‹ Culture pratique du caféier: et préparation du caféChapitre 27 sur 31 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Maladies et insectes s'attaquant au caféier.

Le Coffea arabica est probablement la plante économique tropicale qui a été la plus éprouvée par les maladies cryptogamiques et les insectes.

Toutes les parties du caféier ont leurs ennemis, mais la maladie qui a causé le plus de préjudice aux plantations est sans contredit THoiiLEiA VASTATRix ; c*est par Tétude sommaire de cette affection que je commencerai.

Hemileia vastatrix, — L'Hemileia vastatrix est un champignon de la famille des Urédinées qui vit dans les tissus des feuilles du caféier.

Ce cryptogame fut découvert en 1868 à Ceylan; on sait que depuis cette époque la culture du Coffea arabica a presque disparu de cette colonie anglaise.

Le champignon s'est malheureusement considérablement répandu et actuellement tous les pays baignés par TOcéan Indien sont contaminés.

A Madagascar ce redoutable fléau existerait depuis 1872 ou 1873 ; il aurait été introduit dans la colonie par un planteur de Ceylan venu pour étudier les cultures de caféiers qui existaient alors dans les régions de Mananjary, Mahanoro, Vatomandry.

Le nom de ce planteur anglais ma été dit par plusieurs personnes habitant Madagascar depuis longtemps ; je lai malheureusement oublié.

Quelle que soit la personne ou la cause à laquelle nous soyons redevables de cette introduction, le cryptogame importé a trouvé dans le pays un milieu favorable à son développement, et il a détruit à peu près toutes les caféières existantes.

Il rend actuellement à peu près impossible la culture du caféier à petites feuilles sur le versant Est de Tile.

L'Hemileia, dont on a mis en doute l'existence à Madagascar jusqu'en 1896, est une maladie très facile à reconnaître.

11 produit des taches sur les feuilles. Au d/but, ces taches sont* très petites, et ne se voient guère que par transparence, les parties attaquées semblent tra slucides et comme tachées d*huile. Par la suite, les taches s'agrandissent ; lors(|u'elles ont quelques mi^imètres de laideur, la partie inférieure de la feuille correspondant à la tache se couvre d'un enduit pulvérulent, jaune clair d'abord, puis jaune orangé, qui s'attache facilement aux doigts ; il les teint en jaune à peu près comme le pollen des étamines de lis.

Cette poussière orangée n'est autre chose que les fructifications du champignon qui vit à Imtérieur du parenchyme de la feuille.

A la face supérieure de la feuille on ne remarque jamais de fructification, mais la partie correspondante de la tache se décolore, devient brunâtre, elle présente bientôt tout l'aspect d'une feuille morte.

Lorqu'elle atteint son plus grand développement la tache arrive a avoir un centimètre à un centimètre et demi de diamètre.

Si la feuille ne porte qu'une tache, le mal n'est pas grand ; mais, le plus souvent, lorsque l'attaque du champignon est violente, chaque feuille en porte un grand nombre, les taches voisines se touchent, se réunissent, une grande pariie du parenchyme est frappé de mort et la feuille tombe.

Le parasite se développe quelquefois avec assez d'intensité pour entraîner la chute de presque toutes les feuilles des caféiers.

Ceux-ci en reforment de nouvelles ; si les attaques se renouvellent souvent, il s'ensuit un épuisement rapide de l'arbuste, qui finit par mourir après avoir perdu la plus grande partie de ses branches.

Comme tous les champignons, l'Hemileia vastatrix demande pour se développer un milieu chaud et humide.

La côte Est de Madagascar lui offre par conséquent un champ d'action remarquable, l'humidité atmosphérique et la chaleur y étant toujours très grandes.

A Tamatave on trouve toute l'année des taches d'Hemileia vastatrix sur les feuilles des caféiers d'Arabie. Cept^ndant c'est à partir de la fin de mars, dans le courant d'avril et de mai que la maladie bat son plein. Il n'est pas rare à ce moment de trouver des feuilles de caféier dont la face inférieure est complètement

MALADIES ET INSKCTES s' ATTAQUANT AU CAFÉIER 155

recouverte de fructifications jaunes ; on n y voit plus de taches disHnctes, toutes se réunissent tant le développement du parasite est intense.

Sur tout le versant oriental le développement de THemileia se fait comme ^ Tamatave.

Dans le centre on ne trouve guère de traces du cryptogame de septembre à mars. A ce moment, la maladie apparaît, elle se développe avec intensité, mais les froids de mai 1 arrêtent à peu près complètement, de sorte que dans le centre de Madagascar, les caféiers supportent sans trop de préjudice les altaques de THemileia.

Dans les régions de l'Est plus sèches que Tamatave, Farafangana, par exemple, des brouillards intenses viennent en avril et mai, aggraver singulièrement le mal. en apportant chaque nuit une dose considérable d'humiaité au champignon.

J*ai dit déjà dans ce travail que selon moi, à cause de THemileia vastatrix, la culture du Coffea arabica est impossible à pratiquer économiquement sur la côte Est, je ne crois pas inutile de le répéter.

On m'objectera qu'il existe cependant près de certains villages de la côte Fst des groupements de caféiers à petites feuilles qui ont résisté jusqu'ici au parasite.

J'ai, en effet, au cours de ma dernière tournée sur la côte Est, eu Toccasion de rencontrer dans plusieurs villages des provinces de Farafangana et de Vatomandry, des petites plantations de Coffea arabica.

Je me suis bien gardé cependant de conclure que la présence de ces petits groupements permet de bien augurer des cultures qui pourront être tentées dans ces régions.

Si l'on étudie les conditions dans lesquelles ces caf»'iers se trouvent placés on se persuade sans peine qu'il e.st impossible de leur en fournir de semblables dans des plantations de quelque importance.

D'abord, dans tous les villages indigènes où j'ai vu des caféiers, j'ai remarqué que les arbustes sont très vieux, qu*ils ont été rabattus plusieurs fois; j'en ai conclu que certainement ils ont été plantés avant l'introduction de l'Hemileia à Madagascar. Lorsque la maladie a fait sa première apparition, les arbustes étaient forts et munis d'un système r;idiculaire puissant qui leur a permis de résister. Ils n'ont pas eu, au moment de leur jeunesse, à subir les attaques du parasite et c'est incontestablement dans les

premières années de leur vie que les caféiers peinent le plus à se défendre de ses attaques.

Ce qui me fortifie dans cette façon d'expliquer la présence de caféiers dans les villages de la côte Est, c'est que dans aucun je n*ai vu de plantations jeunes.

Enfin, ces petites plantations sont placées dans des conditions de sol tout à fait exceptionnelles, impossibles à réaliser ailleurs. Les ordures ménagères du village viennent renouveler sans ce^se la fertilité de ce sol. Malgré tout, il n'est pas douteux que les caféiers, même plantés dans ces conditions essentiellement favorables, souffrent de THemileia et il se peut fort bien que malgré leur apparence de vigueur, ils ne donnent pas d'abondantes récoltes.

Je ne m'attacherai pas à écrire ici la biologie de FHemileia vastatrix. Cette étude ne trouverait pas sa place dans ce travail qui doit, comme celui qui Ta écrit, rester dans le domaine de l'Agriculture pratique pour rendre quelques services.

Ceux qui voudront connaître dans ses détails la vie de ce champignon pourront se reporter au livre de M. Delacroix, Les maladies et les ennemis des caféiers.

Ce savant pathologiste traite, dans cet ouvrage, d'une façon magistrale et complète tout ce qui se rapporte aux maladies du CofTea arabica.

11 rentre dans le cadre de mon travail d'étudier les procédés de lutte contre ce redoutable fléau. C'est ce que je vais essayer de faire.

Dès l'apparition de la maladie les planteurs ont essayé de la combattre. On a conseillé tout d'abord l'emploi du soufre, des vapeurs d'acides sulfureux, des vapeurs d'acide phénique, de la décoction de jus de tabac, etc., etc.

Tous ces remèdes donnèrent des résultats plus ou moins satisfaisants ; aucun d'eux n'eut cependant une efficacité suffisante.

Aussi, dès que les propriétés des bouillies cupriques furent connues et que leur action incontestable sur le mildiou de la vigne ne fit plus de doute, on eut l'idée de les appliquer au traitement de l'Hemileia du caféier.

Ce sont, jusqu'à présent, les préparations cupriques qui ont donné les résultats les plus positifs et les plus satisfaisants dans la lutte contre ce champignon.

Reste à savoir si au point de vue économique, le traitement par les bouillies cupriques est possible.

 mon humble avis, si, dans les pays où la main-d'œuvre est bon marché et le climat sec, ce traitement parait être économiquement applicable, il ne Test pas du tout dans les contrées où les ouvriers sont chers et le climat humide.

A mon sens, l'emploi des bouillies cupriques n'aurait qu'une efficacité très relative à l'amatave.

11 faudrait, de plus, en faire des applications si souvent répétées que le remède serait probablement pire que le mal ; il serait trop coûteux pour être économiquement applicable.

M. Delacroix indique du reste que MM. Treub, Sadebeck et Semler n'accordent qu'une importance secondaire au traitement par les bouillies cupriques.

Sans vouloir déconseiller aux planteurs d'essayer de lutter contre l'Hemileia à l'aide des préparations à base de cuivre, je crois que ce serait une faute d'installer une plantation dans une région humide et chaude contaminée par l'Hemileia, en comptant la préserver par l'emploi des bouillies.

Dans les pays contaminés il faut faire une sélection rigoureuse des terres, et ne se décider à planter de Goffea arabica que sur les sols les plus riches, situés dans im climat relativement sec et froid.

Dans ces conditions, des fumures régulièrement appliquées, des soins d'entretien rigoureux peuvent permettre au caféier à petites feuilles de se développer convenablement, de résister au parasite et de fournir des récoltes rémunératrices.

Je n'ai pas eu l'avantage de visiter La Réunion, mais je sais que des planteurs sérieux de cette île sont arrivés à conclure, après de longues années de lutte et d'observation, que le meilleur moyen de lutter contre l'Hemileia vastatrix est de cultiver le caféier avec soin, dans les stations qui lui conviennent le mieux et sur des sols riches, dont on entretient la fertilité par des fumures raisonnées.

L'opinion de M. Boutiliy, auteur de plusieurs ouvrages très appréciés sur les cultures coloniales, qui a cultivé en grand le caféier à Bourbon mérite à ce propos d'être signalée.

Il dit dans son livre. Le caféier de Libéria : « Aucun remède eflicace ne fut découvert malgré les fortes primes offertes aux inventeurs par les Gouvernements de l'Inde, de Ceylan et de Java. Le seul traitement qui ait paru avoir un peu d'action est le traitement au sulfate de cuivre, employé avec de la chaux, sous forme de

bouillie bordelaise et projeté, à Taide d'un pulvérisateur, à la surface des feuilles du caféier. »

« Nous fîmes longtemps des expériences à ce sujet, à La Réunion, et nous arrivâmes à cette conclusion que le meilleur moyen de lutter contre cet ennemi était de nourrir fortement l'arbuste par d'abondantes fumures et de ne planter le caféier d'Arable qu en terre très fertile, demanièie que la plante ait une vigueur suf lisante pour réparer les pertes de son appareil foliacé. Nous obtînutes ainsi des résultats satisfaisants et des récoltes à peine réduites.

« C'est le traitement de beaucoup de maladies humaines où le médec'n n'agit que par surnutrition. »

Ces planteurs auxquels il vient d être fait allusion, qui sont tous installés dans les altitudes et dnns la partie la plus sèche de l'Ile Bourbon, s'appliquent h entretenir leurs plantations dans un état constant de propreté. Us font ramasser soigneusement les feuilles tombées et ils les brûlent pour tuer le plus possible de spores d'Hemileia.

Dans les autres parties de Tîle moins favorisées par le climat et le sol, la lutte a été impossible et les plantations de caféiers ont disparu depuis l'apparition du fléau.

11 reste bien entendu que l'emploi des bouillies cupriques, dans un climat relativement sec, peut aider dans une large mesure les caféiers à lulter contre Tattaque du champignon, au moment de l'année où elle se produit dans sa plus grande intmsité.

Pour permettre aux planteurs désireux d'expérimenter l'action des bouillies cupriques, de procéder à ces essais avec le plus de garantie possible, // y a lieu de leur rappeler que IHcmileia vivant dans les tissus même de la feuille, il faut Vatteindre avant quil y soif installe'.

Le traitement doit être préventif, il doit empêcher les spores de germer, et pour cela il doit se trouver sur les feuilles au moment où celles-ci entrent en activité.

A Tananarive, par exemple, où les premières taches apparaissent en mars, on doit appliquer le premier traitement en février. A Tamatave, il y a des taches toute Tannée ; pour commencer l'application des bouillies, il faudrait choisir le moment de l'année où les traces du cryptogame sont le moins nombreuses.

11 est évidemment nécessaire de rechercher les préparations les plus adhérentes dont l'action se fera sentir le plus longtemps: cette remarque a d'autant plus d'importance que le climat est plus humide.

MALADIES ET INSECTES s'aTTAQUANT AU CAFÉIER 159

La préparation la plus ancienne et la plus connue pour combattre le mildiou de la vigne est la bouillie bordelaise.

La bouillie bordelaise ^e compose simplement de sulfate de cuivre, de chaux et dVau.

Les proportions di^ms lesquelles on mélange ces corps varient peu : on met ordinairement 2 kilogr. de sulfate de cuivre pour 100 litres d'eau et une quantité suffisante de chaux pour neutraliser le sel tie cuivre.

La préparation de la bouillie ne présente aucune difficulté ; on procède de la façon suivante :

Les 2 kilogrammes de sulfate de cuivre sont mis à dissoudre dans 50 litres dVau. Pour activer la dissolution on immerge le sel dans un panier ou dans un linge près de la surface du liquide.

La solution de sulfate ne cuivre plus dense que Teau descend au fond du récipient et les cristaux se dissolvent assez vite.

Comme il importe beaucoup que la bouillie soit neutre, on devra employer une quantité de chaux suffisante, qu*il n'est pas possible d'indiquer exactement, le degré de pureté de celle-ci étant ordinairement peu coimu.

Pour éviter les tâtonnements on fait un lait de chaux è 2 ou 3 kilogrammes de chaux pour 40 à 50 litres d'eau. On verse ensuite doucement ce lait dans la solution de sulfate de cuivre et on s'arrête lorsque le liquide ne rougit plus le papier de tournesol.

11 est très important que la bouillie soit neutre, c'est-à-dire qu'elle n ait plus d'action sur le tournesol ; on obtient ce résultat après quelques tâtonnements. Si la bouillie bleuit le papier on ajoute un peu de sulfate de cuivre ; si elle le rougit on ajoute une petite quantité de lait de chaux.

Lorsque le liquide est bien neutre on ajoute assez d'eau pour faire 100 litres et la bouillie est prête à employer.

M. Delacroix indique que l'on reconnaît de la façon suivante la neutralité de la bouillie, lorsque l'on ne possède pas de papier tournesol :

« Pour reconnaître s'il y a excès de cuivre on trempe un morceau de fer quelconque, une lame de couteau par exemple, dans le liquide qui surnage ; si le fer se recouvre d'un mince enduit rougeâtre de cuivre, il y a dans la bouillie un excès de sulfate de cuivre, et dans ce caste liquide surnageant, tout en restant transparent, conserve une légère teinte bleuâtre.

« S'il y a, au contraire, excès de chaux, il suffit de recueillir dans un verre un peu de ce liquide qui surnage et de souffler doucement à sa surface ; il s'y forme une mince pellicule blanchâtre de carbonate de chaux dû à Tacide carbonique existant dans Tair expiré. »

On attache beaucoup d'importance à ce que la préparation soit neutre, parce qu'il est reconnu que les bouillies neutres sont plus adhérentes que celles qui sont acides ou basiques.

L'adhérence de la bouillie bordelaise diminue avec son vieillissement ; il est nécessaire de l'employer de suite après la préparation.

II est bon de la tamiser avant de la mettre dans les appareils pour éviter l'encrassement rapide de ceux-ci.

On répand la bouillie bordelaise à l'aide de pulvérisateurs.

Les appareils à dos d'homme, dont il existe un grand nombre de modèles, suffisent pour les petites exploitations.

Dans les grandes plantations on a recours à des appareils à traction animale.

Les pulvérisateurs ordinaires à dos d'hommes font naturellement un travail beaucoup plus parfait que les autres. Il est néanmoins nécessaire de surveiller les ouvriers de très près pour être sûr qu'ils exécutent le travail avec tout le soin voulu. On s'assurera notamment que la bouillie est répandue dune façon uniforme et que les deux faces des feuilles en sont bien imprégnées.

J'ai dit précédemment que le premier traitement devait être appliqué quelque temps avant l'apparition ordinaire de la maladie ; c'est, pour Madagascar, la (in de la saison chaude.

Il est plus difficile, impossible même, de dire combien on devra faire de traitements par année.

Ce nombre variera forcément dans de grandes proportions suivant le climat et aussi suivant les années.

Dans le centre de Madagascar, il semble que pour les années ordinaires trois traitements suffiraient amplement. Pour la côte Est il faudrait en compter au moins sept ou huit et, je lai dit déjà, il est peu probable que leur action soit suffisante pour préserver les caféiers.

En février 1903 nous avons fait subir un traitement très sérieux aux caféiers de la station de Tamatave; plusieurs mois après on voyait encore sur leurs feuilles des traces de bouillie, THemileia n'a pas été moins funeste aux arbustes traités qu'aux témoins.

MALADIES Kï INSKCÏES s'aTIAQUANT AL' CAFÉIER J ()1

La bouillie bordelaise manque d adhérence ; dans les années très humides elle est insuffisante pour préserver les vignobles du Midi de la France des attaques du Mildiou, aussi depuis longtemps s'est-on préoccupé de trouver des préparations qui résistent davantage à l'action des pluies.

Les bouillies sucrées, obtenues par addition à la bouillie bordelaise simple d'une certaine quantité de mélasse ou de sucre, sont plus adhérentes.

La bouillie au savon de M. Lavergne, que Ton obtient en dissolvant dans 100 litres d*eau, 1 kilogr. de savon noir et 500 grammes de sulfate de cuivre, est très adhérente. M. Delacroix n*en conseille cependant guère Temploi car il reste une certaine quantité de sel de cuivre soluble qui peut être nuisible sur les organes jeunes des caféiers.

La bouillie à la colophane de M. Perraud est, paraît-il, bien plus adhérente que la bouillie bordelaise.

On dissout la colophane dans une solution bouillante de carbonate de soude à 25 ®/o.

Les proportions indiquées par Tauteur sont les suivantes :

Eau 100 litres

Sulfate de cuivre 2 kijos

Colophane solubilisée 0. 500

Carbonate de soude quantité suffisante pour alcaliniser légèrement.

La solution de colophane est versée dans la solution de sulfate de cuivre. On doit agiter fortement le mélange et lui ajouter une quantité de carbonate de soude suffisante pour lui permettre de bleuir légèrement le papier rouge de tournesol.

Ces différentes bouillies ont été essayées une fois en février 1903 à la station d'essais de Tlvoloina. Les remarques qui ont pu être faites sur l'adhérence de chacune d'elles sont beaucoup trop incomplètes pour que Ton puisse tirer des déductions pratiques et certaines de cette expérience.

Cependant, je me souviens parfaitement avoir remarqué que les traces de bouillie bordelaise simple sont restées beaucoup plus longtemps apparentes sur les feuilles que celles de la bouillie sucrée et de la bouillie à la colophane.

Pour compléter ces traitements, il y a lieu de recommander aux

planteurs de maintenir leurs plantations dans un état constant de propreté. Les feuilles tombées seront soigneusement ramassées et brûlées.

Les caféiers qui auront le plus souffert des attaques du cryptogame recevront des fumures plus copieuses, et dans le cas d^attaques très violentes on pourra leur donner des engrais très azotés (nitrates, sulfate d'ammoniaque, Guanos, etc.) qui les aideront à reformer rapidement leur système foliaire, un émondage judicieux leur enlèvera les brindilles mortes ou très malades ; celles-ci seront incinérées de suite.

11 existe un grand nombre d autres maladies cryptogamiques causant des dégâts aux feuilles et aux fruits du caféier. Le Sphœrela Coffeola, le Stilbumflavidum, IeCercosporaCoffeicola,etc.,etc.,sont à signaler.

Les dommages que ces champignons infligent aux caféiers sont plus ou moins importants ; ils ne sont cependant pas à mettre en parallèle avec ceux de FHemileia vastatrix.

Il est bon cependant lorsque ces cryptogames existent dans une plantation de chercher à réduire le plus possible l'intensité de leurs attaques.

L*emploi des bouillies cupriques et la destruction par incinération des parties atteintes des feuilles tombées et des brindilles mortes sont à conseiller.

I^s maladies vermicu laines. — Voilà une question très importante, celle des maladies vermiculaires, et qui intéresse tout particulièrement Madagascar où on en a signalé la présence.

Cette affection dont, paraît-il, les ravages sont extrêmement rapides et redoutables, est due à la présence sur les radicelles des caféiers, de vers nématodes, appelés anguillules, appartenant à différents genres et espèces.

M. Delacroix, dans son livre déjà cité, Les maladies du caféier^ a consacré un chapitre très documenté aux maladies vermiculaires.

J'emprunte à ce travail la plus grande partie de ce qui a trait à Thistorique de la maladie.

Maladie vermiculaire au Brésil. — Les premières attaques de la maladie vermiculaire ont été signalées en 1870 danfe la Province de Rio-de-Janeiro.

MALADIES ET INSECTES s'aTTAQUANT AU CAFÉIER 163

D'après les relevés officiels, les dégâts auraient été tels que, dans des plantations étendues, 95 ®/o de la récolte moyenne aurait été détruite, et que 15 ans plus tard des plantations auraient dû être abandonnées et remplacées par des cultures de canne à sucre

C'est M. C. Jobert, un zoologiste français, qui le premier a étu dié cette maladie et bien précisé ses symptômes.

Je cite textuellement la description donnée, d'après Jobert, par M. Delacroix :

« Un caféier qui offre toute l'apparence d'un arbre sain et vigoureux présente, du jour au lendemain, l'aspect d'un arbre étiolé, les feuilles pâlies deviennent tombantes, celles du haut jaunissent promptement et tombent les premières. En huit jours, et souvent moins, l'arbre est entièrement dépouillé de ses feuilles et les extrémités de ses rameaux sont déjà desséchées : le caféier est irrévocablement perdu.

« Si on le fait arracher, on voit que le chevelu a disparu complètement ; plus de racines de petite taille, et les racines même de la grosseur d'un tuyau de plume apparaissent comme rongées ; l'écorce a disparu même sur la plus grande partie du pivot.

« Si l'on examine à un grossissement de 50 à 60 fois quelques fragments du chevelu qui est resté brisé dans la terre, on voit que la surface de l'écorce est inégale, semée d'élévations irrégulières, au centre desquelles s'ouvre une cavité cratériforme qui pénètre jusqu'à la partie centrale de la radicelle. En examinant de plus près, on reconnaît qu'en ces points le faisceau fibro-vasculaire a été détruit complètement et à tous ces débris se trouvent mêlés des mycéliums, un surtout, de couleur noire très remarquable.

« Guidé par ces indications, je fis arracher des caféiers, très vigoureux en apparence, situés au voisinage des arbres malades, et je ne fus nullement surpris en trouvant le chevelu complètement couvert de nodosités, situées soit sur les extrémités même, soit sur le trajet et dans l'axe de l'organe, ou plus rarement sur ses parties latérales. Les nodosités terminales sont piriformes, acuminées, recourbées. Les plus grosses ne [dépassent pas la dimension d'un grain de chènevis ou d'un tout petit pois, l'aspect général est celui des racines de la vigne attaquées par le phylloxéra.

« En faisant des coupes très minces au travers de ces renflements dans le sens longitudinal ou dans le sens transversal, j'ai constaté : 1^ que ces renflements contiennent des kystes k parois hyalines,

qui ont pour siège soit le parenchyme cortical, soit le cylindre central ; 2® que ceux qui siègent dans le parenchyme cortical, en se développant, ont pour action de déjeter et de détruire par approche le faisceau fibro-vasculaire. Ceux qui siègent au centre commencent par disséquer et isoler les divers éléments qui les avoisinent ; on chercherait en vain trace du faisceau central quand les kystes sont développés. Enfin, il est facile de voir que plusieurs de ces kystes sont venus s'ouvrir au dehors, et la radicelle est couverte de ces blessures profondes, largement ouvertes. Les cellules extérieures des renflements sont très grandes ; quelquesunes présentant des signes de segmentation ; elles ne contiennent ni raphide ni amidon.

« Si on examine les jeunes renflements, ceux des extrémités particulièrement, on trouve dans ces kystes, situés tout près du point végétatif, une quantité d'éléments ressemblant à de jeunes ovules ; sur les plus gros renflements, les kystes contiennent ces éléments à tous les degrés de développement.

« Ce sont bien des ovules à tous les degrés de l'évolution ; les plus avancés présentent l'aspect suivant :

« La forme est elliptique, quelquefois réniforme ; la membrane d'enveloppe est hyaline, et dans l'intérieur se trouve enroulé sur lui-même un petit ver nématoïde, long, quand il est développé, d'environ im quart de millimètre, qui n'est autre qu'une anguillule. Cet animalcule n'offre pas trace d'organes sexuels ; il n'est encore qu'à une première phase de son développement.

« Chaque kyste contient de 40 à 50 œufs, et si Ton fait un calcul approximatif on arrive au chiffre, trop faible certainement et pourtant effrayant, de plus de 30 millions d'anguillules par caféiers.

« Arrivés au terme du développement intraovulaire et de la vie intraradicellaire, les animalcules s'échappent au dehors, laissant béante la cavité dans laquelle ils se sont développés, et la radicelle ne tarde pas à pourrir et à être envahie par les cryptogames. La terre qui entoure les caféiers morts est remplie d'anguillules n'offrant pas encore d'organes générateurs.

« Les caféiers les plus vigoureux, ceux de sept à dix ans, sont attaqués de préférence. Les caféiers étant plantés en lignes parallèles, tantôt la maladie se propage suivant les lignes, tantôt elle se développe en îlots, d'une manière analogue à l'infection phylloxérique de nos vignes. »

MALADIES ET INSECTES s' ATTAQUANT AU CAFÉIER 165

Il convient de remarquer que la maladie vermiculaire, d'après ce qui vient d'être exposé, est ime affection extrêmement grave qui se caractérise par le jaunissement des feuilles, la mort rapide de Tarbre, la destruction du chevelu, précédée sur celui-ci par l'apparition de tubérosités arrondies ou oblongues et de volume variable.

Les anguillules des caféiers de TEtat de Rio-de-Janeiro ont été déterminées et nommées Heterodera radicicola.

Cette espèce est cosmopolite, elle se rencontre aussi bien dans les pays tropicaux que dans les pays tempérés et elle s'attaque à des plantes très diverses.

C'est à Tétat de larve que THeterodera pénètre dans les racines et sa présence détermine par irritation une proliGcation des tissus dont le résultat est la production des galles.

M. Delacroix remarque que toute les espèces d'Heterodera n'engendrent pas de galles. L'H. schachtiiqui attaque la betterave n'en produit pas.

Un certain nombre d'espèces d'anguillules sont reviviscentes ; après une sécheresse prolongée, qui peut durer quelques années, les larves parvenues à l'état adulte peuvent revivre si on les humecte.

D'après M. Jobert, Tanguillule du caféier ne serait pas reviviscente et la sécheresse la tuerait. Par suite il admet l'immimité du caféier en terrain sec. La maladie sévit de préférence dans les terres sablonneuses fraîches ; l'argile pure gênant le développement du nématode, il n'y persiste pas.

Le D' Gœldi n'a pas accepté toutes les conclusions de M. Jobert; il reconnaît que la maladie est surtout grave dans les sols sableux, mais il déclare qu elle n'est pas spéciale aux sols humides, car on peut la rencontrer sur les coteaux. Ce même auteur prétend avoir observé la reviviscence de l'anguillule sur des racines de caféier desséchées depuis deux mois.

M. Delacroix admet que cette divergence d'opinions peut provenir de conditions différentes d'observations.

D'après Gœldi, le Libéria serait aussi bien attaqué par l'Heterodera radicicola que le Coffea arabica.

11 est bien difficile de savoir exactement quel danger présente réellement la maladie en question. 11 n'est pas douteux, d'après les faits rapportés par M. Jobert, que les arbustes atteints sont voués à une mort rapide et certaine.

11 est non moins certain qu'à un moment donné les plantations de rÉtat de Rio-de-Janeiro ont vu leurs rendements baisser considérablement et qu'un grand nombre d'entre elles ont disparu.

On a attribué ces déboires à la maladie vermiculaire ; a-t-on eu complètement raison ? et n'aurait-il pas été sage d'en rejeter une partie sur un système de culture défectueux, par trop extensif, entraînant im rapide épuisement du sol ?

Cette question est difficile à résoudre ; je ne puis cependant m'empêcher de me la poser.

J'ai visité en 1902 l'Etat de Rio, on n'y parle plus de la maladie vermiculaire, et il y existe cependant encore un certain nombre de plantations de caféiers.

Il faudrait admettre qu'après une période d'activité considérable le nématode a disparu. C'est assez peu admissible étant donné que personne, certainement, n'a lutté contre lui et que, du reste, la lutte parait tout à fait impossible dans les pays tropicaux ; je dirai pourquoi plus loin.

11 m'est difiicile de croire que la maladie vermiculaire soit aussi redoutable pour le caféier que l'est le phylloxéra pour la vigne.

Que les nématodes attaquant un pied de caféier le mènent rapidement à la mort, je le crois volontiers ; mais je ne pense pas que la puissance de dispersion des anguillules soit considérable et qu'elle puisse être inquiétante.

Comment expliquer en effet que ce nématode ayant fait son apparition dans le pays où on rencontre les plus forts groupements de caféier soit disparu sans que Ton se soit préoccupé de lui.

Enfin, un autre ordre de faits me porte à penser que l'on est loin d'être fixé sur la nocivité réelle des maladies vermiculaires.

Le voici : en 1895, à l'Institut agronomique de Campinas on reconnut une maladie vermiculaire qui fut attribuée à la présence d'un nématode nommé d'abord Diplogaster suspectus puis Aphelenchus Coffeœ.

Des expériences de traitement ont été faites par M. Potel, chimiste de l'établissement, il a brûlé les arbres morts ou mourants et désinfecté le sol au sulfure de carbone ; il a réussi.

Plus tard l'étude de cette maladie fut reprise par M. F. Noack qui en constata la gravité et qui fit comme M. Potel des expériences couronnées de succès, de désinfection au sulfure de carbone.

M. Ritzena Bos, le savant phytopathologiste hollandais qui a

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VU des échantillons de racines atteintes de cette maladie la déclare, en tout cas, différente de celle due à THeterodera, ces racines pourrissent sans présenter de nodosités. Il la croit aussi plus dangereuse pour le caféier.

Voici donc une maladie signalée pour la première fois en 1895 à Campinas, dont la gravité a été constatée un peu plus tard par M. Noack.

Cette maladie semble à M. Ritzena Bos plus dangereuse pour le caféier que celle due à THeterodera. Il faut remarquer que d'après Jobert et Gœldi, THeterodera est déjà extrêmement grave.

Quels ont donc été les dégâts causés par cette maladie vermiculaire de Sao-Paolo? quelles inquiétudes cause-t-elle aux planteurs de la région de Campinas ? où soit dit en passant, on rencontre les plus importantes plantations de caféiers du globe? Quelles mesures ont-ils pris pour se défendre contre son envahissement.

J'ai parcouru cette partie deTEtat de Sao-Paolo, j'ai visité en 1902 plusieurs plantations voisines de la Station agronomique de Campinas, sept ans après l'apparition de cette redoutable maladie.

Je déclare que j'ai été absolument stupéfait en constatant qu'on ne s'est pas préoccupé du tout de lutter contre ce dangereux ennemi et que, du reste, il n'a causé aucun dégât dans les plantations. J'en ai touché un mot à quelques planteurs mais ils m'ont paru y attacher une importance très médiocre.

Raoul, dans son livre Manuel des cultures tropicales — Le caféier — a dit: « L'Hemileia n'existe pas au Brésil, mais les caféiers y sont « détruits par un nématode tout aussi dangereux. »

Les considérations personnelles que je viens d'exposer brièvement me forcent à ne pas partager l'avis de l'éminent Raoul. Non, les maladies vermiculaires décrites pour le Brésil, ne sont pas aussi dangereuses que FHemileia. Celui-ci en quelques années a presque complètement détruit tous les cfiféiers àCeylan, à Bourbon et ailleurs tandis qu'au Brésil, où les nématodes ont été signalés depuis plus de trente ans» la culture du caféier continue à prospérer dans des proportions inconnues partout ailleurs.

Sans doute, au Brésil, on est forcé d'abandonner après un temps donné, plus ou moins long suivant la fertilité du sol, les plantations ; mais cet abandon n'est pas le résultat des dégâts causés par une maladie, il est la conséquence logique et forcée d'un mode de cul-

ture spécial, par trop extensif, qui ruine la fertilité du sol en quelques années.

La maladie vermiculaire à la Martinique. — Dans un mémoire livré à la publicité en 1899 M. Thierry dénonce la présence des nématodes à la Martinique.

Ce spécialiste accorde à la maladie vermiculaire une importance considérable et lui impute tous les déboires des planteurs de caféiers non seulement dans Tîle, mais encore dans nombre d'autre pays.

Pour lui, les maladies des feuilles ont une importance secondaire ; si on les a rendu responsables de tant de déboires, c'est par suite d'observations insuffisantes.

Je ne me permettrais pas de contredire M. Thierry pour la Martinique, mais il me semble que son opinion changerait s'il avait l'occasion d'étudier THemileia vastatrix sur place, le champignon des feuilles a une autre nocivité que les maladies vermiculaires.

La maladie vermiculaire signalée par M. Thierry ne semble du reste pas avoir beaucoup d'analogie avec celle du Brésil ; elle fait lentement périr les caféiers, elle existe partout, et enfin elle n'attaque pasle CofTea liberica ; Gœldi affirme que la maladie vermiculaire du Brésil attaque aussi bien le Libéria que l'Arabica et Jobert dit que les caféiers atteints meurent rapidement.

Il est fort regret table qu'ime aussi grave question soit restée sans solution ; plus de cinq ans se sont écoulés depuis la publication de l'intéressant mémoire de M. Thierry, et l'étude scientifique de la maladie vermiculaire de la Martinique n'a pas été faite, les nématodes de cette colonie n'ont pas été déterminés.

La maladie vermiculaire à Java. — L'Heterodera aurait été trouvé à Java où, du reste, il n'a pas pris d'extension et n'a pu être retrouvé.

En 1892on a signalé sur le Coffeaarabica à Java, le présence d'une anguillule ayant certaine ressemblance avec le Diplogçister suspectus de Sao-Paolo,

Cette maladie est étudiée depuis quelques années par M. Zimmermann le botaniste de la Station de recherches culturales sur le caféier à Buitenzorg.

Les racines attaquées se colorent en brun et ne tardent pas à pourrir : bientôt tout le système des racines est envahi à son tour

jusqu'au collet, il brunit et meurt entraînant la rapide disparition de l'arbre.

Ce sont les plantations de la partie Est de Java qui ont eu à souffrir de ce mal ; en peu de temps il a pris une inquiétante extension et a fait déjà abandonner un certain nombre d'exploitations.

L*anguillule qui causerait cette maladie a été nommé Tylenchus cofféœ.

Le liberia est attaqué par lui comme l'arabica, mais dans ime moins forte proportion et, tandis que le Liberia résiste le plus souvent, l'arabica périt.

Ces constatations ont donné l'idée de greffer l'Arabica sur le Liberia.

Le traitement au sulfure de carbonne et au sulfate de fer n'ont pas donné, jusqu'à présent, de résultats bien encourageants ; les expériences continuent.

Telle est, très brièvement résumée, l'état actuel de la question des maladies vermiculaires.

J*en aurais fini avec elles, si elles n'avaient pas été signalées à Madagascar depuis 1902.

C'est M. de Sardelys qui, le premier, crut reconnaître Texistence des terribles nématodes dans sa plantation d'Ampetika à Mahanoro. Une polémique s'est engagée entre lui et M. Delacroix à ce. sujet, dans la Revue des cultures coloniales.

La chambre d'agriculture de Tamatave a été depuis saisie, à différentes reprises de cette question, un certain nombre de rapports ont été rédigés et diverses propositions ont été faites dans le but d'enrayer le fléau.

Une note signée de M. Vaucheret, émanant de la Direction de l'agriculture, est venue confirmer d'une façon formelle l'existence des maladies vermiculaires à Madagascar. Cette affirmation a été produite après l'examen microcospique fait à Tananarive de racines de caféiers de liberia envoyées par M. de Sardelys.

En 1903, je reçus la mission de me rendre chez les planteurs de la côte Sud-Est pour déterminer exactement l'étendue du mal et aviser aux mesures à prendre pour en circonscrire l'extension.

J'ai visité presque toutes les caféières des provinces de Farafangana, Mananjary, Mahanoro et Vatomandry.

Malgré des recherches très laborieuses il ne m'a pas été possible de reconnaître la présence des anguillules.

Nulle part je n'ai observé les signes par lesquels se manifeste la présence des maladies vermiculaires.

J*ai arraché dans toutes les plantations un grand nombre de plants de caféiers, j'ai minutieusement regardé leur système radiculaire. Pas un plant ne m'a montré de nodosités. Les arbustes les plus décrépits, paraissant les plus malades, m'ont présenté partout un système radiculaire très important, un chevelu absolument intact.

J'en ai conclu que les maladies vermiculaires n'existent pas à Madagascar et j'ai attribué à d'autres causes les déboires des planteurs de caféiers de la côte Est.

A mon avis, les plantations de Coffea Arabica de la côte Est, il y en a peu, ont été faites sur une trop grande échelle, le sol n'a peut-être pas été choisi avec assez de soin, les abris contre les vents ont été beaucoup trop négligés de même que l'ombrage et, en&n, on a placé les plantations à de trop faibles altitudes .

Le milieu chaud et humide dans lequel se trouvent les arbustes, offre un champ d'activité extrêmement favorable au développement de l'hemileia vastatrix. Les caféiers, en avril et en mai, ont leurs feuilles complètement envahies par le parasite, ils les perdent presque complètement et ne trouvent pas dans le sol pauvre, une alimentation suffisante pour reformer de nouveaux organes.

Les plantations de coffea arabica que j'ai visitées en 1903 sur la côte sud-Est de Madagascar étaient envahies par l'Hemileia avec une intensité qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer.

Aussi, à mon sens, les dégâts occasionnés par ce parasite expliquent suffisamment les déboires des planteurs de caféiers à petites feuilles, sans qu'il soit utile d'invoquer la présence d'autres parasites.

Pour le coffea liberica, je dirai, lorsque je m'occuperai de cette plante, pourquoi ceux qui la cultivent n'en n'obtiennent pas de grandes satisfactions. Je crois pouvoir avancer que les maladies vermiculaires ne sont pour rien dans la déconvenue d'un grand nombre de planteurs de liberia.

M. Delacroix, qui suit cette question de très près, a, dans son cours à l'école d'agriculture coloniale de Nogent, déclaré insuffisantes les observations sur lesquelles a été appuyée l'identification de la maladie vermiculaire à Madagascar.

J'ai dit précédemment qu'elle est, à mon sens, la nocivité réelle de cette maladie, c'est là une opinion toute personnelle, qui n'est pas partagée par ceux qui ont étudié ce sujet.

En s'en tenant à ce qui a été écrit sur lesanguillules et leurs déprédations, par des personnes beaucoup plus autorisées que moi, on doit considérer les maladies vermiculaires comme redoutables, elles sont capables d'entraîner rapidement la disparition des plantations. I-,es planteurs doivent donc éviter de s'installer dans un pays qui a été déclaré contaminé.

J'ai dit, dans le cours de ce paragraphe, qu'à mon sens, en pays tropical, la lutte contre les maladies vermiculaires me paraît très difficile, pour ne pas dire impossible.

Avant de clore l'article relatif à cette maladie, je vais examiner les remèdes conseillés jusqu'à présent pour la combattre et exposer très rapidement les raisons qui m'ont amené à formuler cette opinion.

Il est acquis que, sur des surfaces minimes et isolées, lesinjections de sulfure de carbone tuent rapidement les anguillules.

L'idée est donc tout naturellement venue à ceux qui ont étudié cette grave question de conseiller l'emploi du sulfure de carbone pour débarrasser les plantations de la présence des anguillules.

Les essais de traitement en petit ont, paraît-il, réussi au Brésil ; il n'en est pas de même à Java, où des résultats négatifs ont été obtenus dans le traitement en grand de la maladie due à la présence duTylenchus coffea.

Si la maladie se déclare et forme tache dans la plantation une mesure s'impose : il faut circonscrire la tache par un fossé large et profond et rejeter la terre en dedans de la tache.

On arrêtera ainsi la marche de la maladie.

Le traitement au sulfure de carbone peut être compris de deux façons ; ou bien on fera un traitement d'entretien, ou bien on fera un traitement d'extinction.

Ces deux traitements sont très onéreux, et les résultats à en attendre excessivement problématiques. Rien ne prouve, jusqu'à présent, que le sulfure de carbone soit efficace dans les expériences en grand, ce qui s'est passé à Java laisse supposer le contraire. En ce qui concerne Tanguillule de la betterave, le sulfure de carbone a donné des résultats assez bons mais incomplets cependant. En supposant même que ce traitement soit efficace au moment où il est appliqué, on peut craindre que le sol soit de nouveau envahi rapidement aussitôt que son action aura cessé.

M. Delacroix dit en effet, que l'Heterodera radicicola vit sur un grand nombre de plantes tropicales, notamment sur les Dracena.

En admettant que Ton puisse arriver à détruire totalement les anguillules dans la plantation, il est impossible de songer à tuer celles qui vivent sur les plantes de la brousse.

On aura dépensé beaucoup d'argent pour un résultat tinal douteux, Tennemi aura pu être chassé de la plantation, mais il restera sur la lisière prêt à l'envahir de nouveau aussitôt quç l'action du sulfure de carbone aura cessé.

En France, la lutte contre le phylloxéra a donné des résultats pratiques fort appréciables.

Les conditions dans lesquelles se trouvent les plantations tropicales sont fort différentes de celles de nos vignobles ^

Dans un pays vignoble, des espaces considérables sont couverts de vigne sans qu'il existe, pour ainsi dire, de solution de continuité. Tous les vignerons s'entendent, ils traitent tous, de sorte que toute une région se trouve désinfectée.

Les plantations tropicales sont presque toujours isolées, toujours elles sont entourées de vastes espaces où croissent en liberté des plantes qui peuvent donner asile aux nématodes. On conçoit que dans ce cas l'efficacité réelle du traitement puisse être douteuse.

Si on possède une caféière productive, rapportant beaucoup, on pourra essayer le traitement d'entretien qui permettra peut-être de prolonger la vie des arbustes.

Il ne faut pas se dissimuler que ces traitements sont très coûteux.

M. Delacroix estime que pour le traitement d'extinction 3.000 kilos de sulfure de carbone sont indispensables pour désinfecter un hectare, c'est, au minimum, une dépense de 1.500 francs.

Le traitement d'entretien nécessiterait l'emploi de 300 à 400 kilos de sulfure à Thectare. La dépense s'élèverait à 175 ou 200 francs.

Si, dans un pays contaminé, un tel traitement est capable de prolonger la vie d'une plantation de caféiers rapportant 1.000 ou 1.200 francs par hectare il ne faut pas hésiter à l'employer.

Mais je n'assumerais pas la responsabilité de recommander aux planteurs de pratiquer ce traitement sur une grande échelle, avant

1. 11 faut aussi remarquer que la vigne rapporte plus à l'iiectare que le caféier. Un hectare de vigne peut donner un produit brut de 2.000 à 2.400 fr. ; il est bien rare que la valeur du café récolté sur un hectare dépasse 1.200 à 1.400 francs. La première culture peut donc supporter des frais d'entretien beaucoup plus élevés "que la seconde.

que des essais sérieux aient été faits et aient démontré d'une façon évidente son efficacité.

J'ajoute que, dans les régions humides, le sulfo-carbonate de potassium est préférable, son emploi est plus facile.

Le sulfure de carbone s'emploie à Taide du pal injecteur, il ne donne aucun résultat dans les sols compacts ; pour que ses vapeurs puissent se diffuser dans la terre, il faut qu'elle soit légère.

Le sulfo-carbonate de potassium s'emploie en dissolution dans l'eau, le traitement d'extinction nécessiterait de 4 à 5 mètres cubes d'eau à l'hectare et serait par conséquent onéreux.

On peut, il est vrai, employer la drogue au moment de la saison des pluies. Les eaux du ciel dissoudront le sel et Tentraineront dans le sol.

En résumé : 1** Rien jusqu'à présent ne prouve que les traitements en grand des maladies vermiculaires par le sulfure de carbone et le sulfo-carbonate de potassium soient réellement efficaces dans les plantations.

2^ En admettant leur efficacité, il ne me semble pas que ces traitements puissent être pratiqués pour les plantations des pays tropicaux.

Tout au plus, le traitement d'entretien pourra-t-il être appliqué pour prolonger la vie des plantations existantes. Le traitement d'extinction est trop onéreux, il conduit à des résultats dont la durée tout au moins est plus que problématique et me paraît absolument incompatible avec les conditions de cultures des pays tropicaux.

3® Si comme, on semble l'admettre, les maladies vermiculaires ont une nocuité égale au phylloxéra de la vigne, les pays contaminés doivent être fuis par tous ceux qui désirent se livrer à la culture du caféier, car on ne connaît pas encore le moyen de lutter efficacement et d'une façon certaine contre elles.

4® A mon sens, rien ne prouve que la nocuité des maladies vermiculaires soit aussi considérable. Des observations personnelles que j'ai faites, des déductions que j'ai tirées de ce qui a été écrit sur ce sujet, il me semble résulter, au contraire, que la puissance de dispersion des maladies vermiculaires du caféier est très limitée, et c'est pour nos praticiens le point important de la question, qu'il faudrait mettre en lumière pour pouvoir apprécier l'étendue du danger qu'elles présentent.

Il existe entre les diverses personnes qui ont écrit sur ces maladies, des contradictions considérables. Les unes les représentent comme entraînant rapidement la mort des plants atteints, les autres disent qu'elles tuent très lentement les caféiers. Au Brésil et à Java elles attaquent aussi bien le Libéria que le Coffea arabica ; à la Martinique, M. Thierry prétend que le Coffea Liberica n'est pas atteint du tout et il conseille, pour lutter contre les nématodes, le greffage du Coffea arabica sur Coffea Liberica.

7° Les maladies vermiculaires n'existent pas, selon moi, à Madagascar dans les plantations de la côte Sud-Est où elles ont été signalées en 1900.

Insectes attaquant les fruits. — Pyrale ou Botyde du caféier. — C'est un papillon, microlépidoptère, pyralide, le Thliptoceras octoguttalis. A Fétat de chenille il produit des dégâts importants sur les cerises des caféiers de Tîle Maurice et de la Réunion.

Jusqu'à ce jour, je crois, cet insecte n'a pas été signalé à Madagascar ; j'ai cependant reconnu sa présence, au début de 1903, sur les caféiers de la Station d'essais de Flvoloina.

Il s'attaque aux baies du Coffea arabica, du Coffea congensis et des caféiers hybrides, je n'ai jamais observé sa larve sur le caféier de Libéria.

M. Delacroix (maladies et ennemis du caféier) en donne la description suivante :

« I/insecte parfait est un papillon nocturne de 6 millimètres 1 /2 sur 1 1 millimètres les ailes étendues, dont la couleur générale est brune avec bordure plus claire. La larve adulte de H millimètres de long sur 2 millimètres de large est d'ime couleur claire, avec deux rangées de taches brunes sur le dos. »

M. Boutilly a remarqué que cette chenille pénètre toujours la baie à sa base près du pédoncule. Elle se nourrit bien plus volontiers de l'albumen de la graine et elle perfore, pour y arriver, les tissus plus extérieurs du fruit. Lorsque la maturité est presque complète, l'albumen n'est plus attaqué il est trop dur et la chenille se contente de dévorer la pulpe de la cerise.

A Madagascar, j'ai fait des remarques semblables, je ne saurais dire si la chenille de Thliptoceras octoguttalis dévore de préférence l'albumen du grain de café, mais j'ai parfaitement remarqué que lorsque les fruits sont attaqués quand ils sont encore jeunes, les

MALADIES ET INSECTES s'aTTAQUANT AU CAFÉIER 175

graines sont dévorées et la. récolte perdue, tandis que lorsque la chenille pénètre dans une baie arrivée à maturité elle dévore la pulpe, la baie se dessèche sur l'arbuste, mais les grains restent utilisables.

M. Bordage, qui a étudié Tinsecte à la Réunion, estime que ses dégâts peuvent être considérables. D'après lui, la moitié de la récolte peut être détruite. Mes observations n'ont pas été suilisamment précises pour que je puisse émettre une opinion à ce sujet, mais j ai remarqué, en effet, que cet insecte détruit un très grand nombre de cerises. Il n'existe pas toute l'année.

Le même auteur dit que les ravages de cet insecte ne se bornent pas à la destruction des cerises. Quand la récolte a été faite, les femelles du papillon ne trouvant plus de baies déposent leurs œufs sur les bourgeons terminaux des jeunes rameaux. Les larves qui en proviennent pénètrent dans la profondeur du bourgeon puis dans la moelle des tiges, où les galeries qu'elles creusent peuvent descendre jusqu'à 20 centimètres de profondeur.

M. Delacroix k qui sont empruntées ces notes, signale que d'après M. de Joannis qui a déterminé l'insecte produisant ces dégâts, la pyrale du caféier est signalée par différents auteurs en d'autres régions : au Natal, k Ceylan, en Australie, dans F Inde ; mais on ne s'y plaindrait pas de dommages causés par elle sur le caféier.

Il semble bien difficile d'indiquer un moyen efficace de lutter contre cet insecte. Les feux destinés à attirer les papillons la nuit n'ont pas fourni des résultats pratiques notables, M. Boutilly conseille de récolter et de détruire, en les incinérant ou en les enfouissant dans la chaux, les baies et les brindilles attaquées par ce microlépidoptère.

On reconnaît les baies lorsqu'elles sont atteintes depuis quelque temps k leur coloration brime. La perforation produite par l'insecte n'est pour ainsi dire pas visible et les fruits atteints peuvent passer inaperçus ; aussi sera-t-il bon d'enlever tout le glomérule, si l'on y voit des fruits attaqués.

Le résultat sera d'autant plus certain qu'on aura effectué plus tôt ce nettoyage. On a préconisé aussi l'emploi de l'arséniate de cuivre, M. Delacroix estime qu'il serait prudent de proscrire l'emploi d'un sel d'arsenic qui peut être une cause d'accident.

Quelques autres insectes s'attaquent encore aux fruits, ce sont : le Xylotrupes Coffea, l'/Egus acuminatus.

17G CULTURE PRATIQUE DU CAFÉIEft

Une pyrale appartenant au genre brambus perfore les fruits du Libéria à Java, la Bacterocera conformis qui vit dans la pulpe des baies dans TOuest de Java, etc.

Insectes minant les feuilles, — Le plus répandu parmi les insectes qui minent les feuilles des caféiers est un microlépidoptère de la famille des Tineites que Ton connaît sous le nom vulgaire de teignes.

Cet insecte a été signalé pour la première fois aux Antilles par Perrotet et Guérin Menneville, il a été placé dans le genre Elachista puis il en a été séparé pour être classé dans le genre Cemiostoma c'est le Cemiostoma coffeella.

Le Cemiostoma coffeella existe dans un grand nombre de pays : je Tai rencontré au Brésil, dans les Antilles, à la Guyane, il existe partout à Madagascar, mais je crois qu'il se trouve surtout en grande quantité dans les provinces de Mananjary et de Farafangana, où il inflige, me semble-t-il, de sérieux dommages au Coffea Arabica.

Je ne Tai jamais observé sur le Coffea Liberica.

La Réunion est également contaminée.

La chenille de ce papillon à 4 à 5 millimètres de longueur, elle est blanc jaunâtre, le corps va en s'élargissant de Tanus à la tête. Celle-ci présente k son extrémité une petite tache orangée. Le corps est formé de onze segments

Elle pénètre dans la feuille du caféier et dévore le parenchyme entre les deux cuticules, elle forme ainsi des taches brunâtres très facilement reconnaissables. Dans ces taches il est commode de trouver les larves (elles s'y trouvent souvent plusieurs ensemble) en séparant les deux épidermes de la feuille.

Après quelque temps (une quinzaine de jours) la larve sort des feuilles et se fixe à leur face inférieure, dans un repli ordinairement, elle tisse une sorte de petit cocon blanc dans lequel elle se transforme en chrysalide. Un papillon sort de ce cocon au bout de 6 jours, il est excessivement agile, très petit ; il mesure S à 7 millimètres de longueur lorsqu'il a les ailes étendues et son corps n'a guère plus de 2 millimètres de largeur. Dans la journée il se tient sous les feuilles et s'enfuit précipitamment dès qu'on les remue, son vol est très rapide, ce microlépidoptère est excessivement prolifique et donne plusieurs générations par année.

Aux Antilles françaises, à cause des taches produites sur les feuilles attaquées, on donne au Cemiostoma le nom de Rouille.

MALADIES ET LNSHXTES s' ATTAQUANT AU CAFÉIER 177

D'après M. Delacroix, Timportance des dégâts commis par cet insecte est très variable.

Dans certains pays les plantations auraient beaucoup à en souffrir, dans d'autres les dégâts seraient insignifiants.

J'ai visité des plantations de caféiers très prospères aux environs de Campinas, au Brésil, dans lesquelles le Cemiostoma se trouve en abondance sans que les rendements en soient diminués et sans qu'on semble s'en préoccuper.

Cet insecte qui peut, c'est incontestable, causer des dommages sérieux, ne présente pas à beaucoup près un danger aussi grand que FHemileia vastatrix, ses ravages ne peuvent en aucun cas être comparés à ceux du redoutable champignon.

On dit que le Cemiostoma coffeella ne s'attaque qu'aux caféiers souffrant déjà; j'affirme avoir vu, au Brésil, des plants en pleine vigueur, rompant sous le poids de leurs baies, violemment attaqués par les larves de ce papillon.

Pour détruire les papillons on conseille d'allumer des feux de place en place dans la caféière, les insectes attirés par la lueur viennent se brûler dans la flamme.

Raoul conseille l'emploi d'une lampe spéciale, la lampe Guyot. M. Lecomte préconise une lampe qu'il a vu fonctionner à la Martinique. La flamme de cette lampe se trouve suspendue au-dessus d'un réservoir qui contient de l'huile dans laquelle viennent se noyer les papillons attirés par la lueur de la lampe.

M. Delacroix indique un dispositif des plus simples proposé par M. Noël, directeur du laboratoire entomologique de Rouen.

Voici en quoi consiste ce piège formé d'un simple réflecteur fort simplifié, il peut être réalisé par tout le monde.

« Ce réflecteur se compose tout simplement d'une barrique défon- « cée par un bout et posée horizontalement sur quatre piquets « enfoncés en terre et dépassant le sol de 1 m. 25 environ; on « place sur une brique, au milieu de la barrique, une petite lampe « à pétrole et on enduit tout l'intérieur avec de la mélasse destinée « à retenir englués les papillons qui y pénètrent. Cinq à six litres « de mélasse suffisent pour cette opération. On devra chaque soir, « avant d'allumer la lampe, faire tourner la barrique une fois sur « elle-même, de façon que la mélasse tombée à la partie inférieure « se trouve également répartie et enduise entièrement l'intérieur « du tonneau; le matin à l'aide d'une raclette, on enlève les papil- « Ions ».

Il y a lieu d'ajouter que le Cemiostoma a des parasites, appartenant au genre Hymenoptère, qui en détruisent une grande quantité. Le ramassage et l'incinération des feuilles tombées s'imposent.

Toutes ces mesures entraveront Tinsecte, mais elles seront insuffisantes pour en amener la disparition.

Il semble sage de conseiller, lors des attaques violentes, de fumer fortement les caféiers pour leur donner une plus grande force de résistance.

Gracilaria coffeicola. — On a sous ce nom, signalé à Ceyian une teigne qui mine la feuille. Les galeries sont différentes de celles du Cemiostoma coffeella. Au lieu d'être larges, elles sont étroites, en zigzag et argentées.

M. Bordage croit avoir vu cette teigne à la Réunion, de mon côté je crois qu'elle existe à Madagascar où du reste, elle commet des dégâts insignifiants.

Insectes perforants s' attaquant à la tige et aux branches, — Ces insectes désignés sous le nom de Borer percent la tige et déposent leurs œufs dans la moelle. Les larves rongent celle-ci et entraînent la mort d une partie du caféier.

Raoul (Manuel des cultures tropicales. — Le caféier) estime que cette maladie est plus dangereuse que THemileia vastatrix. Il ne semble pas, jusqu'à présent, qu'elle ait entraîné des dégâts aussi considérables que ce champignon. Elle s'est, en tout cas, beaucoup moins généralisée.

Il y a plusieurs sortes de borers ; celui qui parait être le plus répandu ou qui, tout au moins, a le plus attiré l'attention est le Xylolrechus quadrupes, longicorne de 1 cent. S à 2 centimètres très répandu dans certaines régions de l'Inde et dans la Basse- Cochinchine. M. Lemarié a décrit un insecte qui s'attaque aux caféiers du Tonkin. M. Delacroix croit que c'est le xylotrechus longipes.

Je n'ai jamais remarqué à Madagascar la présence du borer sur les caféiers, Il est à noter que, d'après Raoul, le borer s'attaque aussi bien au Libéria qu'au Coffea arabica.

D'après lui les arbustes exposés au soleil sont ceux qui ont le plus de chance d'être attaqués. Comme moyen de préservation préventif, il y a donc lieu de préconiser l'ombrage.

Pour se débarrasser de Tinsecte lorsqu'il a attaqué les caféiers, on n'a quWe seule chose à faire, arracher ou couper ceux-ci et brûler les parties atteintes avec les larves qu'elles contiennent.

L'existence de THerpetophigas fasciatus dans les possessions allemandes de l'Afrique occidentale a été signalée par le Docteur Warburg. La larve de cet insecte creuse des galeries longitudinales dans Taubier, elle se transforme, dans le voisinage du collet, en nymphe dans la couche cambiale et elle tue généralement l'arbuste. On n'a pas de moyen de destruction autres que ceux indiqués pour le borer précédent.

J'ai eu l'occasion d'observer à Tamatave ime affection qui m'a semblé être causée par un cryptogame et qui ne paraît pas avoir été signalée jusqu'à présent.

Elle s'attaque à la baie quelque temps avant la maturité. J'ai reconnu sa présence sur les fruits des caféiers d'Arabie et des caféiers hybrides.

Le Coffea arabica semble beaucoup plus sensible à son action que les caféiers hybrides. Dans ceux-ci j'ai, du reste, remarqué de grandes différences dans l'intensité de l'attaque d'un sujet à un autre.

Les fruits de Coffea arabica attaqués prennent une teinte jaune clair ou rose, très caractéristique. Quelquefois le côté situé à l'ombre est jaune et le côté exposé au soleil est rose.

Quand on prend une de ces baies, qu'un œil peu exercé prend pour des cerises mûres, on est tout étonné de la trouver vide.

Elles cèdent sous la plus faible pression des doigts, s'aplatissent et reprennent leur forme dès que la pression cesse.

Si on les ouvre, on constate que tout l'albumen est décomposé, il ne forme plus qu'une sorte de boue noire qui remplit incomplètement la parche. C'est à la surface de la parche que j'ai cru reconnaître le mycélium d'im champignon. Toujours, ou presque toujours, les deux grains de la cerise de Coffea arabica sont détruits, tandis que souvent la baie des caféiers hybrides conserve une de ses graines intacte.

A l'extérieur la présence du parasite se signale sur les cerises des caféiers hybrides par mie légère coloration rose ou jaune localisée sur l'une des faces.

Si on ouvre une baie attaquée, on trouve sur la parche le même mycélium que celui dont j'ai parlé à propos des baies du

Coffea arabica. L'albumen ou grain du café est pourri ou en voie de décomposition.

Mes observations, à ce sujet, n ont été ni assez nombreuses, ni assez précises, pour que je puisse émettre une opinion sur le danger que présente cette maladie. Cependant, si elle se généralisait, elle pourrait devenir inquiétante ; elle a plusieurs fois de suite, détruit en totalité les baies de plusieurs caféiers hybrides et une très grande quantité de celles des Coffea arabica de la station d'essais.

Les cochenilles. — Les caféiers sont très sujets aux attaques des cochenilles. J'ai constaté la présence de ces insectes dans les endroits les plus divers de Madagascar, aussi bien sur les Coffea Liberica que sur le Coffea Arabica.

Une espèce, qui semble être le Dacty lopins adonidum, s'attaque aux parties aériennes des caféiers, mais on la rencontre très fréquemment sur les racines des arbustes.

Dans une plantation de caféiers d'Arabie de la côte Est, je n'ai pas regardé au pied d'un arbuste sans y constater la présence des cochenilles. Elles se trouvaient en abondance au voisinage du collet et sur les grosses racines.

Je ne sais pas du tout quels dommages cet insecte peut causer aux caféiers.

Il est difficile à Madagascar de fixer la part qui doit lui être faite dans les déboires qui ont accompagné la plupart des tentatives de culture en grand du caféier à petites feuilles. Les arbustes sur lesquels j'ai observé les cochenilles étaient tellement atteints par l'Hemileia vastatrix qu'ils avaient perdu complètement leurs feuilles et que cette seule maladie pouvait expliquer leur état de décrépitude.

Dans la région de Mahanoro j'ai observé une cochenille qui est peut-être différente du Dactylopius adonidum ou des espèces voisines.

La femelle, probablement, se fixe un peu au-dessous du collet des caféiers sur les grosses racines et se recouvre d'ime sorte de coquille blanchâtre, conique, de 5 à 8 millimètres de diamètre sur 4 à 5 millimètres de hauteur. Ces galles ressemblent beaucoup aux nodosités que les légumineuses portent sur leurs racines ; un planteur des environs de Mahanoro avait cru qu'elles étaient produites

MALADIES ET INSECTES s' ATTAQUANT AU CAFÉIER 181

par les anguillules du genre Heterodera radicicola. Une observation tant soit peu minutieuse ne permet pas une telle confusion. En effet, les coques des cochenilles se décollent très facilement et Tinsecte est très visible à Tintérieur, de plus on ne les trouve jamais sur les radicelles.

Je ne crois pas que ces insectes puissent être rangés dans le genre Leucanium. La coque dont je viens de parler ne provient pas de rinduration des téguments du dos, elle est, selon moi, produite par une sécrétion spéciale et la cochenille reste indépendante sous cet abri.

Les cochenilles du genre Leucanium existent du reste certainement à Madagascar. Elles vivent quelquefois en colonies très nombreuses sur les caféiers, et plus particulièrement sur les feuilles et les tiges des caféiers de Libéria souffreteux, où les femelles à Tétat de galles insectes forment quelquefois un enduit continu.

Ces insectes, comme les cochenilles, ont des parasites animaux et végétaux qui en détruisent de très grandes quantités. C'est heureux, car il n'y a pas de moyens réellement pratiques pour s'en débarrasser.

Pucerons, — A Madagascar on rencontre fréquemment des pucerons sur les caféiers, et aussi bien sur les Libéria que sur les Arabica ; ces petits insectes s'attaquent aux feuilles, ils vivent ordinairement à la face inférieure. Leurs piqûres provoquent un recroquevillement des feuilles atteintes et quelquefois une décoloration.

Si on n'a pas un trop grand nombre d'arbustes atteints on peut les débarrasser des pucerons en les aspergeant de jus de tabac ou d'une décoction de savon noir et de pétrole.

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