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LA MYXOB ACTÉ RIE DANS LES TUMEURS
Morphologie comparée.
Malgré les écarts de dimensions que l’on doit s’attendre à trouver dans des cultures, les formes cellulaires de ce micro-organisme correspondent aux formes cellulaires primordiales des tumeurs dites épithéliales et conjonctives. Elles sont superposables. Il ne s’agit pas d’une ressemblance, il y a identité complète, identité dont la photographie ne donne qu’une faible idée. Voilà le fait. Il éclate à la lecture des préparations, — il n’en est pas moins extrêmement difficile à exposer.
Qu’on s’imagine, en effet, réunis dans une culture, les éléments cellulaires répartis dans les tumeurs les plus variées et l’on comprendra l'impossibilité où je suis, en ces quelques pages, de prendre un par un ces éléments, de les relier entre eux d’abord, puis successivement aux cellules néoplasiques pseudo-tissulaires auxquelles elles répondent. Un volume n’y suffirait pas. Je ne puis qu’esquisser un parallèle à grands traits, me bornant à souligner les points principaux.
Les corpuscules bactériens (fig. 4) qui représentent la phase végétative de cet agent pathogène ne se distinguent en rien des granulations de forme microbienne, des éléments micro-granuleux dispersés dans les espaces intercellulaires, vasculaires, des tumeurs cancéreuses ei considérés jusqu’ici comme des détritus cellulaires.
Groupés en zooglées, ils forment des amas denses, granuleux ou finement flbrillaires, qui offrent les différents aspects, formes et dimensions du protoplasma des cellules néoplasiques. Ce dernier est un amas de bactéries, une colonie de micro-organismes.
Les kystes bactériens, dans les tumeurs, suivant leur volume, leur situation, la phase de leur évolution, tantôt simulent le noyau, tantôt constituent la cellule tout entière.
Examinons le premier cas. La zooglée qui marque le début de la pseudofructitîcation, s’entoure en partie d’une membrane et forme un ou plusieurs kystes. Cette masse zoogléique formée de corpuscules bactériens d’aspect granuleux, isolés ou associés bout à bout, constitue, avec le ou les kystes nucléiformes qu elle contient, la cellule végétale confondue jusqu’ici avec la cellule de l’hôte. Les kystes présentent les apparences du noyau dont ils partagent les réactions colorantes. Ils sont arrondis, ovalaires ou à contours irréguliers. Us offrent un aspect
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dense ou réticulé, suivant qu'ils sont distendus par Faction endosmotique du contenu — c’est ce que l’on observe le plus souvent dans les cultures — ou que la membrane se resserre, se plisse, se recroqueville — ce que produisent à peu près régulièrement, dans les coupes de tumeurs, les manipulations histologiques. L’ouverture circulaire cen-
I' ig. 68. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes dont un certain nombre en couronne ou « en yeux d’oiseau ». La plupart reposent sur les touffes bactériennes finement filamenteuses ou granuleuses qui leur ont donné naissance et qui forment protoplasma. En haut de la figure, une touffe bactérienne finement filamenteuse formant une plaque protoplasmique et sur laquelle un petit kyste se décomposant en ses tubes bactériens, simule une division karyokinétique.
traie ou périphérique, les déchirures de l’enveloppe, les formations qu'ils contiennent simulent le ou les nucléoles.
Au fur et à mesure que les petits kystes se développent dans les zooglées, on observe successivement les divers types cellulaires. Lorsque, infiniment petits, ils commencent à poindre dans la zooglée, c’est la cellule embryonnaire. Suivantla configuration et la dimension delà zooglée, suivant le degré de développement des kystes, selon qu’ils apparaissent à l’état d’unité ou en nombre indéterminé, disséminés, confluents, diversement groupés, simples ou composés, on passe par tous les aspects des cellules uni ou plurinuclées, petites cellules rondes ou polygonales à
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petits noyaux ou à' noyaux hypertrophiques, fihroplastes, masses plasmodiales, plaques protoplasmiques à noyaux multiples, etc....
Dans le second cas, le kyste bactérien à lui seul simule la cellule néoplasique tout entière. L’ouverture circulaire centrale ou périphérique — à travers laquelle apparaissent plus ou moins les éléments du con-
Fig. 69. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes bactériens revêtus de leur enveloppe. — Kystes dont les filaments bactériens sont nettement visibles : 1, 2, 5, 4. — Kystes décomposés dont les touffes bactériennes extrêmement fines forment des kystes zoog-lées : 5, 6.
tenu qui font office de nucléoles — forme le noyau, et la membrane même du kyste compose le protoplasma de la cellule. On a alors sous les yeux, suivant l’épaisseur et la composition de cette membrane, suivant son aspect dense, kératinisé, hyalin, colloïde, les cellules décrites sous le nom de cellules à protoplasma homogène, à protoplasma clair, cellules à corps cellulaire hyperplasique, cellules à capsules hyalines, cellules hydropiques, cellules indifférenciées, cellules cartilagineuses, cellules colloïdes sphériques, isolées ou cohérentes. Les blocs informes compacts, « blocs colloïdes sans noyaux », que constituent ces dernières, sont des kystes composés.
Mais que ces kystes soient entourés de la zooglée dans laquelle ils se sont formés et simulent des noyaux, qu’ils composent à eux seuls la cellule
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tout entière, leur évolution est la même. La membrane éclate, disparaît, la touffe bactérienne que contenait le kyste s’étale sous forme d’une masse finement granuleuse ou plus ou moins filamenteuse, rayonnée et sur celte masse protoplasmique naissent des kystes jeunes.
Ce processus est particulièrement net dans la figure 69. Il apparaît
ig. 70. — - Culture dans le bouillon de peau. Petits kystes bactériens de toutes dimensions formés sur les touffes bactériennes finement filamenteuses constituant le protoplasme.
aussi dans les figures 68, 70, 71, 72. Ces petits kystes de nouvelle formation simulent des noyaux et composent alors sur place avec le protoplasme qui les entoure, la cellule cancéreuse à noyaux multiples, la cellule cancéreuse atypique des histologistes, la cellule cancéreuse typique, au contraire, suivant moi, avec toutes ses modalités. On s’explique ainsi « ces divisions cellulaires incomplètes et successives dans lesquelles les noyaux seuls se divisent et se multiplient dans la cellule, tandis que le protoplasma s’accroît sans se diviser » (Cornil).
Lorsque ces pseudo-noyaux, ces petits kystes secondaires accomplissent, à leur tour, leur évolution : ce sont alors « des cellules filles et non plus des noyaux qui s’accumulent dans une seule cellule mère » (Ménétrier). Ce sont les « formations endogènes » des histologistes. L’examen
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des cultures permet de se rendre compte de cette transformation et Ton constate aisément la métamorphose des « petites cellules rondes uninucléées » en « cellules épithéliomateuses multinucléées ». On s’aperçoit ainsi que sarcome et épithéliome constituent les étapes d’un même processus et l’on a l’explication de ces tumeurs mixtes aux-
I' ig. 71. — "Culture dans le bouillon de peau. Kystes de toutes dimensions formés sur les loulfes filamenteuses bactériennes provenant, la plupart, de kystes composés. A gauche, un kyste nettement circulaire.
quelles aboutit Ehrlich en partant du carcinome. Transformation évolutive dans les cultures, transformation involutive , régressive dans le fait crucial du savant allemand. Les deux termes d’une démonstration.
En résumé, les principaux types cellulaires caractéristiques des tumeurs dites épithéliales et conjonctives peuvent se rencontrer dans une même préparation. Les cultures sont mixtes — comme les tumeurs de ce nom.
Il est curieux de constater que c’est à la fois sous leur plus petit volume et sous leur forme la plus régulière, la forme sphérique vésiculeuseavec ou sans ouverture centrale circulaire que les kystes ont paru
AN
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laires. Ce sont eux qui constituent en majeure partie les « inclusions » énigmatiques le plus souvent signalées dans les travaux parus sur la pathogénie du cancer, inclusions qui ont donné lieu à des interprétations si diverses de la part des histogénistes et des parasitaires.
Ce sont les physalides de Virchow, les corps ronds de Nils Sjôbring,
I1 ig. 72. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes de dimensions variées formés sur les touffes bactériennes dont la composition filamenteuse est beaucoup plus nette que dans les figures précédentes (Leitz, Obj. immersion , ocul. 5).
Soudakewitch, Foa, Ru fier, Walter et Plimmer, Podwyssotzki, Sawtschenko (fig. 73). 11 est non moins intéressant de remarquer que si la plupart de ces auteurs étaient dans le vrai en attribuant à ces productions un caractère parasitaire, les histologistes, de leur côté, étaient aussi avisés en les rattachant au « noyau » même de la cellule cancéreuse. Les uns et les autres détenaient une part de vérité.
Dans les tumeurs comme dans les cultures, la disposition des kystes bactériens est sous la dépendance de la disposition même des zooglées qui les ont formés.
Tantôt ils sont groupés sans ordre apparent : Dans ces associations pléomorphes, les kystes composants accomplissent l’évolution décrite
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plus haut, formant de nouvelles zooglées, de nouveaux kystes qui, à leur tour, produiront des kystes de troisième formation. Il en résultera, en dernière analyse, des amas de cellules cancéreuses, des lobules d epi-
l'io. 75. — Éléments cellulaires des cultures répondant à quelques « inclusions ». 1, 2, 3, i, 5: kystes plus ou moins sphériques munis ou non d’une ouverture circulaire. (3, 7. N : kystes vésiculeux d'aspect colloïde. 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 : kystes se décomposant, à des stades dillércnls, en leurs loull'es lilamentcuscs bactériennes. 13, 14 : kystes contenant un pigment mélanique.
théliome ayant, au début, la configuration même du groupement primitif.
Ce sont des groupes de kystes bactériens cohérents (pic représentent ces réunions de cellules kératinisées d’apparence cireuse ou cornée — — kystes à l’état de vie latente ou ralentie — entourées de cellules claires disposées concentriquement et qui ont reçu jusqu’ici le nom de globes épidermiques, productions comparables aux sclérotcs, dont les
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éléments, grâce à l’épaisseur de leur enveloppe, peuvent conserver longtemps leurs facultés germinatives et germent au retour des circonstances favorables.
Tantôt les kystes sont symétriquement ordonnés, forment des kystes composés construits sur un plan régulier.
Ce sont. ces kystes composés qui constituent successivement l’aclé-
Fig. 74. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes et touffes bactériens à divers élats d’évolution. A droite, kyste composé volumineux dont les cellules composantes se résolvent en leurs touffes filamenteuses bactériennes sur lesquelles se forment des zooglécs et de nouveaux kystes.
nome, l’épitliéliome cylindrique, l’épithéliome pavimenteux. Ces trois formations sont l’expression même de leur évolution.
L’adénome correspond à la phase initiale dans laquelle les kystes composants serrés les uns contre les autres et symétriquement rangés en couronne, en groupement aciniforme et encore revêtus de leur enveloppe, apparaissent ovoïdes, cubiques, pyramidaux, caliciformes; l’épithéliome cylindrique à celle où les kystes se décomposent en tubes bactériens (fig. 74, 77) élaborant en file des zooglées et des kystes (fig. 75) de nouvelle formation qui simulent les « noyaux chromatiques, hypertrophiques, segmentés en noyaux secondaires », les « végétations
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bourgeonnantes » décrits par les histologistes. Les tubes se gélifiant, la cavité entière du kyste se remplit de ces productions qui, libres et évoluant selon le mode exposé dans la partie botanique, deviendront autant de « cellules cancéreuses ». Suivant que le kyste composé primitif était arrondi ou bourgeonnant, anastomosé, plus ou moins ramifié, on
Fig. 75. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes bactériens composés dont l’un, à droite, montre encore des vestiges des tubes bactériens qu'il contenait, l’autre, à gauche, est remplacé en totalité par de petits kystes de nouvelle formation.
aura ainsi des lobules (fig. 79) ou des tubulures de morphologie variable.
Ces amas iront sans cesse en augmentant de volume par suite de l'accroissement et de l’évolution ultérieure des kystes jeunes qui se détacheront de la masse, repulluleront sur place et généraliseront ainsi l’infection.
Adénome, épithéliome cylindrique, épithéliomc pavimenteux, représentent donc les phases d’une simple évolution botanique, les trois étapes d’un même processus. On a ainsi l’explication de la gradation constatée depuis longtemps par les histologistes entre ces types néoplasiques.
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Les touffes filamenteuses bactériennes qui se forment dans les kystes et qui apparaissent, en partie ou en totalité, à mesure que la membrane se déchire, ont donné lieu, suivant leurs formes et leurs dimensions, aux interprétations les plus diverses. Ce sont elles qui composent les « arborescences », le « chevelu » des noyaux des cellules cancéreuses, les
l i ;. 7(>. — Culture dans le bouillon de peau. Kystes de diverses dimensions groupés en larges bandes <|ui cireonscrivenl des espaces dans lesquels on aperçoit des touffes filamenteuses bactériennes à divers états dévolution. Plusieurs se gélifient ou se fragmentent et forment des zooglées et des kystes jeunes.
radiations symétriques du protoplasma, les altérations cellulaires qui ont évoqué l’idée de cellules ovulaires, d’œufs amœboïdes de spongiaires. Ce sont ces tubes qui constituent les bâtonnets chromatiques de la karyokinèse observée dans certaines cellules cancéreuses (fig. 08), bâtonnets qui, d’après les histologistes eux-mêmes, diffèrent de ce que 1 on est habitué de voir normalement dans ce mode de division. Fabre Domergue fait remarquer, à ce propos, que ces bâtonnets sont « droits, courts, légèrement fusiformes, orientés vers un centre commun ». C’est la forme, l’orientation même des tubes que j’ai décrits.
Lorsque plusieurs petits kystes formant un kyste composé épanouis-
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sent à la fois leurs touffes bactériennes, on dit qu’il y a division b i - tri-mul ti p o 1 a i rc .
Ce sont ces filaments qui, perçant les membranes, forment les filaments d’union de cellules en cellules, les tubes radiés du « péril béliome » qui ne diffèrent des tubes de l’épithéliome que par leur orien-
Fig. 77. — - Culture dans le bouillon de peau. Traînées de bactéries et de kystes jeunes circonscrivanl des alvéoles qui contiennent des touffes bactériennes sur lesquelles se forment des zooglées et de nouveaux kystes bactériens.
tation excentrique. Ce sont enfin les « inclusions radiées », si bien décrites par Soudakewitcb, Foa et d’autres auteurs (lige 75). Nous avons enfin vu que les touffes filamenteuses bactériennes composent à elles seules le protoplasma même de la cellule cancéreuse.
Les longs filaments bactériens formés dans les pellicules à la surface des cultures, ne sauraient être distingués des filaments qui composent le stroma adventice pseudo-conjonctif des tumeurs (lig. 54, 55, 50, 57, 58). Les kystes fusiformes ne diffèrent en rien des petites et grandes cellules fusiformes néoplasiques; les filaments bactériens qui traversent ces kystes (fig. 60, 61 , 62, 65, 64, 65) offrent la même structure, la même disposition que les filaments grêles, allongés dans le sens du grand
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diamètre, d’un pôle à l’autre, que l’on remarque dans la cellule fusiforme. Cette dernière ne dérive donc pas plus de la cellule conjonctive normale que la cellule cancéreuse de la cellule épithéliale. C’est le kyste bactérien arrondi ou irrégulièrement arrondi dans le premier cas, fusiforme dans le second. Leur évolution est la même.
Fig. 78. — Culture en surface dans le bouillon de peau. Faisceaux bactériens dans lesquels se forment des zooglées et des kystes jeunes. Kystes de diverses grandeurs.
Oue les filaments bactériens, grêles, filiformes, se réunissent et s’allongent en faisceaux d’aspect fîbrillaire, qu’ils forment des traînées, des files de kystes fusiformes, allant du diamètre de la fine cellule conjonctive à celui de la grande cellule fusiforme, qu’ils s’associent pour former des faisceaux plus compacts (fig. 50, 60, 61, 66, 78), que ces faisceaux soient nus ou s’entourent d’une gaine commune, qu’ils aient une orientation rectiligne ou qu’ils forment des tourbillons, qu’ils s’entre-croisent dans un fouillis inextricable, un feutrage serré, qu’ils composent d’épaisses travées s’anastomosant et circonscrivant des lacunes irrégulières, qu’ils fabriquent une trame alvéolaire (fig. 79) dans laquelle s’élaborent et évoluent des kystes de nouvelle formation, toutes ces modalités sont la représentation exacte des modalités
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mêmes que présente le stroma adventice pseudo-conjonctif non seulement des cancers de la série conjonctive mais des cancers épithéliaux, modalités qui servent à caractériser en grande partie, les innombrables variétés néoplasiques, depuis le simple fibrome jusqu’à l’envahissant
Fig. 79. — Culture en surface dans le bouillon de peau. Alvéoles dans lesquels les touffes bactériennes en partie disparues ont formé des zooglécs et des kystes jeunes. Faisceaux et traînées bactériens circonscrivant les alvéoles. Au centre de la figure, petit espace contenant une touffe bactérienne et autour duquel s’ordonnent sur un seul rang de petits kystes cylindriques reliés par un court pédicule aux branches bactériennes environnantes.
et destructeur « fibrome alvéolaire » pour me servir d’une expression de Cornil et Ranvier.
Les faits que je viens d’exposer démontrent que l’on est en présence d’un micro-organisme particulièrement apte à usurper dans les tumeurs les apparences des éléments avec lesquels il a été jusqu’ici confondu. Il ne s’agit donc pas dans le cancer d’une auto-infection par des cellules tissulaires déviées de leurs fonctions et devenues pathogènes. 11 ne s’agit pas non plus d’un processus inflammatoire, d’une multiplication indéfinie des éléments cellulaires normaux sous l’influence d’un agent virulent et toxique.
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Il s’agit d’un organisme végétal qui s’introduit, s’implante dans l’organisme animal et qui, par une sorte de mimétisme, revêt les différents aspects des cellules tissulaires, cellules aux dépens desquelles il vit et auxquelles il se substitue.
Ce 11e sont pas les éléments autochtones qui prolifèrent, ce sont les cellules végétales qui se multiplient, envahissent, détruisent les éléments normaux.
C’est bien une infection, mais une infection qui diffère des infections actuellement connues, du moins dans le règne animal.
Dans le règne végétal, comme je l’ai fait remarquer ailleurs, les exemples de ces confusions dans lesquelles des cellules parasitaires ont été prises pour les cellules de l’hôte ne sont pas rares et sont bien connues des botanistes, c’est ainsi que dans la hernie du chou, il est à peu près impossible, au commencement, de distinguer dans une cellule le plasmodium parasite du plasma normal de la plante nourricière, c’est ainsi que chez les Saprolégniées, des Chytridinécs parasites ont été prises pendant longtemps pour les organes de la plante nourricière et décrites comme tels, etc.
Dans le cancer, l’erreur commise s'explique d’autant mieux que les différents extraits d’organes ajoutés aux milieux de culture de l’agent pathogène semblent lui imprimer un cachet particulier et cette déclaration de principe émise par Ménétrier : « il n’y a pas des cancers cylindriques, des cancers pavimenteux, des cancers glandulaires, mais bien des cancers épidermiques, des cancers hépatiques, des cancers biliaires, gastriques, etc.... » cette vue propre à l’auteur pourrait être interprétée dans ce sens que le parasite règle son évolution, modifie ses formes suivant la composition chimique particulière des organes qu’il envahit.
Il convient même de se demander dès maintenant si le cancer constitue un fait unique de ces confusions en pathologie humaine et si les affections rangées sous le nom d’épithélioses ne donneront pas lieu à de semblable s c o n s ta ta t i on s .
Le micro-organisme que j’ai essayé de décrire est-il l’unique parasite du cancer, du cancer compris dans la large acception que lui donne M énétrier? Quoique étant parti pour ce travail, comme je l’ai dit en commençant, d’une seule et même semence, j’ai pratiqué d’autres ensemencements et ai obtenu des cultures des néoplasmes les plus variés. Je 11e puis cependant être affirmatif sur cette question de l’unité du germe car, pour nombre de ces ensemencements, je n’étais pas encore arrivé à la formule définitive du milieu et le développement n’a pas été suffisant. Mon impression, cependant, est que les cultures actuelles renferment les éléments nécessaires à la constitution des diverses variétés néoplasiques et que, si dans les tumeurs il n’y a pas unité absolue, il n’y a pas non plus de micro-organismes de nature différente; tout au plus pourrait-on avoir affaire à une espèce non homogène formée par une série de souches très voisines. C’est, je le répète, une simple impression.
MORPHOLOGIE COMPARÉE
Il est possible que je me trompe au point de vue de la classification; il est certain, d’autre part, que le parallèle ébauché entre les éléments cellulaires des cultures et les éléments néoplasiques est fort incomplet, laisse beaucoup à désirer, mais, qu’il s’agisse d’une bactériacée, qu’un développement ultérieur plus parfait, insoupçonné, arrive à placer ce micro-organisme parmi les fungi imper fecti ou l’élève au rang des ascomycètes dont il évoque vaguement à l’esprit les fructifications, que l’on découvre même une symbiose, il est une chose qui ne pourra, je pense, m’être contestée dans l'histoire de l’agent du cancer, c’est d’avoir trouvé son milieu de culture, de l’avoir fait germer, de l’avoir amené à un développement tel que son assimilation avec les éléments cellulaires des tumeurs s’impose d’elle-même à la lecture des préparations, rendant ainsi à la rigueur l’expérimentation superflue. La nature végétale du cancer et son caractère d’organisme parasite ressortent nettement, en effet, de l’examen même des cultures.
Paris, le 12 juillet 1909.
D1 M. B ra.