DEUXIÈME GROUPE
ne sont pas dans la zone de leur rendement moyen.
Du développement tout au moins apparent dans notre région d'un végétal exotique, objet dans son pays d'une exploitation naturelle et par cela même souvent avantageuse, on ne saurait conclure à sa culture lorsque cette opinion est basée seulement sur le faciès de la plante s€)«imise à des conditions d'existence absolument artificiielles-
Dans cet ordre d'idées faux on voit préconisée la production du Camphre^ du Caoutchouc de diverses espèces, même d'une Gutta^ de matières tanniques, gommeeses et saccharifères, d'alcaloïdes retirés de certaines planles, ete. Cependant un problème économique préoccupant se pose tout d'abord et reste toujours à résoudre dans ces questions de climatologie et d'agronomie appliquées à ces productions exotiques, spontanées, qui par conséquent ne sont l'œuvre de personne et n'ont nécessité jusqu'à ce jour qu'une récolte, une exploitation du reste assez inconsidérée pour entraîner souvent la disparition du végétal.
Si la reconstilulion s'impose, où et dans quelle condition se fera-t-elle?
La nature seule a fait les frais de l'existence et de la prospérité d'un peuplement dont on n'a eu qu'à recueillir la richesse emmagasinée depuis des années ou des siècles ; mais quand il faudra demander ces mêmes produits et ces mêmes rendements à la culture grevée de frais d'achat de terre, de dépenses de premier établissement, d'entretion et d'exploitation, quelle sera alors la situation économique d'une entreprise à résultats aussi éloignés, en supposant que l'on ait trouvé d'emblée la station favorable au développement et au rendement moyen de la plante ?
En d'autres termes, et comme exemple, on peut se demander ce que coûterait, par rapport au prix marchand, le kilogramme de camphre, de caoutchouc, de tannin, de gomme, etc., issu d'une de ces plantations artificielles, si l'on a à ajouter en plus des frais généraux et d'amor-
tisse ment pendant des périodes qui dépassent 2b ans?
£n outre, est-il certain que ces plantes en changeant de milieu conservent les qualités et les principes qui les font rechercher ? C'est là un des plus graves problèmes de lacclimatation, c'est une appréhension qui doit, à juste titre, préoccuper le biologiste, le climatologue et l'économiste.
M . le Dr Heckel, le très distingué professeur de la Faculté de Marseille, qui en Provence pratique avec conviction la transportalion des plantes dans d'autres milieux, pose cependant un principe avec des conséquences qui ne sont pas assez connues. En effet, ce savant a avancé avec raison — et beaucoup de faits confirment déjà son opinion — « que le moindre changement de vie dans les végétaux apporte des perturbations prof ondes dans la nature chimique et physique des produits, parfois même il en tarit la source complètement, »
On a déjà trop d'exemples de l'exactitude de cette règle générale par les déceptions causées récemment dans diverses colonies par la stérilité ou l'insuflisance de rendement des plantes à caoutchouc, Manihot GlaziowH, Castilloa, Hevea, Ficus jGutta, etc., en dehors de leurs véritables milieux.
En Algérie, des faits de même nature apprennent qu'il ne convient pas de juger du rendement futur d'une plante d'après sa végétation satisfaisante d'abord, mais qui peut n'être que temporaire ni même d'après son développement complet, luxuriant, égal à celui dans son pays d'origine, si le but visé est l'obtention d'un produit non apparent de l'organisme intime, comme une gomme, un alcaloïde, une essence, une huile, etc.
Mais point n'est besoin de démontrer l'effet ou l'insuffisance climatérique sur les profondes fonctions physiologiques des plantes ; ne voit-on pas sur le littoral africain des espèces de végétation extérieure paraissant accomplie, ne pas fructifier dans les milieux autres où elles sont