MALADIES DE
POURRITURE BRUXE, Selerotinia (Monilia) fructigena.—La pourriture brune cause tous les ans de grands ravages dans la récolte des prunes, en certaines parties du (‘anada. Elle se propage si rapidement qu'une belle récolte de prunes est bientôt toute gâtée. On constate d’abord l'apparition de la maladie sur les fruits en cours de maturation, par la décoloration de la peau, celle-ci devient brune ou noire et se recouvre bientôt de petites pustules qui sont des grappes de spores. Les fruits pourrissent et tombent à terre. C’est par temps chaud et humide que la maladie a le plus de chance de se propager; en une journée, une grande partie de la récolte peut être détruite. Parfois la maladie n’est pas visible au moment de la cueillette et l’on expédie les fruits infectés qui pourrissent avant d'arriver à destination. Il en résulte de grandes pertes pour le producteur et l'expéditeur. Au printemps la maladie attaque les rameaux, les bourses à fruits et les fleurs, qui noircissent et se dessèchent; souvent on ne s'aperçoit pas de sa présence à cette époque. Il se produit souvent aussi à ce moment une exsudation de gomme sortant des rameaux, qui est causée par cette maladie.
Remèdes.—Le champignon de la pourriture brune se propage au moyen de spores qui germent au début du printemps sur les feuilles et les boutons où ils sont tom ‘s et de là s’introduisent dans les rameaux. Pour détruire ces spores, il faut ramasser tous les fruits malades par terre ou sur l’arbre et les brûler. Ces fruits logent des myriades de spores qui passent l'hiver et peuvent infecter les arbres le printemps suivant.
T1 faut pulvériser parfaitement les arbres pour détruire les spores avant qu’elles germent au printemps. On fait la première pulvérisation avec de la bouillie borde-
laise empoisonnée ou avec du lavage de chaux sulfurée bientôt après l'ouverture des boutons. Cette pulvérisation est importante, elle doit être faite à fond. Après que les arbres ent fleuri, il faut leur donner une nouvelle pulvérisation composée de bouillie bordelaise empoisonnée et l'on répète deux éciraines après, Il faut aussi pulvériser avec du carbonate de cuivre ammoniacal au moment où les fruits commencent à mûrir. Cette substance détruit les spores qui paraissent en grand norubre sur les fruits mûrs et ne décolore pas les fruits. Les prunes qui se touchent sur l'arbre permettent la propagation de la maladie d'un fruit à l'autre. Comme elles sont serrées les unes contre les autres, la peau du fruit retient de l'humidité, les spores qui s’y trouvent germent rapidement, infectent bientôt le fruit Voisin et la maladie se propage promptement. L'éclaircissage diminuerait beaucoup les chances de développement de la maladie. Il faut retrancher tout le bois mort où décoloré et le brûler dans l'intervalle. Si la pulvérisation est faite à fond la maladie cause beaucoup moins de dégâ
it:, malheureusement les résultats ne justifient pas toujours les dépenses que l'on fait pour la combattre.
NODULE Not ox BLack KXor (llowrightia morbosu).—Peu de maladies sont re-
doutées des arboriculteurs à l’égal du nodule noir (Black Knot). Son développement leur paraît mystérieux; il leur semble impossible à maîtriser. Un grand nombre de vergers ont été complètement détruits par le Black Knot qui se propage très rapidement une fois qu’il y a pris pied. Cependant si l'on applique le traitement convenable an commencement même de l'apparition de la maladie, celle-ci peut être tenue en échec et même complètement extirpée, pourvu qu l'infection ne provienne pas de vergers voisins ou d'arbres tirés d’uue pépinière infectée.
Le Black Knot est un champignon qui se propage au moyen de spores. La spore est transportée par le vent et tombe sur une partie de l'arbre ou d’une feuille, d'un rameau, partout où elle peut se poser. Lorsque les conditions sont favorables la spore germe, s’introduit dans l'arbre et Y pousse. Au printemps des boursouflures jaunâtres ou nodules paraissent sur les branches; c’est la première indication visible de la maladie. Pendant les mois de mai et de juin ces boursouflures prennent une couleur plus foncée et une surface veloutée; celle-ci est causée par d'innombrables spores qui recouvrent la partie exposée de la boursouflure. Ces spores, emportées par le vent, retombent sur d’autres branches et d’autres arbres, Elles y germent, s'introduisent dans l'arbre de la façon déjà décrite et de nouveaux nodules se développent avec le temps. Il se produit une deuxième récolte de spores en automne et au début de l'hiver. Mais cellesci ne sortent pas des nodules avant la fin de l'hiver ou le commencement du printemps. Elles se répandent alors, se posent sur les arbres et Y germent comme les autres Le mycélium du champignon n’est nullement épuisé par la production des nodules au printemps. 1] peut en reproduire d’autres l’année suivante, La maladie peut également se propager d’un verger à l’autre, ce qui la rend si difficile à maîtriser, On voit que pour combattre 1ne maladie qui dispose de tels moyens de reproduction et de dissémination il faut une surveillance continuelle, un traitement énergique et continu jusqu’à ce qu’elle soit extirpée.
Remède.—Si les arbres sont déjà très atteints. ce qu’il y a de mieux à faire est de les abattre et les brûler. S'ils ne sont que modérément atteints, i] faut enlever les nodules et les brûler, puis biner parfaitement Je verger et pulvériser les arbres, Les arbres vigoureux ne sont pas aussi exposés à la maladie que ceux qui poussent lentement. Ils se remettent aussi plus rapidement des blessures que cause l'enlèvement des nodules.
Comme les premières spores font leur apparition vers la fin du printemps ou au commencement de l'été, il faut enlever les nodules dèe qu'ils apparaissent. Lorsque ces nodules se trouvent sur de petites branches, on coupe de trois à six pouces au-dessous de la partie affectée et on brûle immédiatement, Lorsqu'il est à craindre que l'arbre ne souffre beaucoup de cette opération, il faut enlever le nodule avec un couteau à tailler bien aiguisé et recouvrir la plaie de pétrole pur, après quoi or la recou-
vré de cire à greffer ou de blane de plomb. [1 faut empêcher avec soin que le pétrole ne courre sur la branche car il pourrait l'abimer. Les vieux nodules qui ne peuvent re enlevés au couteau doivent être enduits de pétrole. Pour s'assurer que la plaie a été bien recouverte on fera bien de mettre dans le pétrole une matière colorante quelconque. Tous les nodules doivent être brûlés. Le traitement que nous venons de décrire n’est que pour les nodules, L’arboriculteur qui ne connaît pas la marche de cette maladie pourrait s'imaginer qu'il suffit, pour l'enrayer, d'enlever les nodules au fur et à mesure qu'ils se forment. Cela pourrait suffire en effet si l'on enlevait les nodules avant que les spores se forment et se propagent, mais il suffirait que l’on oubliât un seul nodule pour que des myriades de spores se forment qui bientôt réinfecteraient tout le verger,
Les avantages de la pulvérisation à la bouillie bordelaise ont été clairement démontrés dans une expérience effectuée à la station expérimentale de Cornell et dont les résultats ont été publiés dans le bulletin n° 81 de cette station. On a constaté que le nombre de spores à été réduit de 2,00€ à 165 par la pulvérisation.
[ suffirait probablement d'une application de chaux sulfurée ou de bouillie bcrdelaise, faite au moment où les arbres sont encore presque dormants, au printemps, pour détruire une forte proportion des spores tardives qui sont exposées vers la fin de l'hiver où au commencement du printemps et qui sont prêtes à germer dès que les conditions deviennent favorables. Il faudrait faire une deuxième pulvérisation de bouillie bordelaise empoisonnée au moment même où les bourgeons s'ouvrent ou même avant; ce moment serait également bien choisi pour pulvériser contre les autres maladies de la prune et des insectes, Une troisième pulvérisation devrait être faite au moment où les nodules deviennent veloutés, c’est-à-dice au moment où ils produisent des spore, afin de détruire ces spores. Il est tout probable que l’on gagnerait beaucoup à faire encore une quatrième application. On ne saurait prendre trop de précautions pour empêcher la propagation de cette maladie qui a détruit tant de pruniers au Canada.
BRÔLURE OU TAVELURE DE LA PRUNE INDIGÈNE (Cladosporium carpophilum, V. Thu men).—Le manque presque complet de prunes du pays en ces dernières années dans le district d'Ottawa, dans l’est d'Ontario et de Québec, est largement, sinon entièrement, causé par une maladie appelée la “brñ!ure”.
Le fruit se forme e’ atteint lus de la moitié de sn grosseur mais il prend ses couleurs prématurément. Il se dessèche et tombe à terre sans mürir. Si l'on examine le fruit à moitié développé ou plus tard, on constatera la présence de petites taches vert pâle ou jaune. Ces taches s’élargissent graduellement jusqu'à ce qu’elles aient atteint un diamètre d'environ un demi-pouce puis elles prennent une teinte plus foncée, un contour plus irrégulier et se soulèvent sur la peau. Règle générale, les prunes Americana ne sont pas sérieusement affectées de cette maladie qui s'attaque principalement aux variétés Nigra.
Remède.—Ce champignon est proche parent de celui de la tavelure des pommes et peut être combattu par le même traitement. On pulvérise les arbres à la bouillie bordelaise juste avant la chute des fleurs: on répète cetts nulvérisation deux semaines plus tard et on en fait une troisième deux semaines arès la deuxième. Il est bon également de pulvériser une quatrième fois avec du carbonate ammoniacal de cuivre Juste au moment où le fruit commence à prendre sa couleur. Les variétés indigènes mûrissent de bonne heure et si la dernière application se composait de bouillie ba: Tv laise ordinaire, les fruits pourraient rester tachés. Le carbonate ammoniacal de cu:
ne laisse pas de tache visible sur les fruits. Ce remède a donné de très bons résult: À un producteur que nous con* ::s0ns, près d'Ottawa qui a pu, grâce à ce moyen, cuitiver fort avantageusement des prunes indigènes. On peut diminuer les chances de maladie en greffant jes variétés américaines sur les indigènes car les premières n’y sont pas ausei sujettes que les dernières. On devrait brûler tous les autres pruniers dont on ne prend p2s soin ou qui donnent de mauvais fruits; il faut brûler également tous les fruits malades.
CHAMPIGNON CRIBLEUR (Cylindrosporium padi).— La maladie s4 révèle tout d'abord sous forme de petites taches jaunûtres, à contour rougeàtre qui paraissent sur les jeunes feuilles. Ces taches grossissent et finissent par avoir un diamètre moyen de un huitième à un sixième de pouce, Quand elles sont entièrement développées le centre se dessèche et ‘tombe, laissant un trou nettement formé semblable à un trou de plomb, d'où le nom de la maladie. Lorsque ces taches se trouvent en grand nombre, ce qui est assez souvent le cas, une Lonne partie de la feuille est détruite et celle-ci tombe prématurément, La chute hâtive des feuilles empêche les fruits, les rameaux et les bourgeons d'atteindre tout leur développement, et elle peut causer de sérieux dommages lorsque la maladie est très répandue, On recommande la bouillie bordelaise : la première pulvérisation doit être faite dix jours environ après la chute des fleurs, la deuxième, trois semaines plus tard et la troisième, trois ou quatre semaines après la deuxième. A la ferme centrale nous avons pulvérisé à fond de trois à cinq fois avec de la bouillie bordelaise des prunes Americana et Nigra sans obtenir de résultats satisfaisants. Certaines variétés sont plus sujettes que d’autres à la maladie.
POCHETTES DE LA PRUNE (Exoascus Pruni).—Cette maladie de la prune connue sous le nom de pochette, n’est pas très répandue mais elle cause Parfois, en certains endroits, des pertes considérables. Le mycelium du champignon qui cause les pochettes vit plusieurs années de suite sur le même endroit, il n'est dene pas nécessaire qu'un arbre soit infecté tous les ans pour que la maladie se perpétue, Le fruit est atteint Lientôt après que les arbres ont fleuri. On s'en apercoit par un gonflement anormal du fruit qui prend l'aspect d'une vessie et une couleur jaune singulière. Lorsque les spores de la riiadie qui se développent à l'intérieur du fruit paraissent à la surface ils donnent aux pochettes un aspect gris. Plus tard les pochettes deviennent presque noires et tombent à terre. Les feuilles et les rameaux sont aussi fortement atteints par la maladie; les premières se recroquevillent, prennent un aspect malsain et les rameaux se gonflent de facon anormale, Il n'existe pas de remède efficace pour cette maladie, mais on peut la réduire dans de fortes proportions en retranchant pour les brûler les parties atteints de pochettes. A la ferme expérimentale centrale les arbres qui sont pulvérisés à la bouillie bordelaise ne souffrent pas de cette maladie ot nous recomIrandons de pulvériser à la bouillie bordelaise ou au lavage de chaux sulfurée avant que les bourgeons à fleurs s'ouvrent sur les arbres,
GoMMOsE.——L’exsudation de gomme sur les pruniers que l'on appelle gommose est très commune dans les vergers de prunes: après des observations soigneuses on en est ven! à cette conclusion qu’elle n’est Pas causée par une maladie mais par l’affaiblissement de l'arbre, résultant d’une trop forte entaille faite en hiver, d’avaries causées au tronc des branches par des maladies ou des insectes de différentes sortes, La gommose est souvent trû: active lorsque les arbres sont affectés de la pourriture brune. Elle paraît suivre toutes les blessures ou les ruptures faites dans les tissus de l'arbre.
SOURIS. Les souris rongent souvent le tour des arbres du verger en hiver, surtout lorsque le verger est en gazon ou qu'il existe des tas de snletés qui leur servent de logeirent. 11 faut donc enlever du verger avant l'hiver tous les déchets. On peut etnpêcher les déprédations des souris en cütourant les troncs de papier à construction en aut mne, ou en les renchaussant de terre jusqu’à une hauteur de un pied: on peut aussi entourer le tronc d'un filet de fil de fer galvanisé où du protecteur en bois dont on se sert pour empêcher la brûlure, Quand on emploie ces derniers il faut renchausser un peu la base de l'arbre afin d'empêcher les souris de passer par-dessous.
L'arbre qui est rongé par les souris meurt généralement, mais si l’on a soin de nettoyer la blessure dès que l’on s’en aperçoit, de la recouvrir de cire à gretier et de l’envelopper de linge de façon à empêcher l'entrée de l'air et à prévenir ainsi la dessication de l'arbre, la sève continuera à monter par laubier et en revenant par le cambium formera une croissance nourrie tout autour de la partie supérieure de la blessure et cette dernière pourra se cicatriser si elle n'est pas trop grosse, Cependant, si
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le bois se desséchait avant que l'on ait eu le temps d'appliquer le bandage, l'arbre mourra presque sûrement. Lorsque l'on applique la cire et le bandage il faut fortement étèter l'arbre pour réduire l'évaporation d'humidité eur la montée de Ja sève n’est pas aussi forte que dans un arbre sain. On peut aussi sauver des arbres rongés eu reliant les bords supérieur et inférieur du trou au moyen de greffons que l'on insère tout autour du tronc, On peut détruire les souris dans le verger au moyen d'un mélauge de une partie par poids d'arsénic et de trois parties de farine de maïs (blé d'Inde). Pour se servir de ce mélange sans danger on cloue deux planches de six pieds de long et de six pouces de large de facon à faire une uuge, On retourne cette auge près des arbres que l’on veut protéger et l'on Y place sur un bardenu, près du milieu de l’espace recouvert, une cuillérée à soupe du mélange empoisonné, On renouvelle aussi souvent qu'il est névessaire,