DIFFICULTÉS DE L'APPLICATION
c'est que dans un grand nombre de cas, la période prémonitoire n'est pas utilisée, ou l'est si tardivement, que la prétendue prophylaxie se confond en réalité avec le traitement de la maladie confirmée.
D'un autre côté, la lutte préventive, telle que je l'entends, comprend au nombre de ses moyens les plus utiles, les plus indispensables, un ensemble de mesures hygiéniques qui ne sont pas facilement conciliables avec les habitudes des familles, avec les exigences de l'éducation intellectuelle, bref avec la routine ordinaire de la vie. Trop souvent les conseils du médecin sont négligés, trop souvent ses légitimes exigences sont tenues pour des prétentions exagérées; le mal qu'il veut combattre n'est qu'un mal possible, le danger qu'il veut prévenir n'est qu'une hypothèse pessimiste, et dans cette situation, il a grand'peine, on le conçoit, à obtenir des intéressés la résignation à une réforme hygiénique qui est une véritable révolution, en ce qu'elle bouleverse toutes les conditions habituelles de l'existence. La conséquence est une série de transactions et d'attermoiements longuement discutés, par lesquels on accepte des moyens proposés ce qui est commode et facile, tandis qu'on laisse de côté les prescriptions jugées gênantes et intempestives; de là un traitement par demimesures, dont la stérilité est à peu près certaine. La prophylaxie échoue non par une impuissance propre, mais par une incomplète application.
r>;ms d'autres cas à la fois plus respectables et plus attristants, c'est l'insuffisance des ressources qui empêche les familles de se conformer aux conseils médicaux; force est bien alors de se contenter du possible, mais
encore ici l'insuccès ne prouve rien quant à la valeur du traitement, puisqu'en vérité il n'a pas été mis en œuvre.
J'ai dû, Messieurs, vous signaler une fois pour toutes ces difficultés de la pratique médicale; vous les retrouverez à chaque pas, non seulement à propos de la prophylaxie, mais encore à l'occasion du traitement curateur de la phthisie pulmonaire ; au milieu de ces obstacles sans cesse renaissants, votre ligne de conduite est toute tracée, vous devez formuler nettement et avec insistance les conseils que vous inspire l'intérêt du malade; si après cela, vous êtes obligés de vous incliner devant une impossibilité réelle ou voulue, votre devoir est accompli, et votre responsabilité sauvegardée.
Gela dit, je vais vous indiquer les mesures que je considère comme indispensables pour un véritable traitement prophylactique ; vous reconnaîtrez après cet exposé que je n'ai rien exagéré des difficultés contre lesquelles il se heurte dans l'application pratique.
Dans un groupe de cas malheureusement trop nombreux, la prophylaxie doit commencer dès le berceau, dès la naissance ; il en est ainsi pour les enfants des familles dans lesquelles on a à redouter la transmission héréditaire de la maladie. Lorsque c'est l'hérédité directe qui est en cause, c'est-à-dire lorsque la tuberculose existe chez les générateurs, l'allaitement maternel doit être absolument interdit; on pourrait croire que cette précaution est moins nécessaire lorsque le père seul est tuberculeux; telle n'est pas mon opinion, et alors aussi j'impose formellement l'allaitement non maternel ; la mère est saine, c'est vrai, mais elle est
HYGIÈNE. lil
incessamment exposée par le fait de la cohabitation à contracter la maladie de son mari, de sorte qu'à un moment quelconque de la période d'allaitement, son lait peut devenir pour l'enfant un agent efficace de transmission. Par suite, la prudence exige que l'on se comporte exactement comme si cette possibilité était une certitude. Donc, dans tous les cas à transmissibilité héréditaire directe, quel que soit le générateur affecté, il est nécessaire de proscrire l'allaitement maternel, et d'y substituer celui d'une nourrice saine et vigoureuse; de plus, cet allaitement doit être prolongé aussi longtemps que possible, c'est-à-dire, suivant les circonstances, de dix-huit à vingt, et même vingt-deux mois; il faut enfin éviter un sevrage brusque et total, et faire succéder à l'allaitement au sein une alimentation mixte pour laquelle on utilise avec avantagele lait d'ânesse ou de chèvre. Cette direction particulière de l'allaitement n'est pas la seule condition à remplir dans les circonstances que nous envisageons; d'autres mesures sont également indispensables; la nécessité en est tellement évidente, qu'il est presque banal de les formuler, et pourtant c'est à leur sujet peut-être que vous trouverez la plus forte résistance : sous aucun prétexte l'enfant ne doit être couché dans la chambre de son parent malade, il ne doit y être introduit qu'après une aération prolongée, mieux vaut encore qu'il n'y séjourne jamais ; il faut aussi, pardonnez-moi ce détail que mon devoir m'oblige à vous signaler, obtenir la suppression des embrassements de bouche à bouche dont les parents sont si prodigues pour leurs enfants en bas âge. Lorsqu'une influence héréditaire collatérale est seule
à craindre, l'allaitement maternel peut être permis, s'il n'est pas contre-indiqué par l'intérêt de la mère, circonstance assez fréquenie, ainsi que nous le verrons bientôt; à cette différence près, toutes les règles de l'éducation physique dans le jeune âge sont également applicables non seulement dans les deux formes de la transmissibilité héréditaire, mais, d'une manière générale, à tous les enfants dont on veut développer la vigueur et la résistance constitutionnelles.
Les enfants seront élevés à la campagne, ils resteront en plein air le plus grand nombre d'heures possible chaque jour, ils porteront des vêtements courts n'exerçant aucune constriction ni à la ceinture ni sur le thorax, ils seront soumis à des bains quotidiens, tièdes pendant la saison d'hiver, froids durant le reste de l'année; ces bains seronL très courts et suivis d'une forte friction sèche ; on produit ainsi une excitation salutaire des fonctions de la peau, on augmente la résistance contre l'impression du froid et l'on prépare l'application de l'hydrothérapie proprement dite, qui est un des agents les plus puissants du traitement prophylactique. Vous devez veiller avec la même sollicitude au développement du système musculaire, et l'assurer par des exercices journaliers, marche, pratiques gymnastiques, dont la durée et l'énergie vont croissant avec les années. Dès que l'enfant est en possession du régime alimentaire ordinaire, l'alimentation doit être substantielle, composée principalement de viandes rôties ou grillées, saignantes; le vin doit y être introduit dès le début en quantité proportionnelle à l'âge et à l'excitabilité individuelle; et si, malgré ces mesures sagement