Cultures latine et teutonne [microforme]
dence des peuples latins, dont on avait tant parlé depuis un demi-siècle, en Allemagne surtout, où l’on tenait le tait pour assuré. Et c’est elle-même, l’Allemagne, la privilégiée, la puissante Allemagne, “ l’élue de Dieu ”’, qui devait être appelée à bénéficier des avantages de cette situation que lui valait son évidente supériorité. Dans son rêve d’orgueil inconscient, elle en était venue à mépriser tout ce qui n’était pas de sa création, et à croire à sa prochaine hégémonie universelle, qu’elle préparait depuis de longues années. Et c’est pour réaliser ce rêve insensé qu’elle a provoqué l’épouvanta-
ble boucherie contemporaine, en s’attaquant d’abord à la nation qui incarne peut-être plus que toute autre l'idéal de la ‘civilisation latine.
‘Ah ! c’est que ce n’est pas une guerre ordinaire. C’est une guerre d’extermination ! avouait un officier allemand à un prêtre français dans les Premiers mois de l'invasion. Il ne s’agit pas de savoir qui Bagnera une bataille, pour faire la paix ensuite. 1Ils’agit de savoir si la race latine et la race slave vont prétendre continuer d'exister en face de la race germanique, c’est-à-dire en face d’une culture et d’une civilisation supérieures... Oui, c’est entendu ! Vous êtes bons, vous soigrez bien nos blessés. Mais que voulez-vous ? Vous êtes des êtres inférieurs, destinés à être absorbés ”’, (Gabriel Langlois, ‘“ L’Alle- Magne barbare ”, p. 277.)
C’est aussi ce que déclaraient les pacifistes allemands, sur lesquels on avait tant compté pour la Conservation de la paix en Europe, répondant à un appel des
pacifistes français, savoir, que la Frane.
était une nation dégénérée, et que, comme telle, elle devait se résigner à subir son sort, c’est-à-dire se laisser passivement décapiter par la puissante Germanie.
Rien que cela !
Comme vous le voyez, leurs prétentions ne sont pas minces.
Si vous voulez être pleinement édifié Jà-dessus, lisez, entre autres, Bernhardi :
L'Allemagne et la prochaine guerre ”.
Le présent conflit, tout en ramenant les Teutons à la raison, va encore avoir pour effet de guérir le monde de la béate admiration qu’il avait fini par porter aux méthodes allemandes dans les différentes
branches du savoir et de l’activité humaine.
C’est au point que si les événements avaient continué à suivre pendant encore
une ou deux décades leurs cours ordinaire, les Allemands obtenaient, par leur esprit
d'entreprise, par leur formidable organisation intérieure et extérieure, ce qu'ils
ont voulu posséder tout de suite bar la
force brutale: Ja maîtrise universelle.
Oui, assurément, sans la guerre, le monde se serait réveillé un bon matin, pris dans les mailles du filet allemand.
Mais comment expliquer ce manque d'équilibre intellectuel, cette mentalité qui semble n'être propre qu’aux peuples teutons, cette absence absolue de sens moral, qui leur a fait commettre tant d’injustices, de crimes abominables, inconcervables, avec un cynisme que l’on aurait jamais cru possible ?
Sans doute le fonds de la nature humaine est le même chez tous les hommes, à quelque groupe qu’ils appartiennent, ‘“ Si l'intelligence a Progressé dans le cours des âges, dit l’auteur des Enseignements Psychologiques de la Guerre Européenne, M.
Gustave Le Bon, les sentiments gouvernant les hommes sont restés inchangés. La jalousie, la férocité, l’ambition et la haine n’ont pas d'époque...” Ce sont les bas instincts du cœur et de l'esprit non réprimés qui sont la cause de tous les
maux Cont nous souffrons, des conflits qui s'élèvent entre les individus aussi bien qu'entre les peuples. Il n’en est pas moins constant que parmi les peuples indo-européens qui sont répandus en Europe, certains se réclament directement de la civilisation gréco-romaine, qui a agi comme un agent puissant dans la formation de leur caractère et de leurs mœurs :
ce sont les peuples dits Latins, ou semi- Latins, comme les Anglo-Saxons. Ceux-ci ont hérité de cette civilisation fondée sur le respect et la dignité de la personne humaine, sur des principes d'ordre et de morale, de raison et de justice, civilisation aussi humaine qu’on pouvait l’espérer des conditions du temps et du milieu. Même aux jours de l'empire le plus absolu, l'Etat romain fut toujours un code autant qu’un pouvoir, une constitution juridique autant et plus même qu’une force militaire.
L'empire demeurait le règne du droit souverain, tel que l’édictait la conscience commune, que l’interprétait le sens com-
pe
mun, que l’élucidait et le définissait toujours mieux la raison commune. (Bérard, L’Eternelle Allemagne, p. 26).
“César ne m’empéchera pas de faire observer les lois”, répondait Brutus à un plaideur qui en appelait à César. La loi romaine avait du moins cela pour elle, qu’elle était le droit de tous. Quand un Pays est conquis, rien n’y est changé si ce n’est que la terre devient de droit la propriété de l’Empire. Les vaincus continuent à jouir du sol à titre d’usufruit et de tolérance. Les hommes restent libres et sont regardés comme des alliés ou auxiliaires du peuple romain. Les coutumes nationales sont : respectées, les droits conservés, de même que les signes distinctifs de la nationalité, la langue, les mœurs, la religion: les signes mêmes de la souveraineté leur restent, pourvu qu’ils‘ aient égard comme il convient à la dignité du peuple romain.” —“Ce sont des étrangers, dit le jurisconsulte, qui jouissent chez nous de leur liberté, comme chez eux nous