DOUZIÈME LEÇON
(suite)
De la direction générale du traitement climatérique — Méthode ordinaire de la résidence variable. — Méthode nouvelle de la résidence fixe. — Ses raisons et ses avantages. — Mode d'application.
Des conditions que doit remplir une station médicale destinée aux phthisiques. — Conditions sanitaires. — Conditions hygiéniques. — Installations des malades. — Ressources thérapeutiques, etc.
Application du traitement climatérique. — Des climats du premier groupe. — Davos et l'Kngadine en particulier. — Analogies et différences avec les autres stations du même groupe. — Importance prépondérante de l'altitude.
ndications et contre-indications des stations d'altitude. — Précautions nécessaires. — Difficultés de la détermination thérapeutique.
Messieurs,
J'ai exposé et développé devant vous ma classification des climats dans leurs rapports avec le traitement de la phthisie pulmonaire; je vous ai montré qu'au point de vue thérapeutique, la division fondamentale doit être tirée de ta pression barométrique bien plus encore que de la température, et qu'il y a lieu de séparer avant tout les climats à pression basse et les climats à pression moyenne. Ceux du premier groupe sont tous, dans la saison d'hiver, des climats rigou-
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reux; mais ils diffèrent nolablement entre eux par le degré d'abaissement de la pression atmosphérique, depuis les stations qui dépassent 1500 mètres, jusqu'à celles qui, à l'autre extrémité du groupe, et dans les latitudes septentrionales, descendent à 500 mètres. Les stations extrêmes sont les vrais types du genre, tant au point de vue des conditions météorologiques qu'au point de vue des effets curateurs. — Les climats du second groupe sont compris dans nos latitudes entre la hauteur de 400 mètres, et l'altitude nulle du niveau de la mer; ils ont pour caractères communs: une pression barométrique moyenne ou peu éloignée de la moyenne; une température fraîche, tempérée ou chaude l'hiver, chaude ou brûlante l'été.
Je vous ai montré ensuite quel est le mode d'action respectif de ces deux groupes de climats, et nous avons pu conclure de cette discussion que les climats à pression basse, et notamment les types extrêmes du groupe, sont des climats activement modificateurs ou curateurs; tandis que les climats à pression moyenne sont purement etpassivementconservateurs. Après cet exposé, j'ai procédé à une étude générale des indications de ces deux classes de climats; et je vous ai signalé les conditions multiples qui limitent le recours aux climats d'altitude.
Comment ces conclusions fondamentales doivent-elles être appliquées? quelles règles fournissent-elles à la pratique? C'est là ce que nous avons maintenant à examiner. Mais, au préalable, je dois encore m'expliquer avec vous sur deux autres questions primordiales, qui me paraissent, à mon grand regret, infiniment trop négligées. La première concerne la direction générale du
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traitement climatérique chez les phthisiques ; la seconde a trait aux conditions d'ordres divers que doit remplir une station médicale, à quelque groupe qu'elle appartienne.
Sur la première de ces questions, direction générale du traitement climatérique, je m'éloigne de la pratique ordinaire. Cette pratique peut être résumée en trois mots: variabilité saisonnière de la résidence; voilà la formule. Une résidence pour l'été, une autre pour l'hiver, souvent encore une troisième pour le printemps, et une quatrième pour l'automne, voilà la méthode, si toutefois il est possible de qualifier de ce nom une manière de faire qui ne peut être inspirée que par l'indifférence, la routine ou le scepticisme.
Je ne pense pas qu'aucune erreur puisse être plus préjudiciable aux malades, et je cherche en vain la cause, ou seulement le prétexte, des pérégrinations successives qu'on leur impose. Poussé par la fatalité qui le domine sous forme de prescription, le malheureux patient se traîne sans répit d'une station à une autre; à peine commence-t-ilà ressentir les bienfaisants effets du repos dans une résidence appropriée, que les exigences trop rapidement renaissantes de la mutation des saisons l'en chassent impitoyablement ; il faut qu'il parte, il faut qu'il recommence ailleurs le pénible et souvent dangereux labeur de l'acclimatement; et il va ainsi, et il va toujours de contrée en contrée, victime errante de la phthisic et de la tyrannie médicale, jusqu'au moment où le flot qui l'emporte, le rejetant par un dernier effort, vient le faire misérablement échouer comme une épave abandonnée dans quelque hôtellerie de hasard. Heureux
encore s'il n'est pas contraint dans ses derniers jours à un nouveau voyage, que l'on ne manquera pas de justifier par de spécieux raisonnements, mais dont la cause réelle est le désir coupable de prévenir l'adjonction d'une unité au tableau nécrologique de la station !
Appliqué de la sorte, le traitement climatérique n'est plus qu'une formalité, une succession de promenades plus ou moins bien choisies, plus ou moins nuisibles; il perd toute valeur thérapeutique.
Et pourtant ce traitement est réellement puissant et
efficace, mais à la condition qu'il soit dirigé par d'autres
principes que la formule stérile du chaud l'hiver, et du
frais l'été, et qu'il soit appliqué suivant une tout autre
méthode. C'est à quoi je me suis efforcé depuis nombre
d'années, et mon expérience de chaque jour a confirmé
la justesse de mes vues.
Pour moi, Messieurs, le traitement climatérique se
réduit tout entier à une question d'adaptation individuelle, et le problème est le suivant : déterminer, au moyen des enseignements de l'observation, au moyen des documents écrits, et avant tout au moyen de la connaissance personnelle des localités, quelle est la résidence la plus convenable pour un malade donné, voilà l'adaptation ; puis, du moment que celte adaptation est démontrée jusLe par un commencement d'expérience, s'y tenir imperturbablement aussi longtemps qu'il est possible, voilà le moyen d'obtenir dans leur plénitude les effets salutaires que cette résidence peut produire. Cette loi, qui est mienne, est une révolution complète dans la climalothérapie; et pourtant, quoi de plus rationnel, de plus simple, je dirai presque de plus
élémentaire. Ici c'est le climat qui est le remède; s'il est bon, pourquoi le changer ? N'est-ce pas un non-sens? Aucun médecin, je suppose, ne voudrait apporter une pareille inconséquence dans le maniement des agents ordinaires de la thérapeutique : pourquoi donc la réserver pour les agents climatériques? Je ne puis saisir la raison de ceite faute, à moins qu'elle ne provienne delà division vulgaire des stations en stations d'hiver et stations d'été. Quoi qu'il en soit, mon principe et ma pratique sont autres : déterminer l'adaptation; s'il est possible, maintenir le malade dans la région choisie aussi longtemps que l'observation en démontre les bons effets, et qu'il ne surgit aucune contre-indication : voilà toute ma méthode. Une expérience déjà longue me permet de croire qu'elle est vraiment la bonne, et que, si elle n'est pas constamment efficace, elle est du moins toujours utile, et toujours supérieure à l'illogisme aveugle des pérégrinations saisonnières.
Cette méthode, que j'appellerai méthode de la résidence fixe, par opposition à la pratique ordinaire de la résidence variable, n'est pas seulement avantageuse, elle est d'une absolue nécessité dans le traitement par les climats d'altitude. Il ne s'agit point ici, en effet, de station d'hiver ou de station d'été; il s'agit de l'influence du milieu raréfié et de l'ensemble des conditions climatériques associées à ce milieu; c'est-à-dire qu'il s'agit d'un remède, dont l'action est lente mais certaine lorsqu'il est indiqué, et l'application de ce remède ne doit sous aucun prétexte être interrompue, tant qu'on en peut constater des effets réellement utiles. Je ne vois pas d'inconvénient notable, si l'on observe les transi-
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tions ménagées dont j'ai si souvent affirmé la nécessité, à ce qu'on permette au malade de passer chaque année, soit au printemps, soit en été, un à deux mois dans la résidence de sa famille, à condition pourtant que cette résidence n'appartienne pas à une contrée franchement méridionale; mais c'est là l'extrême limite de mes concessions pour ce traitement spécial; je préfère toujours qu'on évite même cette interruption passagère, et par suite je conseille tout d'abord la visite faite par la famille au malade.
11 n'est pas impossible de concilier l'application de mon principe avec une certaine variété dans la résidence : si, sans changer de région, sans avoir à passer par la plaine, le malade peut gagner une localité dont les conditions climatériques soient réellement similaires à tous les points de vue, il peut très bien, si cela lui agrée, profiter de cette éventualité. Non seulement le déplacement, ainsi entendu, ne présente aucun inconvénient, mais, rompant pour deux ou trois mois la monotonie du séjour, il offre le précieux avantage d'une distraction salutaire, et d'une satisfaction morale toujours désirable. Malheureusement, cette possibilité n'est pas réalisée par toutes les stations de mon premier groupe, il s'en faut; car entre toutes les résidences qui le composent, je ne connais que Davos et l'Engadine qui permettent une pareille migration dans les conditions précises où elle peut être autorisée, c'està-dire sans changement excessif dans la pression du milieu atmosphérique. Si nous prenons en effet Davos comme point de départ, nous voyons que de cette localité, dont la hauteur est de 1556 mètres, on peut, sans
quitter un instant les altitudes comprises entre 1200 et 4850 mètres, se rendre sans fatigue à Wiesen, àParpan, à Mùhlen, à Churwalden; ou, mieux encore, dans l'une des stations de la IJaute-Engadine, Saint-Morilz, Samaden, Pontresina, Campfer, Silvaplana ou Sils-Maria.
L'hygiène et le confortable spéciaux, et véritablement exceptionnels, des établissements de Davos seront retrouvés dans les hôtels de l'Engadine; et la cure climatérique ne sera pas un instant interrompue, vu l'analogie remarquable des conditions atmosphériques de la saison d'été dans toutes ces localités diverses, qui appartiennent en somme à la même région que Davos. Cet ensemble sans pareil permet donc d'associer le déplacement estival des malades, s'ils le désirent, avec une continuité réelle, et non pas apparente, du traitement auquel ils sont soumis.
En dehors de ces deux ordres de faits, je n'admets aucune interruption dans la cure par le climat d'altitude de 1500 mètres et au delà.
Lorsqu'il s'agit de prophylaxie, le traitement doit être maintenu jusqu'à production d'une restauration constitutionnelle parfaite : un an suffit en général, lorsque l'obligation de la prophylaxie n'est imposée que par les conditions individuelles du sujet; dix-huit mois, deux ans peuvent être nécessaires, lorsque la nécessité de cette lutte préventive est dictée par une influence héréditaire.
S'agit-il delà maladie confirmée dans les phases, dans les individualités et dans les formes qui indiquent le traitement par le climat d'altitude, aucune limite constante ne peut être assignée à sa durée; il doit être fer-
JACCOID. 25
mement prolongé, sous réserve des interruptions temporaires dont j'ai parlé, tant que le malade en éprouve de bons effets, et qu'il ne survient aucune des contre-indications qui ont été signalées dans mon élude générale. L'adaptation est juste, elle est favorable, il faut la maintenir; quoi déplus évident?
Passons à l'application de ma méthode au groupe des climats de plaine.
On pourrait croire que cette application se heurte alors à de véritables impossibilités, par la raison que les stations de ce groupe, appartenant toutes à la classe de stations diles hivernales, présentent au printemps, et en été surtout, des conditions thermiques qui s'opposent à la prolongation de la résidence. Les difficultés ne sont point en réalité aussi grandes. Pour quelquesunes de ces stations, la région considérée dans son ensemble offre, dans la saison chaude, la ressource de mutations à courte distance, qui permettent aux malades d'échapper à l'action de la thermalité estivale trop élevée, tout en se maintenant en somme dans la même zone climatérique. Madère, entre toutes les stations de notre hémisphère, réalise au mieux cette heureuse condition. Les localités riveraines de l'extrémité orientale du lac de Genève avec les sites de hauteurs variables qui les dominent; Méran, dans le Tyrol, Lugano en Suisse, avec les régions d'exposition et d'altitudes diverses qui les entourent, la remplissent également d'une manière plus ou moins satisfaisante.
Il semblerait au premier abord que Pise avec les Apennins à ses côtés; que Pau avec les vallées pyrénéennes dans son voisinage immédiat; que la Riviera
méditerranéenne avec ses localités alpestres peu éloignées, offrent également toutes facilités pour la résidence prolongée. Virtuellement, cela est incontestable, mais dans la réalité de l'application pratique, il n'en est pas ainsi. Pour des raisons diverses, ces stations ne permettent pas de prolonger le séjour d'hiver jusqu'à la fin du printemps; et quand vient le moment de les quitter, rien n'est prêt encore pour la réception des malades dans les localités qui pourraient leur servir de résidence durant la saison chaude. Cette lacune dans la continuité de la succession enlève à ces régions l'avantage qu'elles pourraient présenter, au point de vue du séjour annuel. Il est bien facile, assurément, de remédier à cet état de choses, et je ne doute pas que cela ne soit fait quelque jour; mais pour le moment, ces contrées ne peuvent être mises au même rang que les précédentes, en ce qui concerne ma méthode de la résidence fixe.
Lors donc que l'individualité du malade et la forme de sa maladie me laissent toute liberté pour le diriger vers ces stations privilégiées, qui, sinon par elles-mêmes, au moins par leur voisinage immédiat, sont conciliables avec une résidence de toute l'année, je m'empresse de le faire, car cet avantage est à mes yeux une considération de premier ordre; et l'énumé ration précédente vous prouve que, même en me limitant par cette condition, j'ai encore le choix entre des régions fort dissemblables, qui répondent à des indications bien différentes. Voilà donc une grande classe de faits, dans laquelle l'application de mon principe nerencontre aucune difficulté sérieuse, quoiqu'il s'agisse de mon second groupe de climats.
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Restent les cas, fort nombreux assurément, dans lesquels l'état des malades impose le choix de stations de plaine, qui ne présentent pas les mêmes ressources en ce qui concerne la saison chaude; il s'agira par exemple de l'Algérie, de l'Egypte, ou de la Sicile. En cette circonstance, je renonce à la résidence prolongée, et cela pour deux raisons que voici. Pour les malades dont l'état réclame, à l'exclusion de toutes les autres, l'une des stations méridionales que je viens de nommer, cette indication est vraiment dominante, donc je dois m'y soumettre. En second lieu, j'ai le moyen de tourner la difficulté : en effet, pour mon second groupe de climats, qui comprend, vous le savez, la totalité des stations dites hivernales, l'infraction à mon principe de la résidence uniformément prolongée n'a pas à beaucoup près les mêmes inconvénients que pour mon premier groupe, parce que dans les stations de plaine, nous n'avons point à compter avec l'élément modificateur par excellence, tant pour le mal que pour le bien, c'est-à-dire avec l'abaissement de la pression barométrique; par suite, il est possible, il est facile, par un choix judicieux de la thermalité et de l'exposition, de trouver une résidence estivale qui continue en quelque sorte, sans écart notable, l'action climatérique de la résidence d'hiver; et le déplacement imposé par la saison chaude est sans influence fâcheuse, parce que la dérogation à ma règle est en vérité plus apparente que réelle. Vous voyez donc que dans ces conditions déterminées, moyennant les précautions indiquées relatives à l'isothermie, et n'ayant pas à me préoccuper de la raréfaction de l'air, je puis, sans rien compromettre, sans rupture violente
de l'accommodation éLablie, concilier l'application indirecte de mon principe avec l'intérêt des malades qui ont besoin de passer l'hiver dans les stations méridionales incompatibles avec un séjour d'été.
Je dois vous dire, du reste, que l'application du principe nouveau que je défends n'exige pas constamment la même rigueur, en ce qui concerne les stations de plaine, que j'envisage seules en ce moment; une importante distinction doit être formulée, qui est basée sur l'origine et la résidence ordinaire des malades. Ceux qui appartiennent aux régions tempérées peuvent passer l'été et le commencement de l'automne dans leur pays, en ayant soin de s'arrêter, pendant les mois de transition d'avril et de mai, dans une région intermédiaire, s'ils ont habité durant l'hiver l'une des stations les plus méridionales du groupe. En ces circonstances, cette manière de procéder ne cause aucun dommage réel; pour une raison quelconque, ces malades sont arrivés au moment où les climats de montagne sont interdits; ils n'ont plus rien à espérer que des climats passifs purement conservateurs, et par suite, l'abandon printanier de la résidence d'hiver n'équivauL point pour eux à la suspension dangereuse d'un traitement véritablement actif.
Quant aux malades qui ont leur habitation ordinaire dans les contrées septentrionales, je considère le rapatriement semestriel comme un grave inconvénient en raison du contraste trop accentué des conditions météorologiques; du moment qu'il est jugé nécessaire que ces individus {tassent l'hiver dans l'une des régions qui forment le groupe des stations basses, il faut les maintenir toute l'année sous une influence climatérique de
même ordre, sous peine de leur l'aire perdre tous les avantages de leur séjour, el souvent aussi de voir s'aggraver rapidement tous les accidents.
Pour les malades originaires des contrées méridionales de notre hémisphère, la situation est autre; c'est la fin du printemps, l'été et le commencement de l'automne qu'ils doivent passer dans les régions tempérées de l'Europe, et l'expérience ne m'a démontré' jusqu'ici aucun inconvénient à leur retour dans leurs foyers pendant la saison d'hiver. Enfin, pour les habitants de l'autre hémisphère, on ne doit pas omettre de tenir compte du renversement des saisons : pour eux, la saison chaude, qui serait nuisible par l'excès de température, correspond à notre hiver; c'est donc pendant cette période-là qu'ils doivent séjourner dans les stations de nos contrées, et c'est à la fin du printemps qu'ils doivent rentrer dans leur pays, s'ils le désirent; ils y trouvent alors la saison dite fraîche, qui continue sans contraste notable les conditions climatériques dont ils ont. joui durant leur expatriation. Toutefois, lorsqu'il s'agit de malades appartenant aux régions inlertropicales , il est encore préférable qu'ils restent plusieurs années hors de chez eux, en raison du peu d'écart des températures d'été et d'hiver dans leurs contrées originelles.
Avant de quitter ce sujet, je dois vous signaler, pour la proscrire de toutes mes forces, une pratique qui tend à s'établir depuis quelques années, et qui consiste à envoyer les malades passer l'hiver dans l'une des stations de plaine, par exemple pour fixer les idées, dans l'une des localités de la Riviera méditerranéenne, el à
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les diriger pour l'été vers les slations les plus élevées du groupe des climats rigoureux, par exemple à Samaden, à Saint-Moritz, ou à Davos. Cetle pratique, éminemment préjudiciable aux phthisiques, repose sur une conception erronée du mode d'action de ces deux ordres de climats; ils constituent, ainsi que je vous l'ai montré, deux traitements entièrement différents; pour mieux dire, deux traitements antagonistes, dont la conciliation est impossible. Ces deux traitements doivent malheureusement se succéder dans un trop grand nombre de cas, mais comme traitements alternants ils s'excluent sans réserve. Du moment que la période propice aux climats d'altitude n'existe plus, du moment que le malade est obligé d'en arriver aux climats doux de plaine, le changement doit être définitif en ce qui concerne les slations extrêmes du premier groupe; il n'y a plus de retour possible, pas plus en été qu'en hiver; la raison, c'est que les patients qui ont atteint la seconde phase du traitement climatérique ne peuvent subir sans aggravation certaine, sans accidents notables plus ou moins immédiats, des modifications aussi radicales et aussi répétées dans les conditions de l'hématose et de la mécanique respiratoire et circulatoire. Certes, on ne peut songer à maintenir toute l'année les malades de cette classe dans la localité même où ils passent l'hiver, c'est un point sur lequel déjà je me suis expliqué; mais le déplacement estival qu'impose la thermalité trop forte de la résidence d'hiver doit être renfermé dans les limites moyennes qui constituent un changement, et non pas étendu aux limites extrêmes qui créent une disposition climatérique ; pour l'élément dominant
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de l'altitude, le chiffre de 600 à 4000 mètres est le maximum que je concède, les transitions étant d'ailleurs convenablement ménagées; encore ce chiffre n'esl-il pas admissible sans réserve pour les malades qui ont passé l'hiver dans une station riveraine de la mer; il est au contraire parfaitement approprié, et peut même être quelque peu dépassé, s'il s'agit de personnes qui ont résidé dans une station hivernale présentant elle-même une certaine élévation, comme Méran ou la région de Montreux. — Quel que puisse être le motif qui l'inspire, question que je veux me garder d'examiner, la pratique que je viens de vous signaler est absolument condamnable.
J'arrive maintenant, Messieurs, à ma seconde question, celle qui est relative aux conditions que doit remplir une station destinée aux individus menacés ou affectés de phlhisie pulmonaire.
A quelque groupe que la localité appartienne, les conditions climatériques ne sont que l'un des éléments nécessaires pour lui conférer la valeur d'une station médicale; cet élément peut être jugé le plus important, soit, mais il ne peut suffire en aucun cas, et la négligence des autres circonstances expose le malade à de sérieux inconvénients, tandis qu'elle devient une source de déconsidération pour le médecin qui a conseillé, sans notions suffisantes, une résidence dont le climat est peut-être la seule condition louable. C'est sur ce terrain qu'apparaît dans tout son jour la supériorité du jugement fondé sur une connaissance directe et personnelle des localilés. Je vous l'ai dit au début de
ces leçons : par une étude attentive des documents écrits on peut arriver à se faire une idée assez juste d'un certain nombre des caractères climatériques d'une région, mais pour toutes les autres considérations non moins primordiales, non moins nécessaires, il n'y a rien à attendre de cette classe de renseignements, et le médecin qui veut être réellement et complètement éclairé, n'a d'autre ressource que de s'éclairer lui-même et par lui-même.
Les conditions dont il est indispensable de tenir compte, en dehors de la question de climat, sont multiples et diverses; je vous signalerai les principales d'entre elles, car je ne pourrais être complet dans cet exposé sans tomber dans des questions de détail, et dans des minuties incompatibles avec cet enseignement.
En premier lieu il faut se préoccuper des conditions sanitaires de la région; quelque appropriée qu'une localité puisse être par son climat, elle doit être rayée de la liste des stations médicales si elle présente quelque endémie importante, malaria, fièvre typhoïde par exemple, ou si elle est fréquemment éprouvée par des épidémies graves, comme la diphthérie. Il en est encore de même lorsque l'acclimatement dans la contrée examinée n'est ordinairement obtenu qu'après des manifestations plus ou moins répétées, ou plus ou moins rebelles, de catarrhe gastro-intestinal. La légitimité de ces exclusions se comprend d'elle-même, et les localités qu'elles visent doivent être connues de tout médecin; je n'insiste pas davantage sur ces faits élémentaires, me bornant à vous rappeler que c'est à propos des stations méridionales qu'ils présentent leur plus grande importance.
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En second lieu, les conditions hygiéniques doivent être prises en sérieuse considération; c'est bien le moins que dans une résidence destinée à des malades, on exige l'application sévère des règles communes de l'hygiène publique. Il faut doDC s'enquérir scrupuleusement des qualités de l'eau potable, de son altération possible par des infiltrations de cimetières ou d'égouts; il faut, a\ec une égale sollicitude, se renseigner sur le système de canalisation souterraine, sur les émanations de toute sorte qui peuvent vicier l'atmosphère, etc., et il est sage de laisser de côté les stations qui ne répondent pas d'une manière suffisante à ce minimum d'exigences. Je dis d'une manière suffisante, et non pas d'une manière complète, et je suis forcé de dire ainsi, car à l'exception de Madère, nulle station de mon second groupe, c'est-àdire nulle stati'on méridionale, ne me paraît irréprochable à ces divers points de vue ; conséquemment, à moins de les supprimer toutes pour cause d'infraction aux règles de l'hygiène, il faut bien se contenter de l'a peu près, en ayant soin de s'en tenir aux localités les moins défectueuses. Mais il est à déplorer que les administrations locales, incessamment stimulées par les médecins, restent néanmoins si peu soucieuses de corriger ces défauts, qui, dans certaines régions de l'Espagne et de la Riviera française et italienne, sont assez accentués pourvue la presse s'en soit émue.
Indépendamment de ces obligations afférentes à l'hygiène commune, les localités qui prétendent au rang de stations médicales, doivent remplir un certain nombre de conditions spéciales, auxquelles mon expérience m'a conduit à attacher une égale importance. Les sta-
lions ne doivent p;is être dans les grandes villes; si des avantages climatériques réels conduisent à admettre une exception, il est indispensable que les habitations destinées aux malades soient éloignées des quartiers populeux, et mieux encore, situées en dehors de la ville, dans les points les plus favorables pour l'aération et la pureté de l'atmosphère.
C'est ce qui a été fait très heureusement dans notre belle colonie algérienne. La station médicale n'est pas dans la ville d'Alger; cette ville, il m'en coûte de le dire, me paraît jusqu'à présent impropre à la résidence des malades, en raison de son mauvais système d'égouts et d'irrigation ; c'est à distance de la ville, c'est sur les admirables coteaux de Mustapha supérieur que vous trouverez la véritable station des malades, et celle-là vous pouvez l'utiliser sans crainte, car vous n'avez plus à compter avec les imperfections du drainage urbain. C'est là en réalité une station de campagne, qui bénéficie, au point de vue des besoins journaliers, du voisinage d'une grande ville, tout comme cela a lieu aux environs du Caire, de Palerme et de Gatane; or j'ai à peine besoin d'ajouter que les stations rurales, toutes choses égales d'ailleurs, méritent toujours la préférence sur les stations des villes, grandes ou petites.
Les maisons destinées à recevoir les malades doivent de toute nécessité présenter certains aménagements particuliers ; c'est une erreur, selon moi, de croire qu'il suffise ici des installations qui caractérisent les hôtels dits de premier rang. 11 faut cela, et encore autre chose; je ne m'arrête pas sur la bonne exposition et le cubage suffisant des chambres, sur l'aménagement et la désin-
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feclion permanente des lieux d'aisances, sur la désinfection régulière des linges cl des objets de literie, cela doit aller de soi ; mais je signale avec insistance la nécessité d'appareils de ventilation dans chaque chambre, appareils dont le fonctionnement doit être indépendant de la volonté des malades; la nécessité d'appareils de chauffage, cheminées de préférence, en tout pays, à l'exception de l'Egypte et de Madère; la nécessité de plusieurs cabinets de bains dans la maison même; enlin il n'est pas moins urgent qu'il y ait, dans le voisinage, des promenoirs accessibles par des abords couverts, promenoirs eux-mêmes couverts, mais bien aérés, et dans la meilleure exposition que le pays comporte, tant pour l'abri contre le vent que pour la durée de l'action solaire. Ce n'est guère qu'en Egypte qu'on peut à la rigueur se dispenser de celte installation, en raison de la rareté des pluies. Une maison qui ne satisfait pas à cet ensemble d'exigences peut être d'ailleurs un excellent hôtel, mais elle n'est point un refuge convenable pour la classe de malades dont nous nous occupons.
En fixant ainsi, dans l'espoir d'en provoquer la réalisation, le minimum des conditions hygiéniques indispensables, je suis obligé d'ajouter, non sans un vif regret, que sur cette question d'hygiène spéciale comme sur la question d'hygiène générale de tantôt, nous sommes encore aujourd'hui contraints de nous borner à une satisfaction relative; nous devons rechercher le moins mal sans prétendre trouver le bien; car, tout en constatant aussi à cet égard la supériorité de Madère et de certaines maisons de Mustapha, je ne connais jusqu'à ce jour que les sanatoria de montagne appartenant
à mon premier groupe, qui répondent d'une manière complète aux règles que je viens de formuler. Ces établissements auraient dû depuis longtemps servir de modèles pour les stations de plaine, dont les installations, quoique bien plus faciles à créer, présentent encore de notables desiderata.
Ce n'est pas tout : indépendamment des conditions sanitaires, des conditions de l'hygiène générale et particulière, il faut tenir compte des ressources thérapeutiques; il s'en faut que tout soit dit à ce point de vue avec de bons médecins et de bonnes pharmacies : toute localité qui prétend au titre de station médicale pour les phthisiques doit offrir la possibilité de la cure de lait de vache, de chèvre et d'ânesse à l'étable, et de la cure de koumys; elle doit être pourvue d'un établissement hydrothérapique complet avec modification possible de la température de l'eau; enfin, elle doit posséder aussi les appareils nécessaires à l'application de l'aérothérapie ; tout au moins, à défaut de cabinets pneumatiques fixes dont l'installation est très coûteuse, doit-elle avoir les appareils transportables à double action. Pour les localités dont la hauteur dépasse 1200 mètres, cette dernière obligation est inutile, puisque la raréfaction du milieu atmosphérique, à cette altitude, assure et maintient la gymnastique pulmonaire beaucoup plus efficacement que ne peuvent le faire les appareils, quels qu'ils soient. — Quoiqu'il existe encore au point de vue des ressources thérapeutiques plus d'une lacune dans les stations de plaine, et cela môme dans les localités pour lesquelles on revendique une chimérique supériorité, il faut reconnaître que c'est sur ce terrain que les plus
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notables progrès ont été réalisés dans ces dernières années, surtout en ce qui concerne les cures de lait et les appareils aérothérapiques transportables; malheureusement, les installations hydrothérapiques n'ont pas pris un développement parallèle, et dans bien des régions importantes, elles sont encore nulles ou insuffisantes.
Enfin, au risque de provoquer un étonnement désobligeant pour moi, je n'hésite pas à vous dire que le médecin soucieux de la bonne direction de ses malades doit également se préoccuper des ressources alimentaires des stations, non pas certes au point de vue de la quantité, mais au point de vue de la qualité; ce souci est d'autant plus nécessaire qu'il s'agit de stations plus méridionales, et j'aurai à vous citer certaines localités des îles Canaries ou du Maroc, qui, à n'envisager que le climat, pourraient être des stations de premier ordre, qui sont même vivement recommandées comme telles par quelques médecins d'Angleterre, et où, pour ma part, après expérience faite, je ne consentirai jamais à envoyer un malade en l'état actuel des choses, par cette seule considération des ressources alimentaires.
Telles sont, Messieurs, les conditions diverses que doit remplir une station médicale vraiment digne de ce nom ; il me serait facile maintenant de vous faire rémunération nominative des résidences auxquelles je dénie cette qualification, par suiLe d'une violation trop complète de l'une ou de l'autre de ces conditions fondamenlales; mais cette méthode a quelque chose de brutal qui me répugne, et je préfère m'en tenir au procédé plus courtois du silence. Si donc vous constatez dans mon