‹ Cultes, mythes et religionsChapitre 98 sur 232 · Revue celliijiie, 1897, p. 1H7-149.J · texte numérisé non relu

Revue celliijiie, 1897, p. 1H7-149.J

'2. Cf. Mowat, />«//. éfigr., t. ], p. ]2y; d'Arbois, Cycle mylholoi;i(jue, y. lUlt: Cerquan 1, Kev. celt.. t. V, p. HSl. Pour les variantes des mss., voir l'i-dition de M Lejay, p. (H.

3. Jiarth, Ucher die Driiidai, 182(i, p. 75 (cf. Belloguet, /■Ihnug. gatiloise. t. in, p. 2-22); Rhys, Cellic heathenUom, 1888. p. 70; Lejsy, De Betl. Civ., I, p. f)l.

TEUTATÈS, KSUS, TARANIS 205

Les mythologues sont unanimes à penser que Teutatès, Esus et ïaranis désignent de grandes divinités gauloises, des divinités panceltiqiws. Comme il n'en est pas question dans César, qui donne aux divinités gauloises des noms romains, on s'est naturellement aussi préoccupé d'identifier à Jupiter, Mercure, Mars, etc., les trois dieux nommés dans la Phai-sale. Kcoutons quelques-uns des savants les plus autorisés :

1" H. Martin, Histoire de France, 4e éd. (1865), t. I, p. 57: < Ksus . . . c'est le vrai Dieu de nos pères, c'est le Jéhovah des Graulois, etc. >

2° Roget de Belloguet, Ethnogcnit gauloise, t. III, p. 146 : ♦ Cette triade l'ut le fondement de toute la religion extérieure des Druides. Ce qui le prouve, et jette en même temps un trait de lumière sur l'unité originelle de ces trois dieux, c'est qu'ils disparaissent tous les trois avec le culte public du Druidisme. > — IbiJ., p. 204: «Ils [les Druides] n'eurent pias, dans le principe, d'autres dieux que les trois représentants de l'ancien Etre suprême des peuples indo-européens... Ces dieux étaient les seuls auxquels les Druides sacrifiaient des victimes humaines. >

3" Desjardins, Géographie Je la Gaule, t. II, p. ,513: < 11 est probable que l'autre intime de César, le Druide Divitiacus, agit de même que Procillus . . . Tous deux croyaient peut être répondre en cela aux secrètes intention.^; du vainqueur . . . Au lieu de nommer Teutatès, Taran isie) et Esus, ils lui persuadèrent, avec d'autant moins de peine que César dut s'y prêter volontiers, que ces dieux étaient les mêmes que Mercure, Jupiter et Mars. >

4° Gaido/, Esquisse de la religion des Gaulois (1879), p. 13 : « Lucain mentionne Taranis, Esus et Teutatès comme les trois grandes divinités des Gaulois. »

5o Bertrand, L'autel de Saintes et les triades gauloises (extrait de la Kev. archéol., juin-août 1888), p. 39-41; < R. de Belloguet, s'il avait eu entre les mains les documents que nous possédons, n'aurait pas manqué certainement de rapprocher de la triade du poète les triades des monuments . . . Qu'est-ce que Teutatès, Esus, Taranis? Taranis, notre confrère et ami M. A. de Barthélémy l'a récemment mis en lumière, Taranis est le dieu du tonnerre et de la foudre, le dieu de la lumière céleste, le Jupiter gaulois, une des personnes de la triade primitive identifiable à Zeus, Apollon et Pan ... Je crois avec Dom Martin et R. de Belloguet que Teutatès est le Mercure infernal, une sorte de Hadès-Pluton ... Si Esus était la troisième personne de la triade, le dieu un contenant les autres en son essence étcnelle et immuable, le caractère vague et indécis du dieu, qui était à l'origine le dieu sans nom, ne devrait pas nous étonner. »

6" D'Arbois de Jubainville, I.e Cycle myt/wlogi./ue irlandais (18841, p. 109 : « Lucain, s'adressant aux Druides, chante le culte cruel rendu par eux à trois divinités gauloises . . . > — Ibid., p. 378, après avoir assimilé Teutatès h Mars. M. d'Arbois écrit : « Teutatès, Taranis ou Taranus et Esus sont autant de formes de ce dieu de la mort, père du genre humain, appelé Dispater par César. >

2fXi TKUTATÈS. KSUS, TA R AXIS

7o I.ejay, lùlilioit </« livre /er ,/,■ /„ fharaU (1894), p. 61 : « La triade mentionnée par Lucain est celle des dieux méchants, des dieux de l'ifjnorance, de la mort el de la nuit. Ils sont les fils ou, si l'on veut, les doublets de Cernunnos, le dieu cornu qui porte à son front le croissant de la lune, dieu. fondamental de la nuit et de la mort. »

Je pourrais multiplier les citations, mais cela serait peu utile. J'ai seulement voulu montrer qu'aux yeux des modernes Teutatès, Esus et Taranis sont de grandes divinités gauloises, et même les divinités gauloises par excellence. On s'est étonné, il est vrai, que leurs noms se recontrassent si rarement dans les inscriptions '. Teutatès, sous la forme Toutatis, est une épithète de Mars en Grande-Bretagne - et dans le Xorique ^. On trouve un Jupiter Taranucus en Dalmatie *, un jfnpjter laiiarus ou Taraniis en Grande-Bretagne ", un Dois Taramicns dans la vallée du Rhin ", une forme TAPANOOY dans une dédicace celtique d'Orgon '. Le nom d'Esus se lit sur l'autel de Notre-Dame, au-de.ssus de l'image inexpliquée d'un bûcheron ^ M. d'Arbois, suivi par Steuding et d'autres ^, me paraît avoir eu tort d'écrire '" : « Esus, dont une variante Aesus nous a été conservée par une monnaie de la Grande- Bretagne ...» Cette monnaie, qui appartient à sir John Evans, a été publiée par lui " ; le savant numismate en a rapproché une pièce de type identique donnée par Camden, qui porte l'inscription EISV. Sir John n'a pas songé à voir là un nom de divinité, mais celui d'une bourgade inconnue des Iceni : il

1. Dans les textes, ils ne se rencontrent que chez I.ucain et ses scholiastes; I.actance i^lnst., I, 21) n'a fait que paraphraser Lucain en mentionnant Ksus.

2. Corp. insn: lai., t. VII, 84; Ephcm. epigr.. t. IH (1877), p. 128.

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