DE LA GRANULOSE MILIAIRE AIGUË
lion de nouveaux exsudats, et en activant la résorption des produits liquéfiés. Ce triple but, je le poursuis au moyen de l'application de larges vésicatoires volants; je ne laisse pour ainsi dire pas un moment d'interruption dans l'emploi des révulsifs; dès qu'un vésicatoire est sec ou à peu près, j'en fais placer un autre dans la région voisine, de manière à avoir constamment une zone en activité. Si je me heurte à des accidents prononcés d'irritation vésicale, je cesse les applications successives, mais je provoque la suppuration d'un vésicatoire placé sur la région antérieure du thorax. Cette méthode peut paraître cruelle, surtout si on la met en présence de l'incertitude du résultat, mais elle n'est vraiment utile que si elle est coniorme aux règles précédentes.
Ce traitement dans son ensemble est maintenu, aux nuances individuelles près, durant toute la période d'acuité; si l'on a le bonheur d'obtenir la phase chronique, la situation ne tarde pas à se confondre avec celle qui résulte d'une phthisie commune parvenue à des lésions similaires; je n'ai donc rien déplus à vous dire touchant la phthisie pneumonique.
J'arrive à la granulose miliairc aiguë.
De toutes les formes de tuberculose, c'est là, sans contredit, la plus redoutable ; la mort rapide en un petit nombre de semaines, voilà la règle. Pourtant, quelque incrédulité que doive peut-être soulever ma déclaration, je n'hésite pas à dire que cette règle a ses exceptions, bien rares, il est vrai, mais qui doiventêtre précieusement enregistrées dans l'intérêt de la vérité d'abord, ensuite à titre d'encouragement. Ces exceptions ne concernent
ni la forme suffocante, ni la forme catarrhale de la maladie; elles appartiennent à la variété un peu plus longue, même dans les cas mortels, qui est connue sous le nom de forme typhoïde. Déjà dans ma Clinique, j'ai signalé les quatre faits de Lebert qui donnent la preuve anatomique de la guérison possible de cette affection. Dans quatre autopsies d'individus qui avaient succombé à d'autres maladies, il a trouvé les traces d'une tuberculose miliaire disséminée guérie ; les lésions qui constituaient les reliquats de la production granuleuse, présentaient les caractères d'un processus complètement éteint. Le même observateur a cité deux autres cas dans lesquels il a observé cliniquement la guérison de la maladie, alors que les particularités et la marche des symptômes ne permettaient aucun doute quant à la justesse de l'appréciation diagnostique. D'un autre côté, Sick, et plus récemment Anderson, ont appelé l'attention sur des faits de même nature, de sorte que si le bilan de la curabililé est trop pauvre pour autoriser une espérance fréquente, ce dont je conviens, il doit pourtant faire suspendre la conclusion absolue qui eut jusqu'ici force de loi.
Je me sens d'autant plus autorisé à formuler cette réserve consolante, que j'ai observé moi-même, en 1879, un exemple incontestable, à mes yeux du moins, de la curabililé complète et définitive de la granulose miliaire diffuse. Le sujet vaut bien que je résume devant vous les particularitéslesplus saillantes et les plusdémonslratives de ce fait.
Une jeune fille de seize ans, Marie B. . . , entre dans mon service le 6 mars 1879, au sixième jour d'une maladie
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fébrile grave ; l'aspect extérieur delà malade, la température au soir de l'entrée donnent l'idée d'une fièvre lyphoïde des plus sérieuses, et ce diagnostic est maintenu pendant quarante-huit heures. A ce moment, l'absence de phénomènes abdominaux, l'absence d'épistaxis et de taches rosées, l'absence de toute rémission thermique du sixième au huitième jour, et l'existence d'une oppression forte, hors de toute proportion avec les quelques râles sibilants épars daas la poitrine, me font concevoir des doutes bien légitimes sur l'exactitude de ce premier jugement; au dixième jour, je le redresse sans plus d'hésitation et j'admets une granulose aiguë disséminée, car je trouve dans les deux plèvres, en bas et en avant de nombreux frottements, en arrière à gauche un léger épanchement liquide, et en même temps que la diarrhée s'établit et que le ventre se météorise, surviennent des douleurs violentes dans toute l'étendue de l'abdomen, avec maximum très net et très persistant dans la région périhépatique et périsplénique. En présence de ces symptômes pleuraux et péritonéaux quel doute était possible ? aucun ; d'ailleurs s'il eût pu en rester quelque vestige, toute incertitude eût été dissipée deux jours plus tard, car alors, les phénomènes pleurétiques demeurant sans extension, on pouvait constater que les symptômes de catarrhe bronchique étaient prédominants dans le lobe supérieur de chaque côté. Cependant la fièvre persistait, remarquable surtoutparsescontinuelles irrégularités; et un amaigrissement, surprenant par sa prodigieuse rapidité, réduisait la malade, avant la fin du troisième septénaire, à un état véritablement marastique. Les choses allèrent ainsi avec d'insignifiantes oscillations pendant
trois septénaires, la température se maintenant toujours le soir entre 39° et 40°, sauf les jours de médication antipyrétique. Malgré la vivacité et la durée de l'hyperthermic, le cœur a résisté ; il n'y a eu d'autre symptôme cérébral que le subdelirium vespéral et nocturne imputable a la fièvre elle-même; à aucunmoment nous n'avons observé de phénomène qui pût faire craindre une localisation de la granulose vers l'encéphale; quant aux signes stéthoscopiques fournis par l'examen des poumons, ils n'ont jamais dépassé le degré d'un simple catarrhe bronchique disséminé; râles sous-crépitants d'abondance et de volume variables, sans diminution notable de la sonorité, voilà tout ce que nous avons observé ; les signes de la condensation, de l'hépatisation du tissu pulmonaire ont toujours fait défaut. A partir du 5 avril, la fièvre a changé de caractère: elle était nulle le matin, mais le soir ramenait des températures souvent égales et même supérieures à 39°; puis au 42 mai, qui était le soixantequatorzième jour de la maladie, l'apyrexie du soir a enfin signalé le début de la convalescence. Cette phase de réparation a présenté une durée proportionnelle à la gravité de l'affection, et au degré vraiment colossal de la consomption organique; mais elle a évolué sans encombre, sans arrêt notable, et le 30 juillet, cette jeune fille pouvait quitter l'hôpital, après un séjour de près de cinq mois, en parfait état de guérison; elle ne conservait d'autre anomalie que des adhérences phréno-costales antérieures, et une diminution à peine sensible dans l'étendue de la sonorité de l'espace semi-lunaire. A la fin de juin, six semaines après la chute complète de la lièvre, elle pesait 29 kilogrammes ; au moment de sa