INTERCURRENTES
Qu'elles soient ou non de nature tuberculeuse, chacune de ces agressions aiguës est pour lephthisique une cause certaine d'aggravation ; ainsi que je n'ai cessé de l'enseigner depuis 1862, ces épisodes aigus, congestifs ou inflammatoires, précipitent l'évolution des lésions préexistantes ; ils favorisent par la congestion même la formation de lésions similaires, et en tout cas, même alors qu'ils prennent fin sans entraîner l'une ou l'autre de ces conséquences, ils sont pour le malade, de par l'état aigu plus ou moins durable qu'ils lui imposent, l'occasion et la cause d'un nouveau pas en avant dans la déchéance organique. Vainement les autres conditions favorables à la curabilité sont présentes, si ces assauts sont fréquemment renouvelés, ils suffisent par euxmêmes pour annihiler toutes les chances heureuses.
Quant à l'état général, à l'état des forces, à l'état
constitutionnel, comme vous voudrez l'appeler, il domine à lui seul la situation, il efface en importance toutes les conditions précédentes. Du degré de l'hypotrophie au moment où le patient subit les premières atteintes du mal, dépendent et l'évolution ultérieure de la maladie, et toute l'appréciation relative à la curabililé. Et il ne peut en être autrement, car à quels termes, en fm de compte, cette question doit-elle être ramenée? Le voici : l'organisme, frappé de celte affection éminemment consomplive, subit par ce fait même une alLeinte grave et de longue durée, il faut avant tout qu'il y puisse résister ; mais résister ne suffit pas, il faut réparer, et cette réparation est elle-même un travail qui n'a d'autre moyen que l'énergie vitale du malade ; voilà le vrai de la situation. C'est la force organique qui résiste, c'est la lorce organique qui répare, c'est donc le degré de l'hypotrophie qui, pour chaque phthisique, donne à chaque instant le bilan exact de sa situation, et la mesure de ses chances bonnes ou mauvaises. Toutes les autres particularités peuvent être aussi favorables qu'on voudra le supposer, il n'importe ; si l'état constitutionnel, si la nutrition est altérée au delà de toute possibilité de restauration, l'issue de la lutte est certaine, toute espérance est. anéantie.
La même conclusion s'impose encore si l'on interroge l'anatomie pathologique. Le processus nuisible, le processus destructeur, quel est-il? Le processus caséeux, qui est essentiellement un processus passif de débilité. C'est là, vous vous le rappelez sans doute, l'un des principes fondamentaux que j'ai formulés depuis plus de dix années. Mais le processus favorable, le processus répa-
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rateur, quel est-il? Vous le savez, c'est le processus fibrogène, processus irritatif de bonne nature, qui implique, qui exige comme tout travail de formation scléreuse, une activité réelle de la nutrition locale et de la nutrition générale. Ces propositions sont de celles, je pense, qui échappent à toute contestation. Soit donc que l'on tienne compte des enseignements séculaires de l'observation clinique, soit que l'on envisage les conditions anatomiques qui font l'évolution de la maladie favorable ou fatale, on se retrouve toujours, dans cette appréciation delà curabilité, en présence de ce fait immuable : la prépondérance de l'état des forces, du degré de l'hypotrophie sur tous les autres éléments de jugement.
Cette analyse nous fournit, comme vous le voyez, une nouvelle confirmation de mes principes : c'est l'insuffisance nutritive, c'est l'hypotrophie qui est l'origine de la tuberculisation et de son évolution nocive; c'est l'insuffisance nutritive, c'est l'hypotrophie qui est la source première de l'appréciation pronostique et des indications thérapeutiques. Tout le reste ne vient qu'après.
De là, Messieurs, une. conséquence intéressante qui vaut d'être signalée. L'état constitutionnel est un fait purement individuel, les conclusions qu'on en peut tirer varient avec chaque malade, puisqu'elles reposent sur la comparaison de l'état général avec l'état, la marche antérieure et l'évolution probable des lésions pulmonaires; d'où résulte, vous le voyez, que l'élément fondamental du pronostic est tiré de l'individu malade, et non point des données générales fournies par l'étiologie, par les symptômes ou telle autre des conditions que nous avons précédemment étudiées. Oui, sans doute,
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d'une manière théorique et abstraite, la phthisie acquise est moins grave, plus curable que l'héréditaire; mais cela n'empêche pas que dans la pratique et dans le concret, un individu affecté de phthisie acquise pourra être plus gravement atteint et moins curable qu'un autre malade, affecté pourtant de phthisie hérédilaire. Oui, je l'ai dit et cela est vrai en thèse générale, la phthisie dite arthritique est la moins grave des phthisies acquises secondaires; mais tel malade de cette classe pourra néanmoins imposer un arrêt d'incurabilité plus absolu cl plus précoce que tel autre, affecté d'une forme éliologique réputée généralement et avec raison plus redoutable. Certes, les hémoptysies, les congestions et les inflammations intercurrentes sont dans toute phthisie des phénomènes graves qui sont bien propres à modifier l'ensemble de la situation, actuelle et future; pourtant deux malades ayant subi en nombre égal ces accidents redoutables pourront être, au point de vue de l'évolution ultérieure, dans une condition tout à fait différente, et cela uniquement par le l'ait de leur état constitutionnel respectif. Le prince russe dont j'ai eu déjà l'occasion de vous parler, a résisté à des hémo ptysies fébriles répétées, qui auraient été mortelles dans bien d'autres cas; non seulement il y a résisté, mais la marche de la maladie n'en a point paru aggravée. Le jeune homme de même nationalité qui jouit depuis plusieurs années déjà du bienfaitd'une guérison relative, a été éprouvé à maintes reprises par des attaques de bronchopneumonie, qui auraient pu tuer d'autres patients moins heureusement doués sous le rapport de la force constitutionnelle.