et la gravure^ A la différence des sauvages de nos jours, les troglodytes du sud ouest de la France paraissent avoir été à la fois peintres et sculpteurs, ou du moins les tribus qui comptaient des peintres et des sculpteurs ont vécu à la même époque dans la même région. Mais le seul espoir que nous ayons de savoir pourquoi les troglodytes ont peint et sculpté, c'est, de poser la même question aux primitifs actuels dont la condition nous est révélée par l'ethnographie.
La question, d'ailleurs, a souvent été posée, sans amener de réponses intéressantes. Les primitifs actuels, quelque jjrimitifs qu'ils paraissent, ont derrière eux un long développement ; ils ont reçu de leurs ancêtres des traditions qu'ils observent et des habitudes auxquelles ils se conforment sans les comprendre. Lors donc qu'un sauvage répond qu'il sculpte ou qu'il peint pour s'amuser, ou parce que ses ancêtres lont fait, ou qu'il déclare n'en pouvoir donner de motif, cela prouve seulement que son activité artistique s'exerce à l'état de survivance ou de jeu. Mais il suffit que quelques sauvages fassent des réponses plus précises pour que nous donnions à ces dernières la préférence, à la condition qu'elles s'accordent avec certaines idées d'ordre général qui sont communes à tout l'ensemble de l'humanité.
De ces idées, une des plus répandues est celle-ci : l'image d'un être ou d'un objet donne une prise sur cet objet ou sur
1. Voir E. (i(o.sse, Les Jélnils de Cari, trad. frani,-., p. 124 et suiv.
cet être ; l'auteur ou le possesseur d'une image peut influencer ce qu'elle représente. Il s'agit, bien, entendu, d'une prise ou d'une influence d'ordre magique, relevant d'une croyance extrêmement ancienne, antérieure aux religions et aux théogonies, mais si profondément enracinée dans l'esprit humain qu'elle s'est maintenue à côté des religions, souvent malgré elles, et paraît même devoir leur survivre.
Une des conséquences de cette idée, que le semblable donne prise sur le semblable, inspire aux hommes la crainte d'être représentés en effigie, crainte très répandue et dont certaines religions ont tenu compte en interdisant de peindre ou de sculpter la figure humaine. L'opération magique de Venvoàteuient, si fréquente encore au moyen âge et consistant à briser ou à transpercer une image pour nuire à l'original ou le faire périr, n'est qu'un exemple entre cent des effets de cette croyance, qu'il existe un réseau de liens invisibles entre les choses ou les êtres et leurs effigies'.
Si la crainte d'être représenté, très commune parmi les primitifs, a entravé le progrès de l'art, le désir d'infiuencer ou d'attirer les choses ou les êtres a contribué efficacement à ce progrès. Cela n'est pas seulement vrai pour l'art plastique. On connaît de nombreux exemples de représentations pantomimiques ou dramatiques dont l'objet est de provoquer, de susciter des mouvements ou des phénomènes semblables, dans le monde des objets inanimés ou animés. Rappelons seulement les pratiques usitées chez tant de peuples pour obtenir la pluie en versant de l'eau sur le sol, pour déchaîner l'orage en imitant le bruit du tonnerre, etc. Les Australiens ont un grand nombre de danses mimiques dites danses d'animaux, dont la plus connue est celle du kangourou ; les danseurs imitent, avec une habileté singulière, les mouvements de cet animal. C'est, disent les uns, parce que l'instinct d'imitation est très développé chez les primitifs'-^ ; c'est, prétendent les autres,
1. Voir les exemples réunis par Hirn, Origiiis of ari, p. 287 et la bibliographie qu'il cite. La coutume d'exécuter les criminels absents en effigie existait encore au moyen ûge en Périgord (Tarde, JituJes pénales^ p. 241).