‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaireChapitre 55 sur 95 · MÉDICATION QUIN1QUE · texte numérisé non relu

MÉDICATION QUIN1QUE

très ordinairement des phénomènes de résorption putride. Malgré la complexité de cette situation, on peut présumer l'existence de ce dernier élément, lorsque Pexacerbâtion thermique est précédée et accompagnée de frissons revenant chaque jour à peu près à la même heure; lorsqu'il en est ainsi, j'abandonne la quinine et j'ai recours à l'acide salicylique, qui est l'agent constant de ma médication, lorsque la fièvre de résorption est en cause. Mais avant d'aborder ce sujet, j'ai encore quelques remarques à vous présenter touchant le traitement quinique.

Quoique le bromhydrate de quinine possède une innocuité relative incontestable quant à la muqueuse gastrique, je ne vous conseille pas de l'administrer par la bouche à des malades qui ont déjà souffert antérieurement de phénomènes dyspeptiques, ou chez lesquels le mauvais état de l'appétit et des fonctions digestives peut en faire redouter l'imminence. S'il ne s'agissait que d'un ou deux jours de traitement, on pourrait sans inconvénient passer outre; mais il ne convient pas de le faire au début d'une médication dont la prolongation est à peu près certaine. L'injection sous-cutanée vous permettra de remplir avec toute l'insistance nécessaire l'indication tirée de la fièvre} sans porter aucune atteinte aux organes digestifs. Dans ce cas, je procède de la manière suivante : Si le bromhydrate est parfaitement pur, un gramme peut être dissous, sans addition et sans précipitation partielle ultérieure, dans 5 grammes d'eau distillée. Un gramme de cette solution, c'est-à-dire une seringue de Pravaz, contient donc sensiblement 20 centigrammes de sel ; or cette quantité correspond à 50 cen-

tigrammes pris par la bouche, conséquemment avec deux injections vous avez l'effet d'un gramme, avec trois injections l'effet d'un gramme et demi de bromhydrate. Procédant d'après les principes que je vous ai exposés, je fais donc trois injections au même moment le premier jour, deux le second, une le troisième, puis vient le repos, et ainsi de suite; mais comme l'action du remède est plus rapide par la voie sous-cutanée, j'opère seulement cinqheures avant le moment de l'exacerbation.

Ces injections ne sont pas plus douloureuses que celles de morphine ; elles ne donnent lieu à aucun accident sérieux, à la condition, bien entendu, qu'elles soient réellement poussées dans le tissu cellulaire souscutané et non pas dans les couches profondes du derme; jamais d'eschares, jamais d'abcès, jamais d'érysipèle ni d'engorgement ganglionnaire, je puis vous l'affirmer après des épreuves bien des fois répétées ; autour de la piqûre se développe une rougeur érythémateuse qui dépasse rarement l'étendue d'une pièce de cinq francs, et qui disparaît en deux ou trois jours; mais il faut être prévenu qu'il reste dans le tissu conjonctif une nodosité dure, indolente, adhérente à la face profonde de la peau, et que cette induration, qui n'entraîne d'ailleurs aucun inconvénient, persiste en moyenne de six semaines à deux mois; il m'est arrivé d'en retrouver des traces après six mois, mais même après ce délai ces reliquats ont fini par disparaître totalement. En raison de cette particularité, je fais autant que possible les injections aux membres supérieurs ou sur le tronc, parce que sur les membres inférieurs ces nodosités, lorsqu'elles sont multiples, peuvent être une source d'ennui pour le ma-

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