Vo
Calcaire avec magnésie
Acide phosphorique
Potasse (pour cent) .... ...
Des cinq échantillons dont Fanalyse est reproduite plus haut, quatre devraient, d'après les données de Wohltmann, être classés parmi les sols insuffisants; cependant ils produisent longtemps, sans addition de matières fertilisantes, du café, du maïs, de la canne à sucre, etc.
Leur fertilité doit donc être attribuée à une composition physique extrêmement favorable.
En fait, les terres de la région caféière du Brésil sont d*une très grande profondeur et d'une perméabilité vraiment remarquable.
Dans les environs de Riberao-Preto, les terres « roxa » ont souvent plus de 20 mètres de profondeur.
Elles sont dans un état physique tel que presque partout on n'éprouve aucune difficulté à enfoncer complètement un long bâlon dans le sol.
Ces terres « roxa », les plus estimées au Brésil, résultent de la décomposition d'un diorite.
Leur richesse en fer est quelquefois excessive. Les analyses de la fazenda Dumont, reproduites plus haut, accusent près de 300 ^oo doxyde de fer et d'aluminium et d'autres sols analysés sont encore plus riches en ces deux éléments.
Le calcaire est généralement en très minime quantité dans les terres de TÉtat de Sao-Paolo.
La plupart de celles qui ont été analysées par la station de Campinas n'en contiennent pas suflisamment pour être classées, suivant Wohltmann, dans la catégorie des sols de bonne qualité. 11 est bon de remarquer que la présence, en plus ou moins grande quantité, du calcaire, ne semble pas, pour la région et la culture qui nous occupent, avoir une grande influence sur la fertilité des terres, puisque des sols considérés comme très fertiles n'en renferment que 0,7 et même 0,1 pour mille.
La présence de Tazote paraît avoir une plus grande importance. Presque tous les sols analysés à Campinas et réputés comme fertiles en contiennent une grande quantité.
M. Dafert estime qu'au point de vue pratique on peut conclure que la pauvreté des sols n'est pas un empêchement à la réussite du caféier (Dafert, Culture rationnelle du caféier au Brésil).
Ce même auteur ajoute un peu plus loin, dans le même ouvrage, que le caféier occupe, sous les tropiques, la place de la vigne dans la zone tempérée ; ces deux cultures réussissent et restent avantageuses dans des conditions où la vie de beaucoup d'autres plantes serait impossible.
Toutefois, il est utile en présentant cette opinion aux lecteurs de leur rappeler la remarque faite plus haut ; que les terres à café du Brésil produisent pendant toute une suite d'années, sans addition
d'engrais, de belles récoltes intercalaires de maïs : cette céréale a cependant la réputation d'être exigeante.
11 ne sera pas déplacé de reproduire ici ce qu'ont écrit avec juste raison MM. Miintz et Rousseau au début de leur étude sur les terres malgaches : « On ne peut pas appliquer le même coeflîcient de fertilité à des terres de même composition prises dans des situations de climat très différent » et plus loin (^ que certaines terres capables de porter d'abondantes récoltes sous un climat chaud et humide resteraient stériles sous un climat tempéré ».
Dans les environs de Campinas, les terres résultant de la décomposition des gneiss et des granits sont moins riches que les terres « roxa ». Elles ont une ressemblance frappante avec les terres de la région forestière de Madagascar. Elles sont formées des mêmes éléments et se présentent de la même façon.
Souvent j'ai entendu émettre l'opinion que les terres de la région forestière de Madagascar ne possèdent pas une profondeur suffisante pour porter de belles cultures : on dit généralement que la couche humifère, dans la région forestière, est d'une épaisseur insuffisante.
J'ai visité, dans les environs de Campinas, des fazendas établies sur des sols formés comme ceux que nous sommes accoutumés à voir dans les forêts malgaches. Une couche d'humus de 30 à 40 centimètres, dans laquelle se développent les racines des arbres, recouvre un sol rouge qui paraît compact.
Sur ce sol, le caféier, planté aussitôt après la disparition de la forêt, acquiert une remarquable vigueur et croît pendant de longues années. La couche d*humus ne persiste guère cependant après le défrichement.
Le sol des plantations que j'ai visitées dans cette région est d'un rouge analogue à celui des mamelons d'Rmyrne, mais il est beaucoup plus friable.
Ces observations, absolument pratiques, faites au cours de mes périgrinations dans les fazendas brésiliennes, concordent très bien avec les résultats des analyses physico-chimiques publiées par la station de Campinas.
L'examen des tables livrées à la publicité par cet établissement montre, en effet, que les terres des plantations de TEtat de Sao- Paolo ne renferment, en général, pas trace d'humus.
Lanalogie entre les sols de la région caféière de Sao-Paolo et
celle du centre de Madagascar a donné à plusieurs personnes l'idée de tenter ou de conseiller la culture du caféier en Emyrne.
Ces personnes, dont les essais ou les efforts ont conduit aux échecs dont il a été parlé précédemment, ont eu le tort, avant de se faire un jugement, de ne pas s'être entourées de tous les renseignements pratiques nécessaires. Elles auraient appris de la bouche de tous les planteurs Brésiliens, que la présence de la forêt est considérée comme un critérium dans le choix du sol. Tous ceux que j'ai pu interroger sur ce point m'ont répondu que toutes les terres saines de leur région, sur lesquelles on trouve une forêt renfermant des arbres gigantesques, pouvaient être considérées comme propre à rétablissement de plantations de caféiers.
Les sols qui portent des forêts rabougries sont jugés comme insuffisants ; je suis bien sûr que pas un planteur du Brésil hésiterait à déconseiller la culture du caféier dans les sols dénudés du centre de Madagascar, ou sur les collines de la côte Est recouvertes de Ravenalas.
Tous les planteurs sont d'accord pour reconnaître qu'une terre humide ne peut convenir au caféier. Les sols sains qui peuvent être inondés ne doivent pas non plus être utilisés. Le caféier ne résiste pas du tout à l'inondation.
Dans rÉtat de Sao-Paolo, on ne plante jamais le caféier à moins de 3 ou o mètres au-dessus du niveau des ruisseaux.
Lorsque les collines sont très peu en pente, il reste de chaque côté des cours d'eau une large bande de terre qui sert de pâturages.
Quelquefois, cependant, on plante jusqu'au bord de l'eau, c'est lorsque les collines, sur lesquelles sont établies les plantations, présentent des flancs abrupts ; on n'a pas, dans ces situations, à redouter les effets désastreux de l'humidité stagnante.
La présence de pierres dans le sol n'est pas un obstacle au développement du caféier, à la condition toutefois, que la roche ne se présente pas sous forme d'un banc compact à une faible profondeur. J'ai cependant pu voir à la fazenda Santos-Dumont des caféiers très beaux plantés sur des sols très peu profonds, reposant sur un lit de roches paraissant excessivement compact.
Dans les terrains pierreux, les effets désastreux des sécheresses prolongées se font toujours plus sentir qu'ailleurs.
Dans les climats humides, les sols rocailleux sont capables de
porter de belles caféières. J'ai visité à la Jamaïque, dans le massif de « Blue mountain » la plantation du capitaine Taylor établie sur un véritable éboulis de roches.
Aucune description ne saurait donner une idée de la topographie et de la composition physique du sol de cette caféière.
Les plants sont placés partout sur les flancs escarpés des collines, parmi des blocs de rochers gigantesques entre lesquels on ne voit pour ainsi dire pas de terre, tant ily a d'éclats de pierre. Dans ces situations, les arbustes prennent un aspect assez misérable, ne dépassent pas 80 à 90 c/m de hauteur, mais produisent, pendant très longtemps, un café de toute première qualité.
J'ajoute que cette plantation a été installée à la place d'une forêt, comme en témoignaient les nombreux troncs d'arbres morts qui existaient encore lorsque je Tai visitée.
Le massif de « Blue Mountain » jouit d'un climat marin forestier, les précipitations atmosphériques et les brouillards y sont très fréquents.
Au Brésil, on peut voir aussi, dans certaines régions, aux environs de Campinas notamment, des plantations établies sur des collines très abruptes parmi d'innombrables et gigantesques blocs de granit.
La fazenda Salto-Guande située à environ quinze kilomètres au sud-est de Campinas, que j'ai visitée en avril 1902, en présente un exemple très intéressant.
Les caféiers sont plantés sur des collines tellement riches en blocs de granit, qu'elles me rappelaient certains mamelons des environs de Tananarive.
Dans cette même fazenda, j'ai pu me rendre un compte exact des effets produits par les déboisements et la culture extensive. Les sols des collines sur lesquelles la forêt a été remplacée par des plantations de caféiers s'épuise progressivement, et la stérilité arrive 50 ou 60 ans après l'anéantissement de la forêt.
Les collines ainsi épuisées présentent une aridité presque comparable à celle des collines du centre de Madagascar. Il serait bien difficile de se figurer, en parcourant maintenant le pays, qu'à une date en somme très peu éloignée, il était complètement recouvert de belles forêts, si des troncs d'arbres brûlés, témoins de la puissance destructrice de l'homme, ne persistaient sur le sol longtemps après la disparition des derniers caféiers.
Les sols de forêts composés comme ceux de Campinas et de Madagascar, après avoir été déboisés, perdent progressivement l'humus quils contiennent, et ne se recouvrent plus ensuite de forêts lorsque le cultivateur les abandonne.
On peut, à mon avis, dire que les sols granitiques de la région équatoriale, une fois déboisés, sont fatalement voués à devenir stériles s'ils sont soumis à la culture extensive.
Autrefois les sols ferrugineux étaient réputés comme peu propres à la culture du caféier. Les observations reproduites dans ce chapitre dispensent de tout commentaire à ce sujet ; on peut, sans crainte, avancer que non seulement la présence du fer dans le sol n'est pas préjudiciable à l'arbuste, mais que les meilleures terres à café en contiennent quelquefois des quantités considérables.
Dans son remarquable ouvrage sur la culture du caféier, le regretté Raoul dit que les sols ferrugineux sont recherchés depuis qu'on a remarqué que les dégâts dus à l'Hemileia y étaient moins forts qu'ailleurs.
Je ne sais si cette appréciation repose sur des observations pratiques, mais ce que je sais bien, c'est qu'à Madagascar, dans des sols excessivement riches en fer, l'Hemileia tue le caféier.
. Les terres volcaniques se prêtent très bien à l'établissement des caféières. A la Réunion, à la Guadeloupe, à la Martinique, les plantations sont faites en terres volcaniques.
Ces sols paraissent même avoir une très heureuse influencé sur la qualité du café. Les crus de ces trois colonies sont parmi les plus réputés. Le café de « Blue mountain » à la Jamaïque, si réputé en Angleterre, provient également de plantations faites en sol volcanique.
D'après ce que j'ai observé à la Guadeloupe, les terrains volcaniques présentent beaucoup plus de fond que les terres granitiques du Brésil L^épuisement est beaucoup moins rapide, et les cultures peuvent être recommencées plusieiu*s fois sur le même emplacement.
Il faut remarquer cependant que les sols de la Guadeloupe sont cultivés d'une façon plus intensive que ceux du Brésil et que Ton applique en général, dans cette colonie, des fumures régulières aux plantations de caféiers, fumures qui concourent naturellement à l'entretien de la fertilité.
Dans les pays où le caféier est cultivé depuis longtemps, les
observations faites sur la végétation spontanée fournissent de très utiles renseignements au nouveau colon : ainsi, au Brésil, la présence du Cedrela hrasiliensis^ des Cecropia, du Galesia gorazenna^ etc., indique, paraît-il, que le sol et l'exposition conviennent très bien au caféier.
En résumé, comment, lorsque Ton se trouve dans un pays neuf, peut- on reconnaître qu'un terrain est propre à la culture du caféier ?
Je répondrai simplement que toutes les terres situées dans les conditions de climat requises, conviennent à cette culture, si elles sont profondes, saines, et si elles portent une forêt composée de grands et vigoureux arbres. C'est là, je Tai dit déjà, le critérium de tous les planteurs.
On doit préférer, pour planter le caféier, les flancs de collines légèrement en pente aux fonds de vallées dans lesquelles l'arbuste serait exposé à souffrir de Thumidité du sol. L'escarpement des collines n'est pas un obstacle, surtout lorsque les terres sont soutenues par des roches.
La présence de rocailles ne doit pas faire rejeter un terrain.
Dans certains cas les sols rocailleux sont préférés aux autres : il faut, toutefois, avant de les choisir, s'assurer que la roche compacte ne se trouve pas à une faible profondeur. Ici il y a lieu de faire intervenir la question climat, car un sol rocailleux peut donner de très bons résultats dans un climat très humide et ne pas se prêter du tout à la culture dans un climat sec.
Il va sans dire que si, dans le pays où il s'établit, il existe des plantations de caféiers, le nouveau colon doit s'attacher à connaître les conditions dans lesquelles elles ont été effectuées et profiter, autant que possible, de l'expérience acquise par ses devanciers.
A Madagascar, les terres des collines de toute la région forestière du versant Est sont, à mon humble avis, à cause de leur composition chimique et de leur état physique, propres à l'établissement de plantations de Coffea Arabica. Elles sont absolument de même nature que celles de Campinas, et elles sont placées dans un climat qui ressemble beaucoup à celui de l'État de Sao-Paolo.
Naturellement, cette appréciation sur les terres malgaches n'implique pas que la culture du caféier soit appelée à prendre un grand développement dans la région forestière.
Pour cet arbuste les facteurs sol et climat ne sont pas les seuls
à faire entrer en ligne de compte. 11 y a lieu de faire intervenir le facteur maladie, et on sait que ce dernier a une importance considérable pour les contrées contaminées par THemileia vastatrix.
Pour plus de précision, je dis ceci : à mon sens, le sol et le climat de la région forestière du versant Est de Madagascar sont éminemment propres à la culture du caféier à petites feuilles. Mais, avant de pouvoir se prononcer sur Tavenir de cette culture dans la région qui nous occupe, il faut absolument savoir si Tarbuste y résistera d'une manière satisfaisante aux attaques de THemileia vastatrix.
Les sols de la région forestière de TEst ne sont évidemment pas les seuls qui peuvent, à Madagascar, convenir au caféier, il est probable que le massif volcanique de la montagne d'Ambre renferme dans ses forêts quantité d'emplacements propres à l'établissement de plantations.
La sécheresse qui caractérise le climat de cette région est probablement capable de rendre possible et facile la lutte contre l'Hemileia.
Des essais plutôt malheureux ont déjà été tentés à la montagne d'Ambre ; avant d'en tirer des conclusions, il y a lieu de rechercher s'ils ont été placés dans des conditions de sol et d'abri convenables.
Les observations faites par M. Deslandes, en 1902, lors de sa tournée dans le nord de l'île, font supposer que non, et il ne parait pas que l'on puisse de ces essais tirer des conclusions et condamner sans appel la culture du caféier dans le massif de la montagne d'Ambre.
Je ne connais pas assez le versant Ouest de Madagascar pour dire si les terres k café s y trouvent en abondance, il parait cependant que dans beaucoup de régions la présence du calcaire sera un obstacle au développement de cette culture.
Je répète que ce serait, à mon sens, une folie de tenter en grand la culture du caféier sur tous les terrains déboisés de Madagascar.
Pour avoir quelques chances de réussite dans ces sols, il faudrait, dès les premières années, appliquer des fumures organiques très importantes et très coûteuses, qu'il est impossible de se procurer économiquement.