‹ Culture pratique du caféier: et préparation du caféChapitre 28 sur 31 · LE COFFEA ARABICA A MADAGASCAR · texte numérisé non relu

LE COFFEA ARABICA A MADAGASCAR

Importance actuelle de cette culture Son avenir. — Utilité de faire des essais sérieux

Rôle de radministration

Il est difficile, impossible même, de connaître Tépoque d'introduction du caféier à petites feuilles à Madagascar. Il paraît cependent certain que les malgaches le connaissent depuis longtemps, puisqu'il existait avant Toccupation française sur toute la Côte Est, dans tout TEmyrue et le Betsileo.

La culture en grand de cette essence a été tentée aux environs de Mananjary, Vatomandry et Mahanoro il y a une cinquantaine d'années. Il existe encore dans plusieurs villages de ces provinces, des groupes de caféiers qui datent certainement de cette époque déjà lointaine.

Si Ton en croit des personnes établies depuis longtemps dans le pays, la culture du caféier d'Arabie a eu une réelle importance à Mananjary, Mahanoro et Vatomandry, jusqu'en 1873, date de l'apparition de THemileia vastatrix.

Ce redoutable parasite a en quelques années, anéanti les plantations existantes, de sorte qu'il ne reste plus actuellement qu'un souvenir confus de ces intéressantes tentatives.

D'après des témoignages sérieux, il existe dans plusieurs villages des provinces de Maroantsetrea et de Vohémar, de petites plantations de caféiers qui permettent de supposer qu'il a été fait, à une époque donnée, des tentatives de cultures dans le Nord-Est de l'fle.

On sait très bien que la culture du caféier d'Arabie a eu sa période de prospérité à Nossi-Bé ; les planteurs de cette île l'ont abandonnée pendant une assez longue suite d'années, probablement à cause des dégâts occasionnés par THemileia vastatrix. Il est à remarquer que maintenant les plantations de caféiers à petites feuilles semblent en voie de reprise à Nossi-Bé.

Dans le centre de Madagascar, le seul essai sérieux qui semble avoir été fait avant roccupation, est celui tenté à Ivato par M. Rigaud.

On trouve bien à Sabotsy et à Moramanga des vestiges de cultures de Cioffea Arabica dues à Tinitiative du Gouvernement ho va, mais il ne paraît pas que ces tentatives aient pris une grande importance.

Le caféier d'Arabie est connu de tous les malgaches du centre ; il n'y a pas beaucoup de villages en Emyrne qui n'en possèdent quelques pieds. Il en est de même aux environs de Fianarantsoa.

Depuis loccupation de Madagascar par la France, le caféier d'Arabie a donné lieu, sur divers points de l'île, à des tentatives de culture dont plusieurs ont été faites sur une assez grande échelle.

Au Nord, à la montagne d'Ambre, plusieurs colons ont planté et plantent encore des caféiers ; il ne semble pas que dans cette région les résultats obtenus soient bien brillants ; ils peuvent même être considérés comme négatifs.

Dans le centre, à Fianarantsoa, des tentatives de culture très importantes ont conduit rapidement à des échecs retentissants.

Aux environs de Tananarive, dans la vallée de Sabotsy, les planteurs de caféiers n'ont pas été plus heureux.

Deux planteurs sont établis dans le Sud-Est de Tîle. L'un d'eux a pour ainsi dire abandonné sa plantation, l'autre lutte encore, mais il ne semble pas que malgré l'emploi de fumures considérables ses laborieux efforts puissent conduire à des résultats pratiques satisfaisants.

La direction de l'agriculture a tenté la culture du caféier d'Arabie dans ses trois stations de la côte Est, et au jardin d'essais de Nanisana. Les tentatives faites sur le littoral ont échoué complètement ; à Tamatave et à Mananjary, avant l'âge de deux ans les plants ont disparu, tués par l'Hemileia.

L'essai tenté à Tananarive a été commencé par mes soins en 1900, alors que je dirigeais par intérim la station ; quand j'ai quitté l'Emyrne, à la fin de 1901, la plupart de mes élèves étaient en assez mauvais état, je ne sais ce qu'ils sont devenus depuis.

En somme, on peut dire que, Nossi-Bé * étant mis à part, la

1. D'informations récentes il résulte que les espérances des planteurs de CofTea arabica de Nossi-Bé ne se réalisent pas.

culture du caféier à petites feuilles n'existe plus actuellement à Madagascar.

On ne peut, en effet, pas considérer comme des cultures régulières celles que font les indigènes dans les ordures de leurs villages, et qui ne comportent toujours qu un nombre très restreint de sujets.

Les essais entrepris partout ont conduit à des résultats négatifs. Faut-il en conclure que la culture du caféier d'Arabie doit être considérée comme impossible à Madagascar ? Je ne le crois pas ; je suis convaincu, au contraire, qu'elle pourrait sur un grand nombre de points de l'île, donner lieu à des tentatives plus heu reuses que celles qui ont été faites jusqu'à ce jour.

On peut même de ces insuccès tirer un précieux enseignement pour l'avenir ; il faut en rechercher les causes et Indiquer les moyens d'en éviter le retour. C'est ce que je veux essayer de faire rapidement dans les lignes suivantes.

Cause des insuccès. — En examinant même très superficiellement les choses^ on arrive à conclure que les mécomptes des planteurs de caféiers d'Arabie sont dus à des causes multiples.

J'ai déjà assez longuement parlé de cette question dans les chapitres, climat et sol de ce travail et j'ai dit que, à mon sens, les causes apparentes de ces insuccès étaient les suivantes :

1° Choix très mauvais du sol pour presque tous les essais.

2^ Choix souvent mauvais du climat.

3^ Installation des plantations dans des conditions d^exposition naturelle absolument défectueuses.

4** Insuffisance manifeste des abris contre les vents et le soleil. Le plus souvent ces abris ont fait totalement défaut.

Si on pousse la réflexion plus loin, si on veut remonter à l'origine des choses, ces causes d^insuccès, absolument locales, apparaissent nettement comme la résultante de l'état d'esprit spécial qui règne malheureusement dans le public français, et qui montre à tous les colonies et la colonisation sous un angle complètement faux.

Tant qu'on se figurera qu'il suffit de venir aux colonies pour faire fortune en quelques années : tant qu'on considérera que pour faire de l'agriculture coloniale il est inutile de posséder des connalsances pratiques spéciales pour chaque culture, connaissances

acquises non pas en France, mais bien dans les pays où on fait ces cultures, la colonisation agricole conduira forcément à des mécomptes comme ceux qui nous occupent.

Pas un propriétaire de France ne consentirait, j'en suis sûr, à nommer régisseur de ses propriétés un avocat, un médecin ou un architecte; cependant en France le nouveau régisseur pourrait, s'il était tant soit peu observateur, s'aider beaucoup des choses vues chez ses voisins plus expérimentés ; il disposerait de plus d une main-d'œuvre experte et sérieuse, capable de racheter son inexpérience, dans une large mesure.

Aux colonies où tout est à faire, où le plus souvent on a aucun exemple que l'on puisse suivre, où on dispose d'ouvriers indisciplinés, paresseux et incapables, tout le monde se croit apte à créer et à diriger des exploitations agricoles.

Les choses parlent assez d'elles-mêmes pour qu'il soit inutile d'insister davantage sur ce sujet, mais il est, je crois, de notre devoir, à nous qui avons en somme la mission d'étudier la valeur agricole réelle de Madagascar, d'attirer l'attention de ceux qui s'occupent de colonisation sur ces tentatives intéressantes mais malheureuses, pour les mettre en garde contre les enthousiasmes irréfléchis, conduisant à des échecs rapides, qui viennent jeter prématurément le discrédit sur tout un pays.

Régions de Madagascar convenant à la culture du caféier d'Arabie, — Je suis convaincu, ai-je dit, que la culture du caféier d'Arabie pourrait donner lieu à des essais plus heureux. Je veux attirer l'attention sur les parties de Madagascar qui me paraissent devoir convenir à cette plante.

A. Le Centre, — En écrivant « le centre », je veux désigner toute la partie dénudée de l'Emyrne, du Betsileo et du pays Sihanaka.

La question pour ces régions doit, je crois, être envisagée à deux points de vue:

1® Culture du caféier par les Européens dans le centre de Madagascar, — Au risque de me faire une fois de plus traiter de pessimiste, je répéterai ici ce que j'ai déjà dit dans les deux rapports sommaires adressés pendant ma mission au Gouvernement Général : la culture du caféier me semble , économiquement parlant^ impossible pour les Européens dans le centre de Madagascar,

Naturellement je veux parler de plantations importantes, comprenant une quantité suffisante de caféiers pour faire vivre largement ceux qui les cultiveraient.

Si le climat de presque toute la région centrale semble convenir au caféier, il est au contraire certain que les terres dénudées et arides de ce pays ne se prêtent absolument pas à cette culture.

Il y a exception, à mon avis, pour les régions volcaniques de Betafo, Antsirabe, Soavinandriana et de quelques points avoisinant le lac Alaotra.

En 1901, à la suite de la tournée que j'ai accomplie dans le centre, pourla sériciculture, j'ai tout particulièrement appelé l'attention de M. le Directeur de l'Agriculture sur l'importance que la région de Betafo me semblait présenter au point de vue de cette industrie, à cause de la fertilité de son sol et des facilités qu'on y rencontre pour irriguer. Je crois que si quelques Européens voulaient, malgré tout, tenter la culture du caféier à petites feuilles dans le centre, c'est dans cette région qu'ils am^aient le plus de chances de réussite.

Il reste entendu que toutes les précautions indiquées dans le cours de ce travail seraient prises. Les abris contre les vents surtout devront être l'objet des plus grands soins ; s'ils ne sont pas établis dans de bonnes conditions, les cultures de caféiers seront vouées à un insuccès certain.

Betafo se trouve, je crois, à environ 1.300 mètres d'altitude ; il semble que cette élévation au-dessus du niveau de la mer est un maximum qu'il ne faudrait pas dépasser. Plus haut, il est probable que le caféier souffrirait du froid. Je sais bien que si j'avais à installer une caféière dans la région de Betafo, je chercherais à la placer dans un endroit abrité naturellement et exposé au Nord- Ouest, pour qu'elle reçoive le plus de chaleur possible.

2° Culture du caféier d'Arabie dans le Centre par les indigènes, — Si je pense que l'Européen ne peut pas cultiver le caféier dans le centre de Madagascar, je suis convaincu au contraire que l'administration ne saurait faire trop de sacrifices pour pousser les indigènes à cultiver cette plante. Chaque malgache d'Emyrne trouverait facilement à proximité de son village des terrains suffisamment abrités, qu'il pourrait fertiliser sans peine pour cultiver dans de bonnes conditions quelques dizaines de caféiers. Dans les

régions les plus fertiles et particulièrement dans les régions volcaniques d'Antsirabe, de Betafo, de Soavinandriana etc., les malgaches poiu*raient établir sans difficultés de véritables petites plantations de caféiers.

Je me permets d'attirer tout spécialement l'attention de l'Administration supérieure sur cette cpiestion. Il y a, à mon humble avis, un intérêt indiscutable à pousser les Malgaches à s'occuper du caféier. Cette plante peut dans le centre, où elle résiste sans peine à Themileia, procurer une source de revenu très appréciable aux populations indigènes.

Qu'im Malgache plante par exemple 100 caféiers et qu'il les entretienne dans de bonnes conditions, lorsqu'ils arriveront à l'âge de six ans, ils lui rapporteront certainement de 80 à 100 francs de bénéfice net. Je crois pouvoir affirmer qu'il n y a pas pour le centre, une culture capable de donner aux indigènes des bénéfices aussi sérieux. Le café présente, en outre, lorsqu'il est cultivé en petit, l'avantage de ne nécessiter aucune installation spéciale. Les cerises, une fois cueillies, sont étendues sur des nattes; quand elles sont sèches on les décortique dans un mortier à riz et les grains peuvent être vendus de suite.

Il y aurait intérêt à ce que le Gouvernement de la colonie accorde à la culture du caféier des encouragements de même nature que ceux consentis à la culture du mûrier.

Ces encouragements consistent en conseils techniques donnés gratuitement par les agents de la Direction de l'agriculture, en primes attribuées aux planteurs les plus intelligents et les plus soigneux, et en plants distribués par les stations d'essais et les jardins des postes.

La Direction de l'Enseignement pourrait par Tentremise de ses instituteurs, aider beaucoup à la vulgarisation de la culture du caféier dans le centre de Madagascar.

B. Culture du caféier dans les régions forestières. 1^ A la, montagne d'Ambre, — Cette partie de Tîle avait dès le début attiré l'attention des personnes désireuses de tenter la culture du caféier d'Arabie. J'ai dit précédemment que les résultats obtenus jusqu'à présent n'étaient pas heureux. Je continue cependant à penser que c'est principalement dans le massif de la montagne d'Ambre que le caféier d'Arabie a des chances de réussir et de pouvoir être cultivé en grand.

Il semble certain, d'après ce qu'à écrit M. Deslandes dans son rapport détournée de la fin de 1902, que presque toutes les cultures de caféiers d'Arabie tentées dans la région de Diégo-Suarez ont été établies dans de mauvaises conditions.

C'est à la place de la forêt qu'il faudrait cultiver le caféier à la montagne d'Ambre. En le plantant sur un sol de forêt, en l'abritant soigneusement des vents, il est certain, pour moi, qu'il réussirait.

La sécheresse relative qui caractérise le climat du Nord de l'île permettrait certainement au Goflfea Arabica, planté dans un sol volcanique fertile, de résister facilement aux attaques de l'hemileia vastatrix.

Il semble qu'aux environs de Diégo-Suarez (12** de latitude sud) les cultures de caféiers à petites feuilles devraient s'étager entre 600 et 1.800 mètres d'altitude ; l'altitude optimum, dans cette région, serait comprise entre les cotes 1000 et 1300.

Dans les hauteurs de la montagne d'Ambre le climat est très salubre, la fièvre est pour ainsi dire inconnue ; nul doute, par conséquent, que l'Européen puisse y vivre plus facilement que sur beaucoup d'autres points de Tîle et s'y livrer sans difficulté à un travail suivi et rémunérateur. Enfin, je me permets de me placer à im point de vue différent et de signaler à l'administration supérieure l'intérêt indiscutable qu'il y aurait à créer non loin de Diégo- Suarez, un centre de population européenne pour appuyer, en cas de besoin, le port de guerre qui doit abriter la flotte de l'Océan Indien.

2*> Culture du caféier dans la région forestière du versant Est. — Si je n'envisageais que les facteurs sols et climat, je n'hésiterais pas h dire que toute la bande de forêt qui s'étend sur le versant oriental du nord au sud de l'île, est propre à la cidture du caféier d'Arabie.

Je suis cependant obligé d'apporter quelques restrictions à cette appréciation par suite de la présence de l'hemileia vastatrix dans la colonie. Je crois cependant qu'en plaçant les plantations à des altitudes suffisantes, on pourrait sans trop de difficulté lutter contre ce cryptogame et produire du café dans des conditions avantageuses .

Sous la latitude de Tamatave (18°) le caféier à petites feuilles

pourrait sans inconvénient être cultivé jusqu'à 1400 mètres d'altitude, c'est entre les cotes 800 et 1200 qu'il donnerait presque sûrement les meilleurs résultats.

Sous la latitude de Farafangana (23® Sud) je crois qu'il ne faudrait pas dépasser 700 mètres d'altitude et ne pas descendre audessous de SOO.

Dans toute la région forestière de TEst, dont le sol est granitique et présente des analogies frappantes avec celui de la région de Campinas, les plantations ne devront être établies que dans les terres saines, sur les flancs des collines ; les fonds de vallées ne peuvent certainement pas convenir.

Enfin, qu'on se rappelle ce que j'ai écrit au chapitre sol: il ne faudra choisir, pour installer les caféières, que les parties de la forêt ou l'on rencontrera en grand nombre de beaux et vigoureux arbres.

Je ne connais pas assez le versant ouest pour conseiller ou déconseiller d'y tenter la culture du caféier d'Arabie ; on devra, en tout cas, éviter de le planter dans des terrains très calcaires.

A Nossi-Bé, il existerait actuellement, d'après des données officielles, 100.000 caféiers à petites feuilles en place. J'ai eu l'occasion de parler de cette culture avec un planteur de l'île, il semble que les plantations donnent de bonnes espérances. Si elles réusissent, on aura la certitude que sur un terrain fertile, le caféier d'Arabie peut résister à Themileia, même dans un climat très humide.

Ulililé de faire de nouveaux essais. — Rôle de V Administration, — Tout ce que je viens de dire au sujet de la possibilité de cultiver le Golfea Arabica à Madagascar, n'implique pas que je conseille à nos compatriotes de venir en foule dans l'île pour s'y livrer à l'exploitation de cette plante.

Mes appréciations ne reposent que sur des probabilités; elles résultent des déductions tirées des observations personnelles que j'ai faites depuis plusieurs années, mais elles ne s'appuient pas sur des faits précis, sur des expériences concluantes, par conséquent elles n'ont de valeur qu'à titre d'indication ; elles s'adressent à ceux qui désirent, de leur propre initiative, se livrer à la culture du caféier à Madagascar.

A mon avis, il faudrait que l'Administration prenne à son compte

les premières expériences et qu'elle les dirige dans un sens absolument pratique.

Le Jardin Colonial a introduit à Madagascar une superbe collection de caféiers. Nous possédons maintenant grâce aux libéralités de cet établissement presque toutes les espèces et variétés intéressantes de cette plante.

Les exemplaires qui nous viennent de Paris sont forcément reçus à la station d'essais de Tlvoloina, où ils ne rencontrent certainement ni le sol ni le climat qui leur conviennent.

En dépit des soins attentifs que nous leur prodiguons, malgré les fumures copieuses et fréquentes que nous leur donnons, il est impossible de les faire vivre dans des conditions satisfaisantes.

A mon humble avis, il faudrait que sans retard le Gouvernement de la Colonie, dont la sollicitude pour toutes les questions agricoles est bien connue, se décide à créer au moins deux plantations modèles pour l'étude de la culture pratique du caféier à petites feuilles.

La France consomme annuellement environ 90.000 tonnes de café valant au moins 150.000.000 de francs; ses colonies lui envoient à peine 800 tonnes, tout le reste lui est fourni par les pays étrangers ; il est indiscutable que les colonies françaises ont intérêt à faire tout pour développer la culture du caféier d'Arabie chez elles. Du reste, les plantations dont je parle n'entraîneraient pas des dépenses considérables ; un seul agent européen, secondé par un bon commandeur hova, pourrait en assurer la direction, à la condition naturellement que la principale occupation de cet agent resterait bien certainement la culture du caféier, et qu'il ne serait pas détourné de sa mission par des travaux accessoires (pépinières, préparation de collection, etc., etc.)

L'une de ces stations devrait être installée à la montagne d'Ambre, Vautre dans la région forestière traversée par le chemin de fer.

Le choix des emplacements devrait être l'objet des plus grands soins, et n'être arrêté qu'après une étude approfondie de la région.

La plantation officielle, pour rendre de réels services, devrait être installée dans un endroit où on aurait reconnu que la culture du caféier peut s'étendre et donner lieu à un groupement important de plantations.

Le directeur de la plantation, duquel on devrait exiger de solides

connaissances pratiques, instruit par les tâtonnements du début, deviendrait par la suite un guide précieux pour tous les nouveaux colons, parmi lesquels, il ne faut pas se faire d'illusion à cet égard, les profanes en agriculture seront longtemps encore légion.

En un mot, si le Gouvernement de la colonie voulait, à la suite de la mission qu'il m'a confiée, me permettre d'émettre un avis, je conseillerais la création de centres de colonisation dont l'organisation sérieusement étudiée et la direction technique incomberaient à l'administration, dans la limite permise par le respect dû à la liberté individuelle des citoyens.

La création de centres de colonisation aurait des avantages incontestables. Si dans une région donnée de l'île il se formait, sous l'impulsion administrative, un groupe important d'exploitations agricoles, le Gouvernement pourrait leur venir en aide d une façon très efficace en créant l'outillage économique (voies de communication, écoles, réseau téléphonique etc. etc.) indispensable à la vie de toute agglomération humaine pensante.

Si au contraire on laisse les colons s'installer là où ils veulent, créer des plantations dans des endroits isolés, loin des centres organisés, le concours administratif ne peut plus guère se traduire que par une bienveillance toute platonique. Il ne viendra, j'en suis bien sûr, à l'idée de personne de penser que l'administration doit ouvrir une route, créer une école, installer une ligne téléphonique, pour desservir deux ou trois plantations situées dans une vallée de rivière à plusieurs kilomètres l'une de l'autre ; non seulement elle ne le doit pas, mais elle ne le peut pas.

On m'objectera que l'administration n'a pas le pouvoir de forcer les colons à s'installer dans une région plutôt que dans une autre, cela est très vrai ; mais si nous n'avons pas le droit d'empêcher les gens de se ruiner comme ils l'entendent et où ils veulent, nous avons le devoir, je crois, de les aider de nos conseils, de les mettre en garde contre leur propre inexpérience et de les dissuader de se lancer dans des entreprises mort-nées, qui jettent le discrédit sur tout le pays.

Sans doute, pour que l'intervention administrative puisse se produire dans le sens que j'indique, il ne faudrait pas que la distribution d'avis et de conseils officiels se fasse à la légère.

Il faudrait que les personnes chargées de donner ces avis et ces conseils, auxquelles incomberait la mission de diriger les bonnes

volontés inexpérimentées, offrent une probité technique au-dessus de tout soupçon et des connaissances pratiques solides acquises sur le terrain.

Il me semble qu'un agent sérieux, disposant d'une bonne instruction professionnelle générale, placé à la tête d une plantation dressais, acquerrait vite le doigté nécessaire pour conduire convenablement la culture dont l'étude lui aurait été confiée. Pour peu que cet agent jouisse d'une certaine indépendance technique et qu'il sache bien que son avancement ne sera pas menacé parce qu'il dira toute sa pensée au sujet de la réussite probable ou improbable des cultures qu'il étudie, il serait vite apte à diriger utilement des tentatives sérieuses de colonisation agricole.

Enfin, il faudrait, à mon sens, que les agents chargés des essais en grand, sachent bien qu'ils ne doivent pas se contenter de les conduire au point de vue technique pur, mais qu'ils doivent au contraire se livrer d'une façon méthodique et réfléchie à l'étude économique de toutes les questions agricoles qu'ils ont à traiter pour que leurs avis puissent avoir une valeur pratique indiscutable.

Si on néglige le côté i'*conomique des questions agricoles les expériences qu'on entreprend n'ont plus qu'une valeur scientifique pure ; elles ne répondent pas, je crois, aux besoins des colonies nouvelles dans lesquelles il n'existe pas de traditions agricoles.

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