‹ Culture du Chasselas a ThomeryChapitre 9 sur 14 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

FORÇAGE m LA VIGNE

Cette culture a pour but de combler la lacune qui existe entre le mois de mai, limite extrême de la conservation des raisins an rmitier, et le mois de septembre, époque habituelle de la maturité de ces raisins en plein air. Du moment où nous n'avons plus rien à attendre de la nature, nons devons appeler à notre aide les artifices de Tart, et tromper nos vignes en leur créant nn climat et une température factices^ afin qu'elles fructifient hors de saison.

La culture forcée de ia vigne exige tout d'abord un emplacement convenable, c'est-à-dire assez vaste ponr que Tair et la lumière y circulent largemeiit et librement Une exposition chaude est a rechercher, ainsi qu'un terrain sablonneux on graveleux. Une fois ces conditions obtenuesi il s'agit d'établir les serres à forcer. On peut en élever contre les vignes d'espalier, dans les contrées où la maturation des grappes est difficile ou irréguiière; mais, dans les environs de Pa-

84 GULTURK DU CHASSELAS.

ris, il faut conserver les espaliers pour la production ordinaire en plein air, et soumettre seuiement au forçage les ceps de contre-espalier, dont les raisins livrés

Fi$» 39. — Série portative poir Mpalier.

i eux-mêmes n'arrivent point à une qualité supérieure.

Les ceps que Ton destine à être forcés doivent avoir

trois ans de plantation et paraître vigoureux. Ils auront été conduits sous forme de cordons verticaux, et seront bien garnis de coursons. Un choix de bonnes variétés est nécessairement de rigueur. £n vue du commerce, on ne forcera que le chasselas de Fontainebleau et le Frankenthal ; en vue de Tagrément, on

FORÇAGE D£ LA VIGNE. 8 S

poàrra choisir parmi les variétés dont nous avons donné une liste suffisamment étendue.

Les serm à forcer sont de différentes formes, et leurs dimensions dépendent des besoins auxquels elles doivent répondre, du but que le cultivateur se propose d'atteindre, et du climat sons lequel il opère. S'il est vrai que la vigne pousse toujours bien en serre, quelles que soient les formes adoptées et les situations, il faut reconnaître anssi que rexpérience de chaque localité donne, quant aux proportions en largeur et en bauur, des indications utiles, et constate que la fructification ne se produit convenablement que sous Tin- Ûuence du grand jour et des rayons du soleil.

On nous permettra de ne pas entrer dans de longs ci minutieux détails sur la construction des serres. Il nous semble qu'on doit laisser à chacun la faculté de procéder selon ses ressources; aussi nous borneronsnous à indiquer les conditions qui sont de rigueur pour assurer le succès de la culture forcée.

Ces conditions sont les suivantes :

i*" Aérage facile et i volonté;

S* Répartition aussi égale que possible de la chaleur artificielle;

3* Lumière abondante;

4" Absence d'humidité.

Que ces conditions soient bien remplies, et Ton atteindra le but, quel que soit d'ailleurs le mode de construction.

Tout en conseillant d'éviter une économie mesquine dans le oboiz et l'emploi des matériaux, nous ne re-

commandons certainement pas les dépenses de luxe. Une serre qui répond à nos besoins et i notre attente, SQBS toos les rapports, nous partit tonjonrs assez belle. Elle vaut mieux, après tout, qu'une charmante contrefaçoii de jardin d'hiver qni réjoninit rceil, mais qui ne donnerait que peu ou point de raisins.

Serre volante oal>A4s]ie.— Ânes yeux, la serre volante ou mobile a un immense mérite, ooini de pou-

Fig, 40, * Blfiba i raiti» on lem Tolaait.

voir être transportée chaque année d'une place à une

autre. Il suit de là qu'on peut conserver aisément à une vigne de oontre-espalier toute sa vigueur pendant une longue suite d'années, en ne la chauffant que par parties, et alternativement, tous les trois ans. La serre en question doit couvrir deux rangées de ceps. La première rangée, appuyée au mur du fond, formera respalier; au midi^ la seconde rangée, distante de l"", 1 0 de la première, et légèrement inclinée en avant.

fOBQAaE DX LA Yi6K£. S?

restera à l'état de contre-espalier et ne devra pas s'élever à plus de 70 centimètres. La distance entre les pieds, snr chaque ligne, sera, comme dans la couture en plein air, de 66 centimètres.

• Toid ea qnelqaes mots la description d'une serre volante on mieux à cUissis mobiles :

Les murs sont en briques. Le plus élevé, au midi, mesure f "^.55 de hauteur; le second mur, en avant du premier, n'a que 65 centimètres ; la largeur de la serre à sa base, entre les deux murs, est de la lon-

gueur est indéterminée.

On recouvre le mnr le plus élevé avec des planches de sapin larges de 30 centimètres, bien jointes entre elles et faisant saillie du cAté du midi. On recouvre le petit mur d'une planche de même bois, mais n'ayant que 4S centimètres de largeur. Les mun doivent être crépis avec de la chaux et blanchis en les fouettant au balai.

Des barres de fer servent de supports aux diâsris et

maintiennent récartement de la serre, après la récolte du raisin, c'est-à-dire lorsque les châssis en question ont été enlevés.

Des crémaillères sont placées au milieu de chaque châssis sur la planche qui recouvre le petit mur de devant, et servent à donner de l'air au besoin.

Un thermosiphon avec tuyaux en cuivre de 10 centimètres de diamètre, est destiné au chauffage de la pièce ; une porte d'entrée est ménagée à Tune des extrémités.

Que la serre que nous venons de décrire soit mo-

ë8 COi.TII&£ DU GHASSELiLS.

bile ou fixe, peu importe; c est à elle que l'on a recours pour le premier forçage*

Quelques jours avant de commencer le forçage, on couvre le sol de la bâebe de fumier bien consommé, on laboure légèrement après cela, puis on taille la vigne ayant de mettre leschAssis ou aussitôt après les avoir mis. Cette taille est la même que pour les cordons verticaux à Tair libre ; seulement, on ne rexëcute que vers le i*^ décembre, d'un œil ou mieux de deux yeux plus longue que la taille ordinaire, atin de conserver aux cepsune vigueur que le forçage tend toujours à diminuër. La régularité de la charpente en souffre sans aucun doute; maisi puisque la treille est appelée à se reposer après avoir produit forcément, il devient facile, à l'époque du repos, de rétablir la régularité compromise.

Dès que la taille est faite, on commence le forçage des raisins de première saison du 15 au 25 décembre, pour avoir du raisin bon i manger à la fin d'avril. Les quinze premiers jours, on chauffe de manière à ce que la température de la serre ne s'élève pas au-dessus de 42 à 15^ centigrades. Les quinze jours suivants, on chauffe à âO"" ; puis après, jusqu'à la maturité, de 20 à 25*. Le moment de la floraison exige une attention toute particulière. C'est de lui que dépend presque tout entier le succès de la culture* Pour que la fécondation se fasse convenablement et que les grains nouent bien, il faut, de toute nécessité, que la chaleur soit maintenue entre 20 et 25'', que la vigne soit bien éclairée et que l'air ne soit pas chargé d'humidité.

VOE<iAGE D£ LA VJGNB. 89

Lorsque la floraison se trouve favorisée par quelques beaux jours, on eu profile avec empressement pour donner de Tair i la serre au moment où les rayons dn soleil frappent sur la vigoe. C'est le moyen de fortifier les jeunes rameaux et d'empêcher la température de dépasser les bornes que nous lui ayons assignées tout à rheure. Mais si, au contraire, la floraison se fait par un temps pluvieux, brumeux et humide, on tient la serre soigneusement close, autrement la culture serait fort compromise.

Lorsque les raisins sont parfaitement noués et que a température extérieure permet de donner de l'air de temps en temps, on peut faire monter la chaleur de quelques degrés, afin d'activer le développement des grains et de gagner du temps pour la maturité.

On arrose les vignes forcées tous les huit jours en-

viroii ; au besoin même, par un temps sec, on bassine légèrement les feuilles au moyen d'une pompe portaive.

On a soin de couvrir pendant la nuit les panneaux ou châssis de la serre avec des paillassons ordinaires que Ton double an moment des grands froids. On a soin aussi d'entourer les murs sur toute leur hauteur avec des acoots en feuilles de chêne desséchées; c'est là une indispensable garantie contre le froid, et quand la récolte est faite, ces feuilles, mélangées au fumier, forment un excellent compost pour la vigne. Les paillassons qui servent à couvrir la serre pendant les nuits, sont enlevés ou roulés tous les matins vers neuf heures.

tt CULTUAX OU CHASSELAS.

Il convient de visiter la serre tous les jours pour ▼dr ce qui s'y passe et aussi pour 6ter les feuilles jaunes et détruire les insectes i|ne la chaleur attire ou fait éelore. II est essentiel, on ne saurait trop le dire et le redire, d'entretenir dans les forceries une propreté minutieuse. Depuis plusieurs années, nous avons pris le parti d'étendre dans les nôtres de gros sable de riyière« sur une épaisseur d'à peu près 6 centimètres. Ce sable a, outre le mérite d'enti*etenir la propreté, celui non moins précieux de conserver la fraîcheur au pied des vignes, sans donner une himiidité nuisible.

S'il arrivait que Ton vtt sortir des racines blanchâtres, au pied des cepa, on devrait conclure de ce fait qu'elles soufiErent d'un manque de lumière et d'un excès if humidité. Souvent le manque de lumière est le résultat de la négligence du maître ou de ses aides ; nous allons en fournir la preuve. La vapeur d'eau que la température de la serre développe, se condense en gouttelettes contre les vitres des panneaux pendant la nuit, et y ruisselle. L'évaporation de celte eau se fait pendant le jour : les matières qu'elle tenait en suspension ou en dissolution se déposent sur les vitres et y laissent ce que nous appelons une crasse. Cette crasse s'épaissit à chaque nouveau dépôt et amoindrit évidemment la transparence do verre. On ne prend point assez garde à cet inconvénient. Si l'on essuyait avec une éponge, et plus souvent qu'on ne lefiiit, les vitres salies, on aurait moins à se plaindre du défaut de lumière, défaut capital que

mqAGB DE LA VIGNE. 91

les primeurisles anglais apprécient mieux que nous 8008 leur climat brumeux.

Nous n'avons pas besoin^ en indiquant les soins d'entretien nécessaires à la réussite de la vigne for* cée, de faire observer que le palissage, Tébourgeonnement, le soufrage, i'évrillage, la suppression des entre-cœnrs, le pincement, le dsèlement, l'eSeuillage, etc., sont autant d'opérations qu'elle réclame, et que ces opérations se font exactement comme sur les vignes en plein air.

Serre hollaudaise. — La serre hollandaise ou à double pente, est destinée à forcer les raisins de seconde saison qui doivent mûrir environ un mois après ceux delà première saison, et dont par conséquent le forçage ne doit commencer qu'un mois plus tard, ordinairement du 1" au 10 janvier. Pourl'usage de cette serre, on plante trois lignes de chevelées & i*,10 les unes des autres. Sur chaque lignc^ les pieds doivent être distancés de 66 centimètres entre eux. On forme donc ainsi trois contre-espaliers pour chaque serre, le plus élevé pour le milieu, les moins élevés pour les côlés, l'un à Texposition du levant, l'autre à celle du couchant.

La serre hollandaise s'établit de la manière suivante : au levant et au couchant, on élève deux petits murs en briques de la hauteur de 70 centimètres. Au milieu de l'espace compris entre ces deux murs, on plante de forts pieux en bois, distants de I mètre les uns des autres et hauts de i",65, à partir du niveau du soi. Une planche, lai^e de 35 centim., clouée au-

Digitizeci

it GOLTUaE DU CHASSELAS.

dessus de ces |>ienx, les relio solidement et tormo chapiteau. Cette planche, ainsi posée en guise de faîtière.

Fi§, 41. — Sem i dtai ▼•mnls, dite hollattdaitê.

est recouverte d'une lame de zinc. Des barres de fer sont placées sur les deux pentes et servent d'appui aux panneaux. À chacune des extrémités de la serre se trouve une porte pour la facilité du service, et de chaque côté de la porte un thermomètre qui constate le degré de température. L'intérieur de la serre a 3°',20 de largeur à la base, de façon que les deux petits contreespaliers sont éloignés Tun et l'autre de 50 centimètres des petits murs et peuvent recevoir Tun le soleil levant, l'autre le soleil couchant.

Deux rangées de poulies doivent être placées sur la faitière en zinc, afin de faciliter la manœuvre des paillassons, qu'il faut enlever tous les matins et replacer tous les soirs.

Pour mieux lutter contre le froid, on place nécet^

Oigitized

FOAÇàGE DE LA yiGNB. 98

sairement des accota de feuilles sèches ou de fumier

sec autour du mur, comme avec les serres volantes à une seule pente.

Quant aux soins à donner à la vigne, ils sont les

mêmes exactement que pour la culture de première saison.

La serre hollandaise ne convient pas seulement à la

culture des raisins de seconde saison ; elle convient en outre aux cultures de troisième et de quatrième saison, échelonnées de mois en mois dans le but de continuer la production jusqu au mois de septembre, époque à laquelle les Féooltea en plein air viennent succéder aux récoltes forcées.

S£aa£S TEHPÉiusjBS. — A Thomery, nous nous servons aussi de la serre tempérée. Mais elle rend beaucoup plus de services au nord de la France, où le raisin mûrit difficilement.

On fait élever un mur de 3 mètres de hauteur et trois fois plus long que la serre dont on a besoin, afin de pouvoir accorder deux années de repos à chaque partie de treille qui aura été forcée. Contre ce mur on fait une plantation de vigne, et la troisième année qui suit le couchage ou la plantation^ on peut y appliquer des panneaux de ^"',20 de longueur sur 1 mètre de largeur. Le haut des panneaux s'applique contre une planche de 30ccntim. fixée au-dessus du mur et faisant saillie; le bas de ces mêmes panneaux porte sur un petit mur en briques, construit en avant et à l",80 de distance de l'espalier. Des barres en fer, partant de la partie supérieure du grand mur et venant aboutir au

04 CULTOBX I»C CHASSELAS.

petili complètent lea supports des panneaux, que Ton aoulèTe au besoin à Taide de crémaillères. On place

ces panneaux vers la fin de janvier^ et ils font sur la vigne reflet que nous demandons aox châssis viurés sur des couches froides. Ces serres, fermées aux deux bouts soit avec des cloisons fixes en briques, soit avec des planches, et même des paillassons mobiles, ont nécessairement à Tun de ces bouts une petite porte réclamée par les exigences du service.

Avec la serre tempérée qui, en d^nitive, n'est qu'un précieux abri el un moyen d'augmenter l'énergie des rayons solaires, on ne gagne qu'une avance de quelques semaines sur la date des récoltes ordinaires ; mais cette avance, quoique modeste, n'est pas à dédaigner^ et vous voudrez bien remarquer que si, sous ce rapport, les résultats ne sont pas à comparer à ceux des serres à thennosiphon^ sous un autre rapport, la serre tempérée a sur nos serres chaudes Tavanlage de ne pas trop maltraiter les pieds de vigne. On doit, au besoin, quand la chaleur est vive, arroser ces pieds et bassiner les feuilles.

Une treille qui adonné une récolte en serre tempérée, peut encore produire quelques gru j)pe8 èdécouvcrt l'année d'ensuite, tandis que les vignes de serre volante ou de serre hollandaise doivent être condamnées à un repos absolu pendant deux ans.

Nous croyons en avoir dit assez sur le forçage de la vigne, et ce que nous pourrions ajouter ne servirait de rien. Il n'y a réellement que la pratique et quelques années d'expériences suivies qui puissent mettre un

FOaÇAGE DE LA VlCUfS. tl5

jardiaier ou un amateur d'horticulture en mesure de marcher d'un pas ferme et sans tâtonnement dans la

voie difticile où sont engagés les primcuristes de pro- TesBion.

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