NOUVELLE CLASSIFICATION DES EAUX
vivacité de leurs effets, elles doivent être laissées de côté toutes les fois que les indications ne semblent pas nettement décisives, et que l'on conserve quelque doute sur l'opportunité relative de ce groupe ou du précédent; dans cette situation ambiguë, la prudence exige qu'on se maintienne dans le second groupe.
Les unités qui composent chaque groupe ne sont point semblables, vous le pensez bien, et elles présentent de nombreuses nuances quant au degré de l'excitation qu'elles provoquent; dansl'énuméralionqueje vais vous en faire, je commencerai dans chaque groupe par les eaux les moins actives à cet égard, tant par elles-mêmes que par leur climat. Souvent aussi les stations diffèrent entre elles à des degrés notables par leurs installations thérapeutiques et autres; ce sont à des détails dans lesquels il ne saurait me convenir d'entrer ; sachez seulement que le médecin doit se préoccuper de cette question comme de toutes les autres, qu'il doit être complètement renseigné sur tous ces points, faute de quoi il est exposé, avec les meilleures intentions du monde, à nuire à ses malades et à lui-même.
Premier groupe. — Ce groupe s'adresse aux degrés les plus accusés de l'excitabilité morbide, aux hémoptoïques,. aux individus dont la maladie a été entrecoupée d'incidents aigus.
Ems et Soden sont les types de ce groupe. Ces deux stations ont une altitude insignifiante, de 100 mètres à peine pour la première, de 145 pour la seconde, et les eaux bicarbonatées sodiques chlorurées d'Ems, les chlorurées sodiques de Soden, doivent à cet ensemble de circonstances une action vraiment efficace, non seule-
ment sur l'état catarrhal, mais aussi sur l'excitabilité névro-cardiaque des malades auxquels elles s'adressent. Oh a dit en outre que Soden a la propriété de supprimer la disposition aux hémoptysies chez les individus qui en ont souffert; le fait est vrai, mais il n'est pas constant : un de mes malades, sujet à des congestions hémorrhagiques fréquentes, en a éprouvé une atteinte vers la terminaison de sa cure; il n'y a donc pas à compter sur une préservation absolue, mais néanmoins ces eaux sont parmi les meilleures qui puissent être conseillées aux hémoptoïques.
Avec une influence excitante un peu plus marquée, résultant de l'altitude plutôt que de l'eau, je range dans ce même groupe Ischl et Royat. La station d'ischl est située dans le Salzkammergut en Autriche, à une élévation de 430 mètres; cette locahté entourée de forêts de sapins présente les avantages d'un climat subalpin très doux, et les eaux chlorurées sodiques que l'on emploie généralement combinées avec du petit-lait, ont une action salutaire positive sur les manifestations catarrhales de la tuberculose, surtout à son début; j'ai eu maintes fois l'occasion de le constater. Dans les mêmes circonstances on peut recourir aux eaux de Royat dans le Puy-de-Dôme; leur composition est voisine de celle d'Ems, dont elle diffère cependant par une plus grande proportion de fer; mais elles doivent à leur altitude de 450 mètres une action climatérique qui ne permet pas de les mettre sur le même rang.
Envisagées dans leur action locale, les eaux précédentes ont leur plus grande efficacité dans les cas où les lésions pérituberculeuses sont purement catarrhales; ce qui ne
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se voit guère que dans les phases initiales de la maladie; mais lorsque ces lésions consistent en infiltrations et en indurations compactes, pneumoniques ou bronchopneu moniques, la puissance modificatrice ou résolutive de ces eaux est moindre, pour ne pas dire contestable, et il vaut mieux alors utiliser deux autres stations, que l'ensemble de leurs caractères me permet de placer encore dans mon premier groupe, c'est Lippspringe etWeissenburg. Ces deux eaux sont des sulfatées calciques ; l'altitude insignifiante de Lî'p^jspnwgfe en Westphalie lui assigne l'action des climats de plaine ; de plus, la moyenne hygrométrique y est assez forte pour que cet élément figure au nombre des agents thérapeutiques d'une station qui est particulièrement appropriée aux malades excitables. — Weissenbur g en Snhse, dans le canton de Berne, est à une hauteur de 890 mètres. A l'action sédative et résolutive de l'eau s'ajoute donc ici l'excitation légère d'un climat de montagne, tonique mais non stimulant ; en tenant compte de ce fait, on s'adressera àTurie ou à l'autre de ces stations suivant le degré d'excitabilité et l'état constitutionnel du malade. Quant aux eaux, elles sont toutes deux parfaitement adaptées aux cas que nous envisageons en ce moment : elles conviennent admirablement aux individus dont la tuberculose n'a pas encore ruiné la constitution, qui conservent un certain degré de force, et qui ont éprouve à une ou plusieurs reprises soit des poussées congestiveshémorrhagipares, soit des attaques de bionchopneumonie, qui ont laissé dans les poumons des lésions persistantes. Je ne sais pour quelle raison l'usage de ces stations a été longtemps réservé, et l'est peut-être encore, pour les périodes
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avancées de la pluhisie; c'est une ci-reur complète; comme tous les traitements, celui-là agit d'autant mieux qu'il intervient à une époque plus voisine du début, et dans ces circonstances ces eaux rendent d'incontestables services. En vertu du principe, qui peut le plus peut le moins, elles sont également utiles dans les formes purement catarrhales dont je vous ai parlé en premier lieu; en pareil cas, sous réserve que les conditions propres du malade ne le contrc-indiquentpas, je préfère Weissenburg en raison de l'altitude.
Second groupe. — Il convient, vous ai-je dit, aux malades qui sans présenter la forme lorpide proprement dite, ont une réaction, une excitabilité moins vive que ceux de la première classe, qui n'ont pas eu d'hémoplysies ou qui ont eu seulement des hémorrhagies peu importantes et apyrétiques, et dont la tuberculose a évolué dès le début sans phase aiguë notable.
Je compose ce groupe thermal avec certaines eaux sulfureuses sodiques ou calciques, avec une eau sans analogue qui peut être dite salino-azotique, et avec deux eaux arsenicales.
Parmi les sulfureuses, je vous signalerai d'abord, en raison de l'excitation moindre qu'elles causent, les stations de Saint-Honoré dans la Nièvre, et à'A7nélie-les- Bains dans les Pyrénées-Orientales; toutes deux ont une altitude égale de '275 mètres environ, ce qui leur enlève toute action excitante d'origine climatérique, toutes deux ont des eaux sulfurées douces, de sorte qu'elles représentent le degré ie plus faible de la médication sulfureuse thermale : ce sont les moins excitantes de mon second groupe.
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Viennent ensuite le Vernet au voisinage d'Amélie, et Allevard dans l'Isère. Pour la première station, la différence dans le degré d'excitation résulte de l'altitude qui €stun peu supérieure à 600 mètres; pour la seconde, la différence provient et de l'élévation qui est de 475 mètres et de l'action propre de l'eau ; en respectant ces nuances, on peut les employer toutes deux avec avantage pour les malades qui ressortissent à notre second groupe thermal.
J'y range encore la station de Penticosa dans la région espagnole des Hautes-Pyrénées. En raison de son altitude qui dépasse 2000 mètres (Seco-Baldor), cette station est sans contredit la plus excitante de toutes par l'action climatérique ; mais en revanche ses eaux sont douées de propriétés diluentes et sédatives toutes spéciales, qui compensent dans une certaine mesure la stimulation résultant de la hauteur, de telle sorte que, si le malade ne présente aucune des particularités que j'ai signalées comme contre-indications aux altitudes fortes à propos de Saint-Moritz, les eaux de Penticosa peuvent être conseillées en toute sécurité. Le fait d'héraoptysies antérieures répondant aux conditions que j'ai précisées, n'est point une contre-indication ; il en est de même de la période des lésions : le duc de R... dont je vous ai raconté l'étonnante guérison portait une caverne quand il s'est rendu à Penticosa, il avait eu des hémoptysies, mais la placidité naturelle de son organisme en avait été médiocrement émue; en fait, le jugement est subordonné, ici comme toujours, à l'état constitutionnel et au mode réactionnel du malade. Ces eaux sont généralement classées en France parmi les sulfatées sodiques,
mais celle désignalion laisse dans l'ombre le principe qui les caraclérise enlre toutes, savoir, une proportion énorme d'azote; aussi la qualification de salino-azotique usitée en Espagne convient-elle beaucoup mieux. La station est d'un accès relativement facile du côté de l'Espagne; mais il n'en est pas de même du côté de la France, c'est là peut-être une des raisons du peu de notoriété de ces eaux dans notre pays; mais cet abandon est regrettable, car elles répondent à des situations bien définies, dans lesquelles elles ne peuvent être suppléées par les sources françaises du voisinage. Ces dernières sont moins excitantes de par le climat, mais l'action propre des eaux est plus énergique, et elle ne saurait convenir aux malades à excitabilité moyenne, à torpidilc incomplète, à hémoptysies antérieures, qui peuvent recourir sans danger et avec profit aux eaux de Penticosa.
Avec les eaux chlorurées sodiques arsenicales de la Bourboule, et les bicarbonatées arsenicales du Mont- Dore, j'achève la constitution de ce groupe. Dans les phlhisies secondaires, elles répondent à une indication particulière que nous retrouverons bientôt; dans les phthisies primitives, ces stations, jugées aupointdevue de l'excitation produite par la cure, sont vraiment des stations intermédiaires, en ce sens qu'elles sont, d'après mon expérience, plus excitantes que les autres stations de mon second groupe, mais moins excitantes que l'une quelconque des stations qui forment le troisième. L'excitation provient principalement de l'action de l'eau, mais aussi de l'altitude, qui est voisine de 850 mètres pour la Bourboule, et de i050 pour le Mont-Dore. Les formes qui conviennent ici ne sont pas encore les tor-
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pides pures qui sont l'attribut du troisième groupe, mais pourtant elles s'en rapprochent notablement; je ne conseille ces eaux que lorsque les phénomènes d'excitation, quels qu'ils aient été antérieurement, sont actuellement nuls, lorsque la fièvre fait complètement défaut, lorsque l'hémoptysie ne s'est jamais produite ou ne s'est pas répétée depuis plusieurs mois, lorsque les épisodes pneumoniques ou bronchopneumoniques, s'ils ont eu lieu, ont perdu depuis longtemps tout caractère d'acuité, enfin je considère comme une contre-indication absolue l'existence actuelle ou antérieure de l'une quelconque des formes de l'entérite. Lorsqu'il s'agit de faire un choix entre ces deux cures, il faut tenir grand compte de la différence de l'altitude et des autres conditions climatériques ; mais, comme nous allons le voir à propos des phthisies secondaires, c'est surtout l'état constitutionnel qui fixe la spécialisation respective de ces deux stations.
Troisième groupe. — Ce groupe, ai-je dit, est approprié aux malades à réaction franchement torpide; l'absence d'hémoptysies antérieures, l'absence dans les antécédents d'épisodes pneumoniques ou bronchopneumoniques fébriles, l'absence de fièvre actuelle, sont pour moi des conditions indispensables pour l'emploi de ces eaux.
Je compose ce groupe avec trois stations pyrénéennes, savoir, par ordre alphabétique : Bagnères-de-Luchon, Cauterets, les Eaux-Bonnes. Dans chacune de ces stations, les sources, multiples, varient par leur thermalité et la richesse de leur minéralisation, de sorte que l'on peut tenir compte, dans l'applicalion du traitement, de
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l'excitabilité individuelle, qui, même chez les individus franchement torpides, offre encore de nombreuses nuances. Bagnéres-de-Luchon, avec son altitude de 628 mètres, est la moins élevée de ces trois stations; le& Eaux-Bonnes sont intermédiaires à une hauteur de 790 mètres ; Cauterets est au sommet de cette échelle avec une élévation de 990 mètres; c'est là une différence qu'il faut prendre en considération, et qui permet de varier suivant les cas le degré de l'action climatérique. L'entérite, quelle qu'en soit la forme, contre-indique l'emploi de ces eaux; et, d'un autre côté, il faut avoir soin de se renseigner chaque année sur la constitution médicale de ces localités, car il arrive de temps à autre que l'influence estivale se traduit par une certaine propension au catarrhe intestinal. Lorsqu'il en est ainsi, il vaut mieux s'abstenir, la cure pourrait être compromise.
Phthisies secondaires. — L'indication fondamentale est ici fournie par la maladie constitutionnelle à laquelle peut être rattaché le développement de la phthisie. La scrofule tient la première place, tant pour la fréquence que pour la certitude du rapport pathogénique, qui arrive à peine au probable lorsqu'il s'agit de l'arthritisme ou de l'herpétisme; ces deux derniers ordres défaits sont d'ailleurs beaucoup plus rares.
Dans la phthisie scrofideuse, les eaux à utiliser sont les mêmes que j'ai signalées à l'occasion de la prophylaxie de la maladie chez les individus entachés de scrofule; le choix sera guidé par le caractère des manifestations scrofuleuses actuelles ou antérieures, ainsi que je l'ai précédemment expliqué, et par le mode réactionnel du
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malade, indiquant, une cure à excitation plus ou moins énergique. Le classement précédent renferme les données nécessaires à la solution de cette question, je n'insiste pas davantage; je rappelle seulement, d'une part, l'opportunité particulière de la cure de Saxon, dans les cas où la tuberculose, peu avancée d'ailleurs, coïncide avec des tumeurs ganglionnaires; et d'autre part, l'appropriation de la BourboiUe, à'Uriage, des stations sulfureuses du Gurnigel et des Pyrénées à cette forme scrofuleuse de la phthisie, dont la torpidité est l'un des caractères Igs plus fréquents.
Lorsque la tuberculose apparaît chez un individu qui, par lui-même, ou dans sa famille, présente des antécédents positifs dégoutte ou de rhumatisme, lorsque surtout le développement des accidents pulmonaires a suivi de près la disparition de manifestations goutteuses ou rhumatismales habituelles, alors il est permis de songer à la. phthisie arthritique; et si les conditions climatériques paraissent d'ailleurs appropriées à l'état du malade, on ne peut faire mieux pour un traitement thermal que de choisir le Mont-Bore, ou bien les eaux sulfatées calciquesde Baden en Suisse, et deBath en Angleterre; toutefois ces deux dernières stations ne conviennent que dans les cas où il y a encore des phénomènes articulaires en activité. — Je ne puis omettre de reproduire ici une réserve que j'ai déjà formulée dans ma Clinique : la relation de cause à effet entre la maladie constitutionnelle et la détermination thoracique est toujours beaucoup moins certaine que dans les cas de scrofule; conséquemment, si la médication thermale ne démontre pas, par une amélioration rapide, la réalité du rapport pa-
ihogénique jusqu'alors seulement probable, il convient de ne pas persister dans cette voie, et de considérer comme une simple coïncidence le fait de la goutte ou du rhumatisme; malgré les apparences, la phlhisie est bien et dûment primitive,
La situation est bien plus douteuse encore en ce qui concerne IsLphthisie herpétique ; je n'en ai pour ma part jamais observé d'exemple parfaitement démonstratif. Si cependant il y a des raisons plausibles pour admettre une relation entre l'herpétisme et la tuberculose, il faut poursuivre cette indication, et s'adresser pour cela, soit aux eaux sulfureuses, notamment à Schinzmch, ou à Loiiëche en Suisse, station pour laquelle on tiendra grand compte de l'altitude qui est de 1415 mètres; soit aux eaux chlorurées sodiques sulfureuses de Saint-Gervais et d'Uriage; les chlorurées sodiques arsenicales de la Bourboule pouraient être utilisées dans les mêmes circonstances.
Phtliisie pncumouiqnc. — Cette forme de la tuberculose ressortit très rarement à la médication thermale; une pareille opportunité ne se présente que dans les cas où la maladie a permis l'établissement d'une période de chronicité complète. Dans ces circonstances, lorsque l'état chronique persiste sans reprise aiguë depuis plusieurs mois, on peut songer aux eaux minérales, si l'état du malade semble en indiquer l'emploi; mais en raison de la modalité spéciale du début, en l'aison des conséquences extrêmement et rapidement graves qu'aurait en pareil cas une cure à excitation notable, le choix est très limité; je le restreins rigoureusement à l'une des stations de mon premier