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CLIMATOLOGIE ALGÉRIENNE ET ÉCHECS DE L'AGRICULTURE EXOTIQUE

L'Algérie a été longtemps considérée, si elle ne l'est pas encore, comme une terre chaude convenant aux cultures coloniales, et pour beaucoup la Tunisie aurait dans cet ordre d'idées un climat encore plus favorable. Là git une grave erreur.

Des agronomes distingués, théoriciens et praticiens, n'envisagean t que les longs étés avec leurs chaleurs torrides aggravées par le siroco, avaient pensé, surtout au début de la conquête algérienne, que le plan cultural à appliquer à l'Algéi ie devait s'inspirer de la forme tropicale, intertropicale même suivant d'autres.

On ne considérait quun des facteurs du climat, « la chaleur estivale » et l'on appréciait la climatologie hivernale d'après quelques périodes véritablement ensoleillées du littoral, à l'exclusion des phénomènes si accentués de réfrigération nocturne, il est vrai à peine connus même maintenant.

Toute la climatologie de l'Algérie, on peut dire de tout le Nord de l'Afrique, est appréciée encore d'après les conclusions prématurées d'un illustre agronome, de Gasparin, qui l'avait établie avec quelque hésitation, dans ses grandes lignes tout au moins, sur des données forcément incomplètes à cette époque. En effet, ce n'est qu'en 1874 que le réseau météorologique a été organisé en Algérie par Ch. Sainte-Claire-Deville, mais malheureusemenl en vue d'observations dynamiques qui servent

peu la climatologie et encore moins Tagriculture, car dans certains cas elles donnent à cette dernière de fausses indications.

En 1838, deMirbel, consulté officiellement par le gouvernement sur les cultures à entreprendre, conseilla de n'entrer qu'avec une extrême prudence dans la voie de l'exoticité alors prônée à l'extrême ; mais il ne se prononça pas assez énergiquement pour détruire entièrement les espérances de cette école, qui a encore des partisans malgré tant d'échecs répétés.

En 1849, de Gasparin (1) ne voulut pas engager à fond la responsabilité de l'Académie des sciences, quand elle fut consultée par le ministre compétent sur l'application d'un plan agronomique en Algérie.

Cependant, trompé par des données insuffisantes, par une légende climatologique et par des exagérations thermiques trop réelles d'un été prolongé, l'illustre agronome, si expert en météorologie, n'avait admis la réfrigération atmosphérique en Algérie pendant la saison hivernale que par les vents froids : on ne pouvait connaître encore, il est vrai, les actions météoriques particulières aux climats voisins des steppes et des déserts, dont le rayonnement est la manifestation la plus redoutable pour les plantes. Les vents froids, suivant de Gasparin, influaient en la circonstance sur une végétation en pleine activité, brusquement impressionnée, et c'est à cette atteinte survenant sans aucune transition que l'on devait attribuer une des principales causes de la mortalité de beaucoup de végétaux exotiques : les abris dits brisevents constituaient, suivant lui, des moyens de protection suffisants contre l'action et le choc direct de ces vents froids.

Donc, avec des arbres et des irrigations, pensaient de& sommités scientifiques comme Boussingault, de Jussieu>

(1) Dk Gasparin, Rapport à l'Académie des sciences.

Gaudichaud, de Gasparin et tant d'autres ne redoutant pour une agriculture tropicale en Algérie que des actions thermiques, solaires et une pluviométrie insuffisante, on parait aux véritables obstacles climatériques. Ainsi disparaissait la suspension estivale de la végétation et par l'interception des vents desséchants et brûlants « régnait un été qui n'était plus celui du Sahara, mais celui des Antilles, grâce à l'humidité unie à la chaleur'.... {loc, cit.) »

Du froid dont les soldats mouraient par milliers ensevelis sous des avalanches de neige, nul n'avait cure !

Ces savants désiraient d'autant plus ardemment la proche réalisation de ces modilications atmosphériques, chaleur et sécheresse seulement, qu'ils reconnaissaient déjà pour l'Algérie la nécessité d'avoir une agriculture spéciale dont les produits ne feraient pas concurrence à ceux du sol métropolitain, en créant une situation économique non résolue actuellement et qui pourrait préoccuper un jour.

Tel était Tété rêvé, perpétuellement favorable grâce aux transformations du milieu toutes théoriques et si facilement conçues qui devaient rapprocher le climat algérien de celui des zones chaudes et humides des tropiques; mais on avait oublié de tenir compte de la nature de la saison qui lui succédait et durant laquelle, pendant cinq ou six mois, des refroidissements nombreux sous z'fro étaient à craindre la nuit, avec une température peu élevée à l'ombre pendant le jour.

Bien des insuccès inhérents à cette fausse interprétation des phénomènes physiques du pays en furent la conséquence.

Mais la force de la légende et du parti pris était telle qu'ils furent attribués, suivant les uns, à l'insuffisance de la chaleur sur la côte. Aussi, d'autres prétendirent que derrière l'Atlas, sur les versants sud, on trouverait des régionschaudes, plus propices aux plantes tropicales : c'était

ne pas tenir compte de l'allitude et de la forme steppien!n;e de ces zones si proches du désert. Mais, toujours hanté par la même chimère, on chercha à combattre principalement la chaleur et la siccité de l'air en été, sans vouloir admettre la rigueur de la saison hivernale pourtant bien prononcée et prolongée dès que Ton s'écarte du voisinage immédiat de la mer. C'est pour soustraire les essais de Quinquinay de Caféier et de Théier aux maxima thermiques et à la siccité atmosphérique, surtout par certains temps de siroco, qu'on les reporta dans des ravins où des froids réitérés de — 6« à — 8<» les anéantirent.

On verra par la suite de cet exposé le sort réservé aux plantes de l'agronomie tropicale, en dehors de celles précitées, toutes arrêtées en plein développement par le froid de l'hiver, même sur la partie du littoral la plus tempérée de notre nord africain ; cela explique pourquoi l'agriculture de cette région n'est que méditerranéenne et perd même ce caractère par les rigueurs hivernales du climat dès qu'on pénètre dans l'intérieur des terres.

Des extrêmes de chaleur, d'insolation, de froid, de la pénurie pluviale et hygrométrique, il ressort que la plus grande partie de l'Algérie, celle des vastes plateaux, est sous l'influence du climat steppien. Malheureusement sa ligne de démarcation se trouve à une trop faible distance du littoral, à 60 ou 100 kilomètres tout au plus; c'est une ligne presque parallèle à la mer passant par Soukahras, Sétif, Boghari, Tiaret, Saïda et Tlemcen .

En résumé, le pays qu'on appelle le Tell, mot sans spécification climatologique, pris comme région de. culture intensive, extensive et de parcours, est enserré entre cette ligne au sud et la mer au nord. Toute la colonisation se meut dans cette longue mais étroite bande. La limite de l'Olivier et de la Vigne est bientôt atteinte ; ces plantes dans leur exploitation économique ne franchissent pas la ligne des faîtes dont le versant nord

est encore dans le climat marin. A partir de cette frontière, c'est le pays de parcours, le vaste steppe avec ses extrêmes, rebelle à toute agriculture même simpliste, où la colonisation n'a rien à faire.

Sur la carte, l'Algérie occupe une étendue considérable, mais la terre arable y est en quantité très limitée ; l'utiliser de la meilleure manière possible, c'est là tout le problème algérien : telle est l'opinion exprimée par deux savants algériens, MM. Ficheur, géologue, et Aug. Bernard, géographe.

Les îlots fertiles et susceptibles d'appropriation sont disséminés dans de vastes espaces quasi-désertiques; quelques-uns comme la Kabylie, soumis à un meilleur régime pluviométrique, sont trop escarpés pour la colonisation européenne. Aussi la colonisation ne formera jamais en Algérie que des taches séparées par de grandes régions qui resteront plus ou moins complètement indigènes : telle est la conclusion philosophique des auteurs précités (1).

L'Algérie, trop tôt limitée par le désert, n'a donc pas de grandes plaines, d'immenses régions semblables à celles du Far West, à terres fertiles sous un climat tempéré, convenant aux céréales dans ses latitudes nord et au Cotonnier dans les plus basses latitudes. Les hautes plaines du sud algérien ne sont que des espaces désertiques impropres à la culture sauf quelques oasis, dans lesquelles l'élément européen est sans avenir.

Puisque le Nord de l'Afrique comprend la plus grande partie du domaine étudié ici, il convient, en dehors des généralités climatologiques qui précèdent, de préciser davantage une des principales actions météoriques nuisibles à la végétation.

(1) Aug. 3ernk>«d et E, Fjchecr, Régions naturelles de V Algérie {Annales de géographie^ 1^02, n" 60), avec une carte hypsométrique montrant que l'Algérie n'est qu'un vmste plateau.

Si Ton examine attentivement la carte (fig. 4) avec sa répartition des points d'altitude où sont cependant des centres de colonisation, on voit que l'ensemble de l'Algérie n'est qu'un immense relèvement à climat continental et steppien à cause du voisinage immédiat du Sahara. La dislocation des Hauts -Plateaux en Tunisie, vei^ la côte orientale, atténue ou supprime cette altitude, mais ouvre les régions nord aux courants désertiques.

L'agriculture se trouve, dans la période automnovernale, entièrement sous la dépendance d'une pluviométrie trop souvent irrégulière et réduite, sauf sur le littoral; mais cette période est en même temps celle de la chute de la température. La bande véritablement littoraleest, on l'a vu, très étroite et, toutes proportions gardées,, ne présente guère qu'une exception climatologique, tout comme la Côte d'Azur par rapport à la Fmnce.

L'élément principal de la météorologie de cette période, analysé dans ses manifestations particulières auprès du sol, est le froid nocturne. S'il n*est pas la seule constituante climatologique de cette saison, il a cependant une influence prépondérante sur le revêtement du sol, que la végétation soit spontanée ou due à la culture, et par conséquent sur la situation agricole et économique du pays.

En effet, les minima nocturnes qui se produisent dans la couche inférieure de l'air auprès du sol, sont normaux chaque année et ils ont lieu pendant toute la saison de végétation et de culture : là gît la gravité du météore.

Ces refroidissements sont fréquents et de longue durée et se révèlent par séries. Pendant la nuit la couche d'air voisine du sol est refroidie à plusieui*s degrés au-dessous de zéro, puis brusquement au lever du jour une radiation intense, parfois une véritable insolation souvent accompagnée d'une extrême siccité atmosphérique, exerce une action vive et désorganisatrice sur la végétation congelée ; les mêmes phénomènes se succèdent par séries plus ou Rivière et Lecq. — Cultures du Midi. 3

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moins longues, avec interruptions et reprises (voir les graphiques).

Souvent ces périodes sont précédées de sirocos ou de t«naps calmes qui ontactivé la pousse des plantes; parfois aussi les séries de froids sont interrompues par des temps ensoleillés et des vents chauds.

Soms de telles' actions météoriques les pâturages se développent mal, les céréales sont de faibles rendements avec des épis maigres sur de courts chaumes, et^es animaux transhumants souffrent de ces écarts de température parfois extrêmes. Quant aux indigènes, ils sont exposés au plus dures conditions et privations.

On s'explique, par la constatation de ces phénomènes atmosphériques, le rendement infime des céréales en pays indigène (3 q*'' 1 /2 pour le blé, statistique officielle). On s'explique aussi, quand ces intempéries sont accusées et que la neige recouvre le sol, empêchant toute pâture, pourquoi les troupeaux transhumants meurent de froid et de faim. Dans les cas les moins graves, il faut, comme en janvier et en février 1904 et 1905, tueries agneaux pour sauver les mères.

En résumé, ce sont ces variations brusques de l'atmosphère et Texagération de leurs termes qui, jointes au manque ée pluie, constituent la dominante du climat steppien. Ces variations sont souvent considérables dans les Hauts-Plateaux algériens, surtout par les temps clairs, si l'on compare les minima à glace de la nuit avec les degrés actinométriques maxima; il peut y avoir en vingt-quatre heures des différences de 45*', facilement explicables quand il y a déjà des minima nocturnes de — lo*» et— -17°. Deux météorologistes distingués, MiM. Angot et Teisserenc de Bort ont comparé ces températures extrêmes des Hauts-Plateaux algériens à celles du Pamir, en Asie centrale (1). Un agriculteur des plus autorisés, M. Ryf, a signalé à Sétif des froids de — iO*» à— 15o (2).

(1) Société météorologique de France^ 5 mai 1891.

(2) ScHRiBAux, Société d'agrtcul(ure de France, 1902.

Les froids tardifs et printaniers sont parfois redoutables pour la végétation quand le rayonnement coïncide avec un abaissement thermique de la masse atmosphérique; dans ce cas les épis sont gelés et même les pâturages naturels.

Dans les nuits du 8 et du 22 mai 1902, les épis dans le chaume ont été détruits sur beaucoup de points, notamment dans la plaine du Sersou, près ïiaret, à Saida et à Sétif (1), dans tous les environs de Bordj-bou-Arreridj, en Kabylie. Dans un grand nombre de cas le thermomètre est descendu à — 7<» et à — 8<*, et l'on a même signalé des degrés plus bas (2). Même observation en 1905 sur quelques points élevés de l'Algérie. Ces intempéries prinlanières sont plus rares dans les plaines basses du climat marin, cependant le gel des épis des céréales y a été observé.

Étant donnée cette climatologie spéciale des grands pays de parcours où la colonisation européenne doit rencontrer de réels obstacles, on reconnaîtra combien est erronée cette prétention jamais justifiée, de vouloir introduire dans de telles régions une végétation empruntée surtout à l'exoticité, d'en régénérer les pâturages par des plantes importées, quand ces pâturages naturels souffrent eux-mêmes tout autant du froid que de la sécheresse et de la chaleur.

Mais ces immenses régions ne sont pas absolument stériles, grâce à Télevage indigène et à la transhumance des troupeaux ; l'indigène y vit et y a même créé par ses propres moyens une richesse relative, car il est resté le grand pourvoyeur de bétail.

Un des agronomes les plus distingués de notre époque, M. Tisserand, alors directeur au Ministère de l'agriculture, en reconstituant la bergerie nationale de Mondjebeur,

(1) Comice agricole de Sétif y année 1903.

(2) Gouvernement général de l'Algérie. {Situation agricole au 31 mai i90S.)

près Boghari, en plein pays de steppes, et en confiant sa direction à un praticien autorisé, M. G. Couput, avaîl bien compris qu'il y avait une étude toute particulière à entrepretidre sur l'agronomie spéciale des Hauts-Plateaux aux extrêmes si terribles pour la vie animale et végétale et sur leur mise en valeur.

En effet, les produits de l'agriculture pastorale décelaient déjà un gros chiffre d'exportation, que l'on devait maintenir sinon développer. Cette sage conception ne fut pas soutenue par M. Cambon, alors gouverneur, et cette utile institution fut supprimée. Mais ce haut fonctionnaire reconnut bien vite cette faute lourde, qui sera jugée sévèrement par l'agronomie future ; aussi prit-il pour l'atténuer, mais sans y réussir, une décision, créant un service (19 mare 1892), en vue de l'étude « de l'utilisation des steppes des Hauts- Plateaux, avec les ressourcesactuelles et celles que l'homme pourrait y créer ».

Ce nouvel établissement fut placé, conception inexplicable, à la porte d'Alger, région des plus tempérées où s'épanouit la tlore exotique dans toute sa luxuriance horticole (Station botanique de Rouïba, transférée plus près d'Alger, à Maison-Carrée).

Le maréchal Bugeaud avait été mieux inspiré quand il créa ses pépinières régionales, ayant déjà déterminé, ce qui est trop oublié de nos jours, la diversité des climats algériens.

Contrairement à une erreur climat ologique trop répandue, la caractéristique générale de la météorologie algérienne est que les conditions de végétation sont de plus en plus défavorables au fur et à mesure que l'on s'éloigne du littoral, non seulement pour les plantes tropicales^ mais aussi pour celles dites européennes. En effet, beaucoup de végétaux du centre de la France, surtout du nordouest, ne sauraient résisteraux dures conditions de l'hiver algérien, en dehors de la zone marine.

Si, sur la carte (fig. 4) on établit des lignes isother-

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