‹ Cultures latine et teutonne [microforme]Chapitre 2 sur 4 · ENT · texte numérisé non relu

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jouissons de la nôtre.” (César, de Bello Gal.,1,45.) C'est ainsi que, autant par la puissance des armes que par l’adresse de la politique, le monde devenait sujet ou vassal de Rome. Ce n’est pas l’empire du monde, dit Cicéron, c’est le patronage du monde qui est entre les mains de Rome.

Maîtresse de fait, il semble qu’elle ne veut l’être que de nom, ne demandant, en vertu des droits de la victoire, que ce qui était nécessaire pour le maintien de la paix. Les chefs des vaincus devenaient souvent des chefs de légions, et étaient appelés à gouverner la contrée ou d’autres provinces.

La Grèce, il est vrai, perdit son indépendance nationale, tout en conservant son aéropage, ses écoles, ses jeux, ses assemblées populaires, les villes leur sénat ; mais son influence civilisatrice persista, et ses vainqueurs subirent bientôt le charme de sa vertu bienfaisante et de sa suprématie intellectuelle. La langue et la littérature furent le véhicule au moyen duquel les idées sociales et politiques des Grecs péné-

trèrent la mentalité romaine, et formèrent ce fonds commun dont bénéficièrent les peuples dont les territoires baignaient les rivages méditerranéens jusqu’à la terre d’Albion. C’est ainsi que Rome contribua à l’éducation de la plus noble portion de l'humanité. Avec les légions, les envoyés de César font naître dans ces contrées indisciplinées le trafic, les arts, l’industrie, les habitudes de la paix, tout ce que l'esprit romain a de régulier, de permanent.

“Rome couvrit ses provinces de villas et de cités, d'exploitations rurales et de marchés urbains, En Espagne, en Gaule, en Afrique, au Levant, le sol avait été transformé par la villa, dont les équipes défrichaient, asséchaient, épierraient, drafnaient le sol pour l'extension continue du fond et des revenus pacifiques. En même temps, espagnole, gauloise, africaine, levantine ou italienne, l’humanité romaine était transformée par les centres de culture civile qu’étaient les cités et leur

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prétoire’”’. (Bérard). Un siècle à peine après la conquête de César, la Gaule était transformée, et ses habitants devenus autant d’adeptes des humanités gréco-latines. Le midi de la Gaule n’est plus une province, dit Pline, c’est de l'Italie ; forte, laborieuse, économe, féconde en hommes et en richesses. (Hist. nat., III, 4.)

Telle de ses provinces, l’Aquitaine, ne tardera pas même à rivaliser avec la Grèce et l’Italie par la perfection du style. Nulle part on ne voyait d'écoles plus florissantes ni l’on entendait de latin plus éloquemment parlé. Ausone (309-394) meñhtionne, dans un de ses poèmes, les noms de trente professeurs qui, avec lui, illustraient la chaire de la seule ville de Bordeaux.

Sans doute, cette belle époque sera suivie de plusieurs siècles de décadence et d’obscurcissement, mais la semence ainsi jetée refleurira en son temps. : De la Gaule, la conquête et la civilisation attei-

gnirent de bonne heure les côtes incultes et sauvages de la Bretagne.

L'Espagne, comme la Gaule, fut soumise, gouvernée et civilisée par l'influence romaine. Là également, les monuments romains abondent, Ce sont, dit Tacite, les deux plus opulentes provinces du monde. (Hist. I, 53). La Grèce, d’ailleurs, outre la partie méridionale de l'Italie qu’elle avait peuplée et depuis appelée la Grande-Grèce, avait encore semé des colonies sur tous les rivages, et sur plus d’un point, notamment en Espagne, avait précédé l'influence romaine. A l’époque de Strabon, le latin était la langue de l'Espagne. (Strabon, III).

Or les Grecs excellaient non seulement dans le domaine des arts et des lettres, mais dans le domaine politique et social.

Ils avaient, touchant l’organisation d’un état, les notions nécessaires pour assurer la paix, le bonheur et le bien-être de ses habitants. “Souviens-toi, écrit Cicéron à son frère Quintus, envoyé comme

saone

préteur dans la province d’Asie, souvienstoi que ceux auxquels tu vas commander sont des Grecs, le peuple qui a civilisé les nations, qui leur a enseigné l’humanité et la douceur, auquel enfin Rome doit ses lumières.” (Ad Quint., I, 1.)

En Attique, le principe de l'autorité résidait, non dans un homme, quel qu’il fût, mais dans les lois, lois conformes, autant que possible, aux dictées dela raison et auxquelles gouvernants et gouvernés, devaient se soumettre. On donnait sa vie pour sa patrie, pour obéir à la loi et non sur l’ordre d’un maître exigeant tel sacrifice. Aux yeux des Grecs, les Perses, les Egyptiens, malgré leur savoir, leur industrie, leur prospérité et leur puissante organisation, n'étaient pourtant que des barbares, parce qu’ils ne savaient que se courber aveuglément sous le caprice d’un maître et obéir, comme autant d’autcaates à tout ce qu’il lui plaisait d’ordonner. Aussi ne voyaientils en eux que des esclaves, tandis que les

habitants de la cité grecque étaient, seuls, des citoyens, des hommes libres.

Les Teutons, habitués au joug et à la servitude, sont la chose de l'Etat, de l'Empereur. “Vous m'avez juré fidélité, disait celui-ci aux recrues de Potsdam le 23 novembre 1891, c’est-à-dire que, devenus Mes soldats, vous vous êtes donnés à Moi, corps et âmes. Vous n’avez plus qu’un ennemi, Mon ennemi.... Le soldat ne doit pas avoir sa volonté ; mais vous devez avoir une seule volonté et c’est la Mienne ; il n’existe qu’un ordre, et c’est le Mien”. Le fonctionnaire ou l'officier se donnent corps et âme à son souverain et lui jure obéissance et fidélité. Ainsi parle M. Werner Wittich, professeur à l’université de Strasbourg. Le fonctionnaire se croit une émanation directe de cette divinité, l’empereur. Voilà une des raisons pour laquelle nous assimilons les Allemands de nos jours aux barbares de l’antiquité, et ce qui fait que la guerre actuelle, comme celles que rappellent

les glorieux champs de bataille des Thermopyles, de Marathon, de Salamine et de Platée, est vraiment, de la part des

. Alliés, la lutte de la civilisation contre la

barbarie scientifique, de la liberté politique et morale que réclame la dignité de l'être raisonnable contre l’absolutisme sanguinaire et tyrannique du maître.

Les anciens Germains subirent à peine le contact de la civilisation romaine. Ils en furent plutôt les ennemis, menaçant sans cesse les frontières de l'empire. Leur conversion au Christianisme sans doute contribua à les civiliser, à adoucir leurs mœurs, et à créer entre eux une certaine cohésion en leur apprenant à mettre l’intérêt commun au-dessus de l'intérêt individuel. “L'Eglise les invita à renoncer à leur vie aventurière de brigands et de coureurs de bois, à placer leur idéal ailleurs que dans la construction de donjons et de

châteaux forts, à chercher le plein épanouissement de leur vie dans des groupements urbains et policés sous la suprême autorité d’une loi reconnue par tous— toutes choses qui venaient bien de la cité grecque par l'intermédiaire de Rome.” En l’an 800, Charlemagne est sacré empereur d'Occident, et nous avons d’abord le très saint Empire romain, puis le très saint Empire romain germanique. Pour la première fois, les Allemands sont placés en face de circonstances les plus favorables pour supplanter la civilisation latine, et ils échouent lamentablement. “L'empereur allemand ne ressembla presqu: en rien au César latin. Il ne fut jamais le magistrat suprême d’une vaste collectivité humaine, consciente d’elle-même et unie par de communes lois. Quoique son sacre fît de lui le chef temporel de toute la chrétienté, sa suzeraineté ne fut admise ni en France, ni en Angleterre. En Allemagne même, il ne fut vraiment maitre que dans sa petite principauté de

famille. Ce n’était pas une nation qu'il abritait sous sa couronne impériale. C’était toute une bande de barons, comtes, marquis, ducs, margraves, dont quelquesuns rivalisaient avantageusement avec lui en puissance matérielle et en prestige militaire, qu’il devait par conséquent gagner à sa cause, sous peine de n’être plus qu'un roitelet désarmé. Le pouvoir de l’empereur était mesuré au nombre de grands seigneurs qu’il avait su se recruter comme partisanset vassaux”. (M. Tamisier, 8.j.)

Ce fut au contraire la royauté française qui, sans avoir le titre de l’imperium, comme le fait observer M. Bérard, sut en acquérir tous les bénéfices et en accomplir tous les devoirs. ‘Chef de la Croisade, fils de saint-Louis et évêqne extérieur en son royaume, le Capétien, tout en restant le fidèle serviteur de la nation française, apparut néanmoins à toute la chrétienté d'Occident comme le défenseur de la foi, de la morale et de l'Eglise chré-

tienne. Et rien ne servit les intérêt de la nation et de la dynastie tout ensemble— et ceux de l’humanité par surcrott— autant que le zèle très chrétien de notre royauté, fille de Saint Louis. ‘“L’Eternelle Allemagne, p. 126.)

Vers cette époque (13e siècle), la France exerçait déjà la magistrature morale de l’Europe. Elle avait donné la mesure de sa force d'initiative et de production en poésie, par la chanson de geste et le roman héroïque (1); en philosophie, par les ferveurs de la scolastique ; en architecture, par les chefs-d’œuvre du style ogival ; en politique, par le mouvement des communes ; et hors d'elle-même par l'entraînement des croisades. Son histoire est l’histoire même de l'humanité dans l’Occident. (Lollié-Littératures comparées.) En Orient, à Jérusalem, à Cons-

(1). Muratori raconte qu’au XIIIe siècle, on chantait communément sur les places des villes italiennes les gestes de Roland et d'Olivier.

tantinople, en Morée et à Athènes, on entendait le parler français aussi aisément qu’à Paris, suivant l'expression d’un chroniqueur d’alors. (1)

Pendant tout ce temps, le levain allemand fermente sans doute, mais sans ajouter aux concepts germaniques guère plus de prestige qu'ils n’en jouissaient

(1). En 1308 “la puissance du roi de France était vraiment im nte et souveraine. A côté de la faiblesse de la papauté, de l’abaissement de l’Alle-

e, on voyait le gouvernement de Philippe le Bel suivre une politique étrangère de Ca. pret rance, avoir une diplomatie presque universelle pour le temps. Le pape vivait en France. En Italie, un capétien (de la maison Da régnait à Naples et prétendait au trône de Hongrie. En Castille, les enfants de la Cerda étaient soutenus par le roi de France. La Navarre avait pour souverain la reine de France. Philippe le Bel avait fait de nombreuses ailiances parmi les princes du Rhin, de Liège et du Brabant, de la Savoie et du Dauphiné. Charles de Valois épousait Catherine de Courtenay, héritière de l'empire latin de Constantinople. Un mariage, à | ei de 1303, unissait la France et l'Angleterre.

traités étaient conclus avec les princes les plus lointains: le kral de Serbie, le roi £ Norvège, les khans des Mongois, ls chefs Mongols de Syrie.” tir et Rambaud, 111, p. 24.)

mille ans auparavant. La Légende des Nibelungen, l'architecture de Nuremberg et autres ‘‘tés allemandes du moyen-âge, la Ligue hanséatique, destinée à protéger le commerce des villes allemandes et qui établit des comptoirs depuis l’Angleterre jusqu’à Novgorod en Russie, sont bien des œuvres dont tout peuple pourrait se glorifier ; mais ce ne sont pas de ces créations susceptibles de faire rejaillir sur une race un ascendant, un rayonnement, qui s’impose au reste de l'univers, tandis qu’un Dante, un Shakespeare, un Cervantes, déborde sur le monde. Aussi, à cette époque, la civilisation latine apparaît comme l'idéal à poursuivre, comme le seul principe d'ordre et de justice qu’il importe de maintenir.

La France, par l'application du vieux principe romain de centralisation politique, devient bientôt le premier et le plus puissant des Etats modernes. Pendant un temps, la France, l’Italie, puis l’Espagne, par le développement de leur com-

merce, des arts et du perfectionnement de leur langue et de leur culture, tiennent les premiers rôles sur la scène du monde, tandis que l'Allemagne, se débattant impuissante au milieu d’un chaos d'Etats rivaux, ne peut rien faire de mieux en fait de productionslittéraires que d’enfanter la Corporation ouvrière des Maîtres chanteurs.

La lan, .e française est en train de conquérir un empire qui deviendra bientôt universel. Des auteurs étrangers préfèrent écrire dans cette langue parce qu’elle est “la plus délitable et la plus commune à toutes gens.” En Italie, la littérature, sous l'impulsion de son immortel Dante, se développe, les arts atteignent presque du coup la perfection et préparent l’éclatante époque de la Renaissance, qui assure son triomphe dans les lettres, les sciences ét les arts, et une influence telle qu’el'’. n'avait pas encore connue depuis la chute de l’Empire romain. En Angleterre, Chaucer, coulant ses vets dans les

moules poétiques que la France lui offrait ouvre brillamment la série des écrivains nationaux. Paris, par sa célèbre Université, est déjà devenu le centre du savoir, et partout enfin règne et se répand la civilisation latine, portant en elle la semence de toute les vertu: humaines et d’aspirations ennoblissantes.

Qu'on se rappelle seulement ce que le seul mot d’‘“‘honnête homme’ comportera, au 17e siècle, en fait de bienveillance, d’honneur, d'élégance, de courtoise, vertus si étrangères à la culture allemande.

On peut dire que l'intelligence française a surtou' exercé sa suprématie en Europe aux XIle, XIIIe, XVIIe et XVIlle siècles.

La Réforme, cependant, remue profondément l’Allemagne; mais au lieu de favoriser ses intérêts, elle la divise et l’'amoindrit. Elle en fait le champ clos de luttes intestines, qui l’épuisent et mettent en péril la civilisation que plusieurs siècles d'influence et de vie catholique lui

avaient infusée. A la Renaissance, la prédominance de la civilisation latine était universellement reconnue, et rejetaient dans l’ombre les quelques reflets qui auraient éclairé le firmament artistique et littéraire de la Germanie pendant tout le moyen-âge.

Il est vrai qu’au 17e siècle, on voit apparaître les premiers symptômes de ce que l’on a appelé de nos jours la décadence latine. L'art et la littérature italienne perdent de leur éclat; la langue s’altère:

encore faut-il retenir des noms comme ceux de Galilée, Vico, Torricelli, célèbres dans les sciences. Le soleil d’Espagne, qui a eu ses jours de splendeur, cesse de briller. Elle conserve, cependant, malgré la détresse générale de son peuple, plus d’élan et de vigueur que l'Italie. Il faudra attendre au 19e siècle pour voir refleurir dans ces deux derniers pays une nouvelle renaissance littéraire. L’Allemagne présente plus que jamais le spectacle de “l'anarchie constituée”, où s’é-

touffent sentiments, idées, inspirations.

“C’est le triste XVIIe siècle” dont se plaint Vilmar, le siècle allemand-français, tout à l’asservissement des modes étrrngères. Dans les petites cours princières, ducales, électorales, dont le nombre est infini, on copie les manières, les habitudes et la langue françaises: mais, en bas, les Mœurs ont gardé une rudesse bien germanique; et la vie de société, par son développement si tardif, laisse la nation allemande très en arrière des autres peuples, les Moscovites exceptés. (Lollié, —Zittéralures comparées). Maïs la France continue son ascension et atteint le sommet de la gloire, présentant pour la première fois depuis la chute de Rome l’image d’un vaste Etat, fortement organisé et unifié, vainqueur À la guerre, d’un commerce florissant, célèbre par sa science et sa littérature, sa langue devenant l’intermédiaire universel des gens cultivés et son idéal de bon goût et d’élégante simplicité dans la vie et en littérature était bientôt

et avec enthousiasme adoptécommel’idéal de l’Europe. Si jamais une nation a réellement exercé sur l’Europe une hégémonie cosmopoliis telle que celle à laquelle on prétend que l'Allemagne aspire, Ça été la France dans la dernière moitié du 17e siècle et la première moitié du 18e siècle. (1)

L'esprit grec avait touché à tous les genres et porté en tous les sujets l’ordre, la mesure, la règle et l'harmonie; il avait éveillé les idées les plus hautes et imprimé la première impulsion aux principes les plus féconds. Rome fut plus tard subjuguée par les arts et la politesse des Hellènes, et l’ambition de tout citoyen romain était de faire le voyage d'Athènes pour y compléter son éducation et se familiariser avec l’idiome d’'Homère et de Platon.

Du temps de Juvénal on entendait sur les places publiques parler grec autant que

(1) The Rally of the Latin Nations,—A,-F. Bruce Clark, The University Magazine, décembre 1916.

latin. Le latin reste la lungue officielle, mais le grec est parlé dans les réunions intimes et demeure la langue de la science et de la société. ‘Tu sais nos deux langues ?” dit Claude à un barbare qui parlait le grec et le latin. Et c’est à la pratique des chefs-d’œuvre de la littérature grecque et romaine que les' Français du siècle de Louis XIV doivent ce bel équilibre de l’esprit, cette vigueur de pensée, cette sûreté de goût et cette richesse de style, cet ensemble de qualités maîtresses, qui leur permirent d’exercer cette royauté intellectuelle, si glorieuse pour eux-mêmes et pour leur pays. La publication en français, par Frédéric II, de son fameux livre: De la littérature allemande, constitue peutêtre l’hommage le plus éclatant de la supériorité de la culture et de la civilisation latines. Il semble, d’ailleurs, n’avoir écrit son livre que pour se gaudir de la littérature teutonne de son époque. Lui-même, le grand Frédéric, ne trouve rien de mieux que d’imiter l’art français. Il fonde une

Académie française à Berlin; de même que Louis XIV avait choisi Versailles comme résidence, il choisit Potsdam pour l’imiter.

Aujourd’hui encore, après l’effort que font les ‘‘surhommes”’ allemands pour effacer l’influ: nce de la France, on est frappé de la forte ressemblance entre Versailles et Potsdam. Tous les petits princes teutons de l’époque, trois cents environ, suivant M. Squair. façonnaient leur vie sur le modèle de celle de Versailles, et Paris était alors pour eux la capitale du monde.

L'Allemagne, cependant, allait bientôt trouver sa voie et prendre son essor.

Frédéric lui-même posa les bases de sa puissance militaire et de cette politique qui devait amener l'unité nationale. La Prusse, sous son énergique et habile direction, sortit de l’ombre, et imprima au nouveau mouvement un élan qui attira l'attention générale. Sur divers points du sol, l’on vit apparaître des

hommes remarquables, tel que Klopstock et Winckelmann, qui relevèrent le niveau intellectuel de l'Allemagne, Les chefsd'œuvre de Lessing, Herder, Coethe et Schiller achevèrent de constituer la langue littéraire allemande. Mme de Stael publie son fameux livre : De l'Allemagne, qu’elle faisait corinaître à la Trance et au reste de l’Europe, Allemagne plutôtroman:

tique, du plus beau moment de son développement. Mais le 19e siècle, où l’on entrait, devait être avant tout un siècle de vie positive, d'organisation matérielle etscientifique. Les tendances de l’époque Concordaient admirablement avec le caractère, les dispositions et les habitudes d’esprit allemand. L'Allemagne comprit aussitôt le parti qu’elle pouvait tirer de cette phase nouvelle dans laquelle entrait la science, et elle allait, à ce qu’il semble, Pouvoir prendre sa revanche et le pas sur la civilisation gréco-latine, ou, plutôt, la civilisation française, son héritière directe. Grâce à l'esprit de discipline de son

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peuple et à sa passivité docile à sacrifier la personnalité au groupement, l'on vit bientôt des armées d’investigateurs se livrer à de patientes et laborieuses recherches dans les différentes branches de la science. Ils deviendront maîtres dans l’art de spécialiser, de tirer d’une découverte scientifique tout ce qu’elle est susceptible de donner. Les découvertes, les découvertes fondamentales, ont été faites ailleurs en dehors de l'Allemagne (1),mais

(1) En physique, en chimie, en biologie, elle ne tient pas 2 premier rang. On ne lui doit pas lés remières explorations des grands fonds de Îa mer, ’invention + la machine à M: rie les zeppelins sont un perfectionnement d’une découverte du génése Meunier, mr mu er

lemagne. photographie, la phonographie, le cinéma, le téléphone, la poudre sans fumée, les sous-marins (oui, même les sous-marins dont elle fait un si criminel usage) ne sont pas des inventions allemandes. (Le Soleil du 10 avril 1916.—Compte rendu d’une conférence à l’Institut canadien par M. Caulery, professeur à la Sorbonne.)

Il serait injuste ‘cependant, de ne pas reconnaître que les Alleñands, la personne de Wolf, de Niebuhr et de Mommsen, ne sont pas surpassés dans la critique historique et scientifique. Ajoutons aussi que les Bopp. les Humboldt, les Lassen, sont les fondateurs de la philologie comparée.

une fois opérées, les Allemands s’en sont emparées, les ont perfectionnées et jetées dans l’industrie. On ne peut nier qu’ils aient porté à un haut degré de perfectionnement l'entraînement scientifique et technique, et nombreuses par tout le pays sont les écoles spéciales fondées pour cette fin. C’est là leur mérite et ce qui fait aujourd’hui leur supériorité dans les différentes branches de l’industrie et du commerce. Cette science, si elle n’est pas .de première main, a donc une valeur réelle, qu’il faut bien se garder de méconnaître. Nation plus commerciale que scientifique, elle sait aussi le prix de la publicité, et elle l’applique à tous les domaines scientifiques qu’elle vulgarise en faisant publier des traités en grand nombre et d’où l’on a soin d’éliminer tout ce qui ne vient pas du pays. ‘‘L’Allemand est n toute chose un homme pratique, écrivait Fustel de Coulanges dès 1872 ; il veut que son érudition serve à quelque chose, qu’elle ait un but,qu’elle porte coup.

Tout au moins faut-il qu’elle marche de concert avec les ambitions nationales, avec les convoitises et les haines du peuple allemand.” Nul peuple ne semble posséder au même degré que le peuple allemand la passion de tout traduire et de tout s’assimiler. (1).

Son succès de 1870, aussi inattendu que foudroyant, ne contribua pas peu à augmenter son prestige auprès des neutres et sa foi en sa propre destinée. En trois mois, elle avait réussi à cerner, à faire capituler, à Sédan, à Metz, les armées régulières de

(1). ‘’oici un fait significatif raconté par un Américair éminent, et que roduisait récemment Le Gaulois: En 1895, pour l'inauguration du canal de Kiel, les Etats-Unis envoyèrent une escadre

‘dant des perfectionnements qu'’ignoraient les constructeurs allemands. Tout de suite l’empereur Guiliaume II fut aux aguets. Grâce à toutes sortes d’intrigues impudentes et de basses flatteries, il parvint à se faire montrer ce qui l’intéressait le plus vivement, Comme il n’y comprenait à peu près rien, il obtint de l’amiral Evans d’en faire faire un examen par les cc seillers techniques de l'empire, qu, tout de suite, mirent à profit cette visite pour transformer les bâtiments en construction dans leurs arsenaux,

la France, encore si réputées. : L'armée qui avait réalisé ce triomphe devait être inconstestablement la première du monde ; ses soldats, les plus forts, les plus vaillants, les mieux disciplinés, et ses officiers les plus instruits et les mieux obéis. Et c'est ainsi que. l'Allemagne, s’exaltant dans sa propre gloire, réussit à s'imposer à l'attention du monde, et à faire croire qu’elle était vraiment le seul foyer scientifique et de progrès matériel auquel il fallait se rapporter. En Europe comme en Amérique, on finit par n’avoir d’admiration que pour l’érudition allemande, et par oublier les pays qui avaient été les véritables fondateurs de la Science, du Savoir et des Lettres. La langue allemande se posait à côté de la langue française comme langue universelle, que tout homme cultivé devait connaître ; dans plus d’un milieu,on adopta le système allemand dans les programmef d'enseignement. On vit même le spectacle assez singulier d'étudiants français, anglais, italiens, amé-

ricains, se presser dans les universités allemandes pour y apprendre la littérature de leur propre Pays, ou de jeunes officiers aller se perfectionner dans l’art de la guerre. Ces derniers, par exemple, revenaient enthousiasmés, et non sans raison, de ce qu'ils avaient vu, de ce qu’ils avaient appris, relativement aux choses de leur état. C’en était donc fait de cette prétendue supériorité du génie latin sur le teuton, de cette civilisation, si chevaleresque, si artistique, toute composée de qualité et de mesure. Son jour à elle était venu, et la puissante, la brodigieuse, la colossale Allemagne allait enfin dominer le monde militairement et politiquement ; cela lui revenait de droit : telle était sa conviction. (1).

(1). “On ne peut prendre connaissance des résul pe P

Les dix ou quinze premières années qui précédèrent la guerre furent cependant marquées par un réveil de l'influence latine, grâce aux efforts de sociétés de propagande comme l'Alliance Française.

La France et l'Italie s’agrandirent par l'annexion de nouvelles colonies, et pendant ce temps les deux pays produisirent toute une génération de littérateurs et de savants de premier ordre. L'Espagne, de son côté, nous fit voir que la race conserve toujours ses remarquables qualités. Or il

de 68 millions d'habitants, la nôtre de 39; le commerce allemand est de 26 milliards, le nôtre de 15; la marin marchande allemande est de 2,882,000 tonneaux, la nôtre de 1,325,000. En Allemagne, des industries colossales, métallurgiques, chimiques, électriques, d'immenses usines, construites et travaillant d’après les dernières lois du progrès, une culture du sol intensive, dirigée scientifiquement, obtenant les résultats les plus élevés du monde par hectare de terrain.” ....

(Lysis, “Vers la démocratie nouvelle.”’)

Vers 1880, l'empire allemand, c'était l'Allemagne tout simplement, telle qu’indiquée sur la carte d'Europe. Vingt ans plus tard, elle possédait, au dehors, 1,553, milles de territoire, occupés par 16,000,000 d'habitants, sans compter ses colonies du Brésil et de la Palestine.

arriva que plus d’un esprit commença à soupçonner que l'Allemagne ne tenait peut-être pas, dans le domaine social et scientifique, la place d'honneur qu'elle s’arrogeait. Lorsqu’enfin, dans son délire d'orgueil et de domination, craignant peut-être que son ascendant moral et intellectuel ne fût pas aussi solidement établi qu’elle le croyait ou l’aurait voulu, elle rejeta le masque dont elle se couvrait, et provoqua l’abominable guerre actuelle, dont les plans étaient mûris et préparés depuis longtemps, les yeux furent dessillés ; la réflexion reprenant son empire, la vérité apparut à l'esprit de tous : que l'Allemagne ne représentait pas plus la science qu’elle ne représentait la civilisation, puisque tout son art, tout son savoir, était d'employer celle-là contre celle-ci, et qu’elle se dressait en antagoniste contre la culture et la civilisation latine, qui est la loi de paix, de travail et de salut, selon

l'expression même de Pasteur, tandis

que la sienne est une loi de sang et de mort, usant de la science non pour le bien de l'humanité, mais pour lui faire du mal et servir ses propres fins. Aujourd’hui, personne ne doute que la France, en qui s’incarne le génie latin, se place, en science comme en héroïsme, maintenant comme autrefois, au premier rang, et qu’il ne fallait rien moins que la présente guerre pour que la mentalité allemande vint à se manifester sous son vrai jour, celui de la laideur, de la fourberie et de la force brutale.

“Enfin, Dieu merci ! l'Amérique, déclarait, après l'entrée des Etats-Unis dans le conflit, l’éminent historien américain, M.

Poultney Bigelow, fils de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, qui fut le condisciple de Guillaume II, “Dieu merci!

l'Amérique, elle aussi, a percé à jour la pédantesque gouffonnerie germanique, dont elle a si longtemps été dupe. Partout, au lendemain de la guerre de 1870, on était trop tenté de porter aux nues les docteurs

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