VIRULENCE
Un des problèmes les plus importants était naturellement de savoir si les cultures gardent in vitro jeur virulence. Et ce qui a été batlu en brèche est la théorie qu’il faut des conditions particulières ou du stroma pour que la malignité soit maintenue. Les cultures permanentes et pures de cellules cancéreuses, où on peut rattacher la malignité à une seule race de cellules, donnant dans l’organisme des tumeurs dans lesquelles tous les éléments de la tumeur se retrouvent, démontrent que les cellules du stroma ne sont que des cellules de réaction, et vraisemblablement des cellules normales, dont la présence n’est nullement nécessaire à la cellule cancéreuse. De même, les cultures pures de cellules cancéreuses ont été le seul moyen de démontrer d’une façon absolue que le cancer est une maladie cellulaire, dépendant de la cellule malade en question.
Mais la virulence d’une culture cancéreuse peut bien être augmentée ou diminuée et même enrayée par l'addition de sérums, par exemple, et il ne faut pas vouloir éliminer linfluence des facteurs généraux. FISCHER, CARREL, CARREL el EBERLING, CARREL et BAKER, ayant expérimenté les plasmas d'animaux âgés et jeunes, trouvent que de même que pour les tissus normaux, le sérum d’animal jeune paraît stimuler
la croissance de la cellule cancéreuse, augmentant la virulence, le sérum d'animaux âgés l’inhibant et même enrayant la virulence, Il y a donc des facteurs extrinsèques qui peuvent gouverner l’évolution des cellules cancéreuses. Serait-ce ici une raison de la lente évolution des cancers chez les gens âgés, les cancers de la peau, par exemple, très torpides, ou de évolution rapide des sarcomes chez les jeunes ? Le mécanisme est certainement plus complexe, et il est hâtif de conclure. Cette explication serait de même apparenlée à une conclusion d'ÉPHRUSSIr et LACASSAGNE qui, cullivant des morceaux de reins de lapin de différents âges, fœtus, nouveau-nés, jeunes et adultes, obtiennent respectivement des croissances fibroblastiques pures, mixtes ou croissance épithéliale pure. Ils concluent que les mêmes mécanismes doivent intervenir en ce qui concerne la plus grande fréquence des sarcomes chez les jeunes, d’épithéliomas chez les vieux. Or, l'expérience de M. VERNE ne tend pas du tout à faire accepter une telle conclusion. D’abord, on sait de l’embryologie, que le tissu épithélial est le premier à apparaître dans le rein, le tissu conjonctif provenant d’un mésenchyme indifférencié seulement plus tard. Il serait plus logique que ce soit l’épithélium qui pousse le premier. De toutes façons, M. VERNE n’a jamais obtenu de cultures fibroblastiques pures des reins embryonnaires mais des cultures mixtes. Moi-même, répélant les expériences d'EPHRUSSI et LAGCASSA- GNE, j'ai trouvé que la proportion de cellules épithéliales et conjonctives obtenues dépend de la parlie du rein mise en cullure, la partie basse, contenant tubes de Bellini, papilles et calices, donnant des cultures presque pures d’épithélium, que les animaux soient jeunes ou adultes. De plus, la question du milieu doit jouer un grand rôle, puisque TRAUBE et KNAKE trouvèrent, pour le pancréas, qu'on pouvait faire varier à volonté les proportions de croissance épithéliale et conjonctive, en faisant varier les facteurs du milieu influençant la perméabilité cellulaire. Ainsi, ce sont les relations entre les cellules et leur milieu qui vont influencer le type de croissance, et il nous paraît que c’est dans ce rapport de l’équili-
bre entre cellules et milieu qu’il faudrait chercher l’explicalion de l’apparition plus fréquente des sarcomes chez les jeunes, d’épithéliomas chez les âgés. Mais avant de risquer une hypothèse, il faudrait que nous ayions en notre possession tous les facteurs du problème.
La question d’immunité acquise a aussi été utilement traaillée par la culture des tissus. Cette question a toujours été délicate parce que les anciens auteurs ont voulu regarder la cellule cancéreuse comme une cellule étrangère à l’organisme, différente des cellules normales. La culture des tissus à démontré, avec les différents auteurs, que la cellule cancéreuse n’est qu’une cellule normale modifiée, mais néanmoins une cellule présentant toutes les réactions spécifiques des cellules normales à partir desquelles elle s’est modifiée, maladie et fragilité mises à part. L'immunité anti-cancéreuse n’est qu'une immunité anti-tissulaire. LAMBERT et HANES ont trouvé que les cultures normales ne poussent pas dans les plasmas d’animaux ayant reçu des injections de tumeur, sang ou organe provenant d’une même espèce animale. FISCHER, avec un $érum précipitant pour l'extrait embryonnaire à 1/300, trouve sa toxicité ramené à 1/100 pour l'extrait de cellules sarcomateuses. Ceci démontre que non seulement c’est un phénomène tissulaire, mais que les cellules cancéreuses sont encore plus sensibles que les cellules normales. comme l’a démontré LUMSDEN, avec des anticorps tissulaires normaux in vitro. Un sérum anticancéreux de souris est encore efficace contre tous les tissus normaux d’un même animal. Dans le cas du sarcome de Rous, on peut obtenir des sérums spécifiques à la fois anti-tissulaire et anti-principe filtrant, mais les réactions de groupe sont très troublantes, FISCHER à pu éludier in vitro l’action de chacun des deux facteurs.
Quant à l’immunité naturelle, ce phénomène, pour des animaux dissemblables ou de races différentes est facile à comprendre d’après les principes les plus classiques de croisement et de sélection. En culture de cancer ce fait doit être pris en considération quand on vérifie la malignité par transplantation à l’animal : les animaux doivent être de même
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espèce et de familles très voisines, et on doit rechercher l’influence de l’âge, saison, etc Dans ces conditions, on peut trouver une certaine immunité naturelle, de la poule par exemple pour le sarcome de ROUS. FISCHER trouve une poule sur cinquante réfractaire à cette tumeur et étudiant cette poule in vitro, écarte facilement l'influence du plasma et des tissus mêmes, concluant à l’inaptitude des cellules de greffe de vivre dans un milieu différent par sélection. Cette immunité nalurelle dans une même famille, forme un problème complexe, difficile à résoudre.