Trad. Talbot, t. II, p
supérieurs à tous les maux et capables airîsi de sauver la patrie... Un pareil citoyen, s'il est pris à la guerre, ne révélera ♦ jamais le secret de Sparte, quelque tourment que lui fassent subir les ennemis ; il s'en rira et, s'ofFrant à leurs coups, il défiera l'opiniâtreté du bourreau ». Dans le dialogue de Lucien, Solon parle ainsi au sage de la Scythie, Anacharsis ; mais celui-ci ne se lais.se pas convaincre et trouve bien ridicule •< d'être fouetté tout nu, les bras en l'air, sans qu'il en résulte rien d'utile pour eux ni pour la cité ». « Si jamais, ajoute-t-il, il se trouve à Sparte à l'époque de cette cérémonie, il en rira bien haut, dût-il être lapidé; toute la ville, à son avis, aurait besoin de quelques grains d'ellébore, puisqu'elle se traite ellemême d'une manière aussi folle ». — C'est Lucien, le Voltaire de l'antiquité, qui donne son avis par la bouche d' Anacharsis ; il a le mérite de comprendre que l'explication utilitaire de cet usage ne tient pas debout ; mais il ne sait pas reconnaître, parce qu'il a l'esprit voltairien, qu'il y a là-dessous une vieille superstition qui se survit, et non un simple caprice de détraqués.
Les anciens ont tenté d'expliquer la flagellation Spartiate comme une atténuation des sacrifices humains qui étaient prescrits dans le culte d'Artémis chez les Scythes de la Tauride. « Les Lacédémoniens, dit Apollonius de ïyane suivant Philostrate, ont ingénieusement modifié le caractère implacable de ce sacrifice; ils l'ont remplacé par un concours de courage, où personne n'est tué, mais où l'autel de la déesse n'en est pas moins arrosé de sang' ». Retenons cette assertion (jue les jeunes gens ne succombaient pas sous le fouet ; Plutarque et Lucien ont donc exagéré à plaisir, ou ont généralisé, pour donner du relief à leur récit, un accident isolé.
Pausanias-, comme Philostrate, identifie cette Artémis Orthia de Sparte à l'Artémis sanguinaire des Scythes : « L'endroit appelé Limnaion (à Sparte) est le sanctuaire d'Artémis Orthia. L'image de bois est, dit-on, celle qu'Oreste et Iphi-