‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 32 sur 89 · HYGIÈNE ET HYDROTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE ET HYDROTHÉRAPIE

Je ne maintiens pas moins rigoureusement mes prescriptions relatives à l'hydrothérapie : s'il s'agit d'un individu qui a été soumis au traitement prophylactique, et qui par suite est déjà depuis un temps plus ou moins long habitué à la douche froide, le développement des premières lésions pulmonaires procédant avec la lenteur et l'apyrexie caractéristiques delà phthisie commune, ne doit apporter aucune modification dans les pratiques jusqu'alors suivies; elles conservent tous leurs effets salutaires quant à l'endurcissement contre l'action du froid, quant à l'activité des fonctions cutanées, quant à la gymnastique pulmonaire, quant à la stimulation générale de l'organisme, et je puis vous affirmer par expérience qu'elles n'augmentent à aucun degré la fréquence de la toux, que souvent au contraire elles la diminuent d'une façon notable; ce résultat est imputable à la dérivation qu'exerce sur les circulations profondes l'expansion réactionnelle de la circulation périphérique. — S'il s'agit au contraire d'un malade qui n'a pas été traité préventivement, et qui se présente à vous dans les conditions indiquées, c'est-à-dire avec des lésions pulmonaires circonscrites, récentes et apyrétiques, l'utiHté de l'hydrothérapie subsiste, mais vous n'avez plus le bénéfice de l'accoutumance et vous devez procéder graduellement, ainsi que je vous l'ai précédemment expliqué, au moyen des lotions tièdes, puis des douches ticdes peu à peu refroidies, et si vous suivez exactement les règles que je vous ai indiquées relativement aux frictions sèches et à la marche qui doivent suivre la lotion ou la douche, vous pourrez presque toujours, après un délai variable, arriver à la douche froide; vous neren-

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contrerez de diflicullés insurmontables que chez les personnes particulièrement délicates et excitables, et pour celles-là vous ferez sagement de vous borner aux lotions froides ou même tièdes avec de l'eau additionnée de vinaigre aromatique ou d'alcool. C'est là une contreindication que je vous ai déjà signalée à propos de la prophylaxie.

Une fois la douche froide instituée, vous pouvez, sans crainte d'erreur, décider le maintien ou la suppression de cette pratique d'après le mode de la réaction ; elle doit être prompte, forte et persistante; tant qu'elle présente cette triple qualité, persévérez hardiment, vous êtes certains que votre traitement est bien toléré, qu'il ne déjDasse pas les forces de l'organisme et que partant il est utile. Lorsqu'au contraire la réaction faiblit en intensité et en durée, lorsqu'une observation répétée durant quelques jours vous a prouvé que cette modification est persistante, et non pas fortuite et passagère, alors il faut s'abstenir, et remplacer la douche par la pratique plus douce des lotions à l'éponge. Le développement de la fièvre est également le signal de la suppression de la douche froide ; mais nous verrons plus tard que ce symptôme n'est point une contre-indication des autres modes de l'hydrothérapie.

Lorsque le malade ne réside pas dans un climat d'altitude, l'aérothérapie, soit au moyen du cabinet pneumatique, soit au moyen des appareils transportables, doit être maintenue pendant toute la durée de la phase initiale apyrétique ; si la contre-indication tirée de la disposition aux hémoptysies n'existe pas, je donne la préférence aux appareils transportables à double action

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qui permettent l'inspiration de l'air comprimé etl'expiration dans l'air raréfié; je vous ai exposé les raisons qui font la supériorité de ce procédé, je n'ai pas à y revenir. Quant aux résultats effectifs, voici ce que j'ai observé : l'effet n'est jamais nul, mais il est plus ou moins marqué; l'effet minimum consiste eu un retard considérable dans l'extension des lésions ; elles restent circonscrites à leur étendue première pendant un temps beaucoup plus long que d'ordinaire, durant des mois, parfois durant des années, et la différence est en tout cas assez accentuée pour pouvoir être positivement attribuée à l'influence du traitement, c'est-à-dire qu'elle dépasse de beaucoup les oscillations que présentent, au point de vue de la rapidité de leur marche, les lésions similaires abandonnées à elles-mêmes. Indépendamment de cet effet que je crois pouvoir donner comme constant, on observe dans un certain nombre de cas, au bout d'un temps qui varie de six semaines à trois mois, une diminution réelle dans l'étendue des altérations préexistantes; les parties périphériques de la région atteinte reprennent peu à peu les caractères de l'état normal, et la lésion est réduite à une zone centrale qui parfois égale à peine la moitié de l'étendue primitive. Enfin, dans quelques cas plus heureux encore, mais que je suis obligé de considérercomme exceptionnels, on peut constater la disparition totale des signes stéthoscopiques anormaux, et la restitution ad ùitegrumôes régions pulmonaires supérieures. Je ne crois pas que cette heureuse terminaison puisse être espérée dans les formes qui sont caractérisées dès le début par des indurations compactes; dans les deux cas que j'ai observés, il s'agissait

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de celle rnodalilé analomiquequi est juslemcnl désignée sous le nom de calarrhe des sommets, et c'est aussi à cette même variété que se rapportent les exemples de guérisonsignaléspar Sommerbrodt, vonCube, Schnitzler et d'autres encore; cependant il ne convient pas de généraliser d'une manière absolue la portée de cette distinction, car Lazarus a obtenu des résultais également favorables au moyen du cabinet pneumatique dans les pneumonies chroniques du sommet, c'est-à-dire dans des formes anatomiquement caractérisées par des indurations plus ou moins compactes.

En résumé, maintien prolongé des lésions à un état stationnaire, diminution plus ou moins notable dans l'étendue des lésions, disparition complète des lésions, voilà les résultats qu'il est permis d'attendre de l'aérothérapie bien conduite; le premier de ces résultats me paraît constant, le second est fréquent, le troisième est pour moi tout à fait exceptionnel. Ces effets sont plus rapides et plus certains dans les catarrhes des sommets que dans les indurations de ces mêmes parties; toutefois cette dernière condition n'est peut-être pas une cause absolue d'insuccès. En toute circonstance, cela va de soi, l'action de l' aérothérapie est d'autant plus puissante que les lésions sont moins étendues, moins disséminées, c'est-à-dire plus rigoureusement circonscrites dans la région des sommets.

Lorsque, pour une raison quelconque, celte méthode ne peut être utilisée, il faut chercher une compensation qui sera toujours bien faible, dans la gymnastique, dans les ascensions méthodiques selon les règles que je vous ai indiquées, el surtout dans l'exercice direct des pou-

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mons au moyen d'une série d'inspirations et d'expirations forcées dans l'attitude qui assure la complète action des puissances musculaires respiratoires; ces séances de gymnastique pulmonaire seront répétées en moyenne deux fois par jour. En revanche, la pratique du chant doit être entièrement abandonnée, de même que celle des instruments à vent; cette proscription est absolue. On a dit, je le sais, que dans une mesure limitée et tout à fait au début, ces travaux constituent eux aussi une gymnastique vocale et respiratoire., dont l'action est utile au point de vue de l'expansion des poumons et de l'amplitude des excursions thoraciques. En émettant celte proposition, on a méconnu la véritable portée de ces exercices; ils ne sont en somme que la répétition d'efforts artificiels qui ont pour but de rendre les inspirations aussi éloignées que possible, de prolonger outre mesure la durée de l'expiration, et de produire des reprises inspiratoires brèves et superficielles, peu favorables assurément à la bonne distribution de l'air dans les poumons. Je ne puis voir là, quant à moi, qu'un désordre fâcheux du mécanisme de la respiration, une cause de fatigue et d'irritation, sans compter que l'influence de ces efforts sur la production de l'hémoptysie est malheureusement trop bien établie.

Dans la période que nous examinons, la dyspepsie manque en général, ou si elle existe, elle est peu prononcée; les amers, les poudres absorbantes, les eaux alcalines, ou bien au contraire les acides minéraux à très faibles doses suffisent pour en triompher; bref, la dyspepsie, supposée présente, n'est pas incompatible avec l'aUmcntation ordinaire; aussi le régime doit être établi

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selon les mêmes règles que dans la période de prophylaxie, les arlifices et les suppléances étant réservés pour les époques plus tardives où la dyspepsie devient la diCficulté dominante du traitement. L'alimentation sera donc principalement, je ne dis pas exclusivement, animale; les féculents ne seront permis qu'en faible quantité, il sera mieux encore, s'il se peut, de les laisser de côté; les aliments gras seront interdits autant que possible, non pas seulement à cause de leurs propriétés indigestes, mais aussi en raison de la médication qui doit être alors suivie; vous vous garderez de limiter rigoureusement la forme de l'aliment; loin delà, vous vous préoccuperez au contraire de concilier la simplicité des préparations culinaires avec une variété suflisante pour prévenir le dégoût. Du reste, je vous affirme que si votre malade habite une région montagneuse, et y est soumis à l'ensemble des mesures hygiéniques que je vous ai fait connaître, la question de l'alimentation perdra toutes ses difficultés, parce que l'appétit sera maintenu dans une intégrité des plus satisfaisantes, parce que la dyspepsie, si tant est qu'elle survienne, sera infiniment plus tardive et moins grave que dans les autres conditions; ce n'est pas là un des moindres avantages de la résidence que je conseille. Un bon vin rouge, dépourvu d'acidité, doit faire partiedu régime, même chez les personnes qui n'étaient pas jusqu'alors habituées à en faire usage; pour celles-là vous aurez àprocédergraduellement, vous aurez à surmonter avecpatience les difficultés multiples, réelles ou imaginaires, qui vous seront certainement objectées ; vous ferez de votre mieux, mais il faut arriver au but, parce que le vin a par lui-même une action tonique

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