‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 86 sur 89 · CLIMATS DE PLAINE. — EFFETS ET INDICATIONS · texte numérisé non relu

CLIMATS DE PLAINE. — EFFETS ET INDICATIONS

préservaLion locale, et la nécessité de cette conciliation conduit à utiliser non seulement les climats les moins chauds que commanderait l'indication constitutionnelle isolée, mais aussi les climats plus doux qui peuvent répondre plus complètement à la double exigence du traitement. Il est donc absolument nécessaire, c'est même là peut-être la notion tout à fait prépondérante, de savoir pour la totalité du groupe des stations de plaine, et non pas seulement pour quelques-unes des unités qui le composent, ce qui en est au vrai de l'action du climat sur l'état des forces, sur la restauration constitutionnelle.

Il y a à ce sujet trois procédés d'information. On peut consulter les indigènes et les résidents habituels de la localité; ce premier procédé est le plus mauvais, vu les erreurs certaines d'appréciation issues de l'indigénat ou de l'accoutumance; — on peut consulter l'état et les renseignements des malades qui ont fait dans la localité un séjour de quelques mois, données auxquelles il faut ajouter les renseignements fournis parles personnes bien portantes qui les ont accompagnés; ce procédé est beaucoup meilleur quant à la valeur des notions obtenues, mais il est singulièrement défectueux quant à la méthode, puisque le malade est exposé ainsi à tous les hasards d'une expérimentation, dont l'expérience préalable du médecin devrait le préserver; — reste enfin le procédé vraiment supérieur de l'impression personnelle, qui unit la certitude à la rapidité; il ne faut qu'un peu de temps et l'habitude de l'observation pour apprécier sur soi-même l'action fortifiante ou débilitante d'un climat quelconque, et les conclusions sont directement applicables aux malades; bien plus, elles

sont applicables avec une force accrue de toute la différence que présentent l'organisme sain et l'organisme malade, dans leur résistance aux impressions extérieures. L'action jugée sur lui-même par un adulte en bonne santé, sera toujours une action de même sens chez le phthisique, mais l'énergie de l'action sera augmentée en raison directe de la débilité et deTimpressionnabilité des individus. C'est à cette catégorie d'appréciations, c'est à ce mode de jugement que je faisais allusion au début de ces leçons, lorsque je vous parlais de l'impression spéciale du climat sur l'organisme qu'il affecte, d'une action indéfinissable dont la cause ne peut être saisie, et dont on demanderait vainement la révélation aux tables des conditions atmosphériques; cette action, vous disais-je encore, ne peut être jugée que sur place, il faut la subir pour la discerner. Je suis bien loin de contester la valeur des renseignements fournis après coup par l'étude des malades et des personnes qui ont partagé leur résidence; mais je pense qu'il est bon de les prévoir au moyen de notions préalables, et que par suite l'association du jugement personnel aux données issues de l'observation pathologique, constitue, en pareille matière, la meilleure méthode d'information. C'est sur cette double base que sont assis les appréciations et les conseils pratiques, dontje vous entretiendrai bientôt.

Si vous vous rappelez la valeur pathogénique que j'attache à l'hypotrophie constitutionnelle, et l'importance supérieure que je reconnais par suite à l'indication tirée de l'état général, vous comprendrez aisément que je donne une très large place dans le traitement climatérique à l'action fortifiante ou débilitante des climats,

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et que cet élément de détenninalion soit l'objet de ma constante préoccupation.

Mais il convient, avant de poursuivre, que je vous mette en garde contre une erreur qui est bien souvent commise.

En matière de climatothérapie, on confond fréquemment d'une part, l'action excitante et l'action fortifiante d'un climat, d'autre part l'action sédative et l'action débilitante; et on les confond si bien, que ces désignations accouplées sont employées indifféremment l'une pour l'autre. Il y a là, selon moi, plus qu'une confusion, il y a une erreur. Vaction excitante et Vaction sédative se rapportent en sens inverse à l'état du système névrovasculaire, et à l'irritation des voies respiratoires ; Vaction fortifiante ou tonique et Vaction débilitante se rapportent, en sens inverse, à l'état de la nutrition et à l'état des forces.

. Voulez-vous la preuve de la justesse et de la nécessité de cette distinction? Voyez les effets des deux actions sur le malade. L'action excitante se traduit par de l'agitation physique et morale, par une impressionnabilité exagérée jusqu'à être pénible, par de l'insomnie rebelle, souvent par de la céphalalgie, par l'accélération ou la variabilité du rhythme respiratoire et circulatoire, enfin par des signes non douteux d'irritabilité laryngo-bronchique; et avec cette apparence trompeuse de mouvement et de vie, surviennent plus tôt ou plus tard un sentiment de lassitude réelle et constante, un éloignement croissant pour tout exercice qui est immédiatement une fatigue, et souvent aussi une diminution plus ou moins marquée dans l'activité de la nutrition. — L'action

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fortifiante n'a rien de tout cela; sous son influence, l'excitabilité névro-cardiaque reste ce qu'elle était auparavant, l'irritabilité de la muqueuse aérienne n'est nullement accrue, mais le malade éprouve un sentiment d'entrain, de vigueur nouvelle; ce sentiment répond à un changement réel, que démontre l'aptitude journellement augmentée pour l'exercice musculaire; l'accroissement de l'appétit, des digestions, l'intégrité de l'assimilation, l'activité tranquille de l'hématose achèvent de caractériser cet état, que traduit enfin d'une façon non douteuse l'augmentation des forces et du poids du corps. Peut-on concevoir, je vous le demande, deux états plus opposés, deux groupes d'effets plus contradictoires? L'opposition est la même entre l'action purement sédative et l'action débilitante, auxquelles s'appliquent avec des traits renversés les descriptions précédentes. Il faut donc se garder ici d'une confusion qui est contraire à la réalité, et distinguer soigneusement ces deux modes d'action, dont je vous ai présenté les types les plus accusés.

Les deux propriétés que l'on peut appeler positives, c'est-à-dire l'action excitante et l'action fortifiante, peuvent être réunies dans un même climat, et les propriétés négatives, l'action sédative et l'action débilitante, peuvent également se rencontrer dans une même région; mais cette association harmonique est loin d'être constante, et par conséquent l'assimilation et la synonymie que je combats, conduisent forcément à une interprétation erronée de l'action des divers climats. Voyez l'Egypte; ce climat est sans contredit le plus excitant parmi ceux de mon second groupe, mais il en est

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en même temps le plus débilitant, à mon sens du moins. — Voyez Madère; c'est le climat sédatif par excellence; est-il débilitant? pas le moins du monde; il est au contraire plus fortifiant que débilitant. Je suis heureux de me trouver en accord sur ce point avec mon éminent confrère Lombard (de Genève). — Voulezvous d'autres exemples? je le veux bien aussi, ils sont instructifs. Passez de Madère à Alger, ou plutôt à Mustapha, et vous trouverez que les deux propriétés présentent une modification respectivement inverse ; l'action tonique est grandement diminuée, mais l'action excitante est accrue. — C'est encore l'opposé pour les climats de la Riviera méditerranéenne; ils sont tous excitants à des degrés divers; sont-ils donc fortifiants comme le voudrait la synonymie en question? on l'a dit, mais il m'est impossible de l'admettre, et je les trouve à cet égard sensiblement indifférents, ni fortifiants, ni débilitants. Pour la Riviera italienne, en effet, l'action fortifiante est littéralement nulle; pour la Riviera française, elle est peut-être faiblement ébauchée, mais elle est trop peu marquée pour prendre la valeur d'un élément thérapeutique de réelle importance. C'est là, du moins, la conclusion formelle de mes études sur ce point.

Parfois, ainsi que je vous l'ai dit, les propriétés analogues marchent de pair ; cela est certain, par exemple, pour Méran et Montreux, dont les climats ont à la fois une action fortifiante énergique et une action excitante modérée; cela n'est pas moins certain pour Pau et Pise, dont les propriétés climaiériques sont remarquables à la fois par l'action sédative et par l'action débilitante; je n'ignore pas que dans ces derniers temps on a tenté

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d'assigner au climat de Pau une action tonique, mais mon expérience me défend d'accepter une pareille assertion. Il y a donc bien évidemment des climats à propriétés harmoniques qui agissent dans le même sens, c'est-à-dire en plus ou en moins, si j'ose ainsi dire, sur l'excitabilité et sur l'état de la nutrition et des forces; mais même alors ma distinction doit être maintenue, car il est très rare que ces propriétés simultanées et de même sens soient égales quant à leur degré; cela est bien frappant pour les stations de Méran et de Montreux ; l'action excitante, qui est réelle, est si peu accusée comparativement à l'action tonique, qu'elle peut être totalement négligée, dans les cas où l'indication constitutionnelle est véritablement dominante.

La distinction dont je viens de vous entretenir est donc fondamentale; si vous la négligez, ce ne sont pas seulement les climats qui seront par vous mal interprétés, ce sont aussi vos malades qui seront mal dirigés. Quelle est en effet la conséquence inévitable de cette assimilation fautive entre l'action excitante et l'action fortifiante? c'est la fusion non moins erronée de deux indications thérapeutiques complètement différentes, savoir : l'indication tirée de Vexcitabilitè névro-vasculaire, et l'indication tirée de I'état des forces et de LA NUTRITION. Or la première est une indication purement symptomatique; la seconde est une indication CAUSALE ET PATiiOGÉNiQUE, puisqu'il s'agit ici d'une maladie dont riiYPOTROPiiiE constitutionnelle est à la fois l'origine et le moyen. Ce simple aperçu vous montre que la valeur clinique de ma distinction est au moins égale à son intérêt climatologique, et il vous enseigne

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